interrogation Ce n’est pas le film à succès de Carlos Ray Norris alias Chuck Norris, l’acteur américain d’Oklahoma. Mais le cinoche peut inspirer la couture de la réalité et lui offrir un mode de sauvetage. On se mettrait dans l’urgence du Colonel Polanski, obligé de faire appelle à James Braddock pour la mission humanitaire. Il s’agit ici non de sauver les enfants eurasiens nés de pères américains, ni de localiser et de sauver un groupe d’hommes portés disparus, mais de libérer un seul homme, un cadre du ministère des finances porté disparu. Faire en sorte que l’affaire connaisse un épilogue heureux. Tel s’étend l’excitation nationale.
Pierre Urbain Dangnivo, Administrateur des Banques et Institutions Financières en service à la Direction Générale du Budget, coordonnateur du projet de Construction des Bureaux Casernes et Postes des Douanes/ Mef, membre de l’équipe technique d’appui à la réforme budgétaire, est sans trace et sans nouvelle depuis le mardi 17 Août dernier. Les jours s’en vont et Dangnivo reste introuvable. Le temps dans son irréversibilité enfouit l’existence physique de cet homme dans les linceuls de toutes les incertitudes. Le retour au bercail du disparu est dangereusement dans les limbes et le désespoir grimpe l’escalier. Les jours se comptent en de pareilles occasions : Cela fait deux semaines que Dangnivo se bat pour réapparaitre, deux semaines que les spéculations ne désenflent pas sur son possible décès.
Il vaut mieux ne pas porter un deuil sur le support de l’imaginaire. Mais l’heure est grave. On a beau élever notre optimisme et l’ériger en thérapie psychologique de la peur et de la crainte, cette disparition de Dangnivo remue la nation et la vieille et funèbre boite à souvenir de l’enlèvement du sous-préfet de Boukoumbé Pamphile Hessou. Le souvenir de la douleur fait charger notre mémoire de chagrin. Les déjà quinze jours de recherche donnent l’étoffe de l’enlèvement à la disparition de Dangnivo. Il n’est pas exclu que l’acte ait une charge politique à la décharge de l’effet de hasard. Pierre Urbain Dangnivo serait alors un condamné comme le fut Pamphile Hessou. L’enlèvement peut être peint avec le coup de pinceau politique ou se réaliser sous le cruel râteau d’un gang assoiffé de crime ou de règlement de compte. Toutes les hypothèses s’abreuvent dans la rivière d’un constat : une disparition mystérieuse assortie d’un flot d’incertitudes. Vie ou, je n’ose pas croire, mort anticipée ou vie abrégée avec l’arme du crime.
Le cas Dangnivo se dégrade sous le silence opaque de la classe politique. Ni la mouvance, ni l’opposition n’en font un souci majeur. Le grand moulin de la société civile occupée à moudre de la politique tarde à sortir la grande artillerie contre les semences de la peur tirées du sac à crime. Seul le Syndicat des travailleurs de l’administration centrale des finances (Syntracef) de Laurent Metongnon sonne la cloche et donne l’alarme.
La situation est grave et d’une gravité angoissante. La nation est en danger. Nos forces armées sont interpellées. Car ce qui dégage l’odeur de l’enlèvement à Cotonou ne saurait être l’œuvre d’Al Qaida au Maghreb ni du Sentier lumineux ni du Hezbollah. Il faut retrouver Pierre Urbain Dangnivo. Une nouvelle priorité s’introduit dans le calepin de l’Etat : retrouver à tout prix Pierre Urbain Dangnivo. C’est la reine des priorités. Localiser et sauver ce qui peut l’être encore. Une vie humaine, celle d’un digne fils du pays, est menacée par le cartel de l’enlèvement, le syndicat du crime.
Ça n’arrive pas qu’aux autres. Il faut vite agir et imiter le colonel Braddock. Et l’urgence n’a d’égal que la gravité de la situation. Sauver Dangnivo. Cet enlèvement ne tolère aucun atermoiement. On ne doit pas se confiner dans l’attente d’une contagion du mal pour finalement jouer le matamore. Car la pandémie de l’enlèvement est une menace réelle.
Retrouver le porté disparu et rassurer. Notre espoir soumis à la dictature du temps se gonfle à la pompe de la prière. Après deux semaines d’enlèvement qui répandent le silence de Dangnivo, prions. "La prière a un plus grand pouvoir que les hommes ne l’imaginent" observe le poète britannique Lord Alfred Tennyson. Il faut retrouver le porté disparu.

Sulpice O. GBAGUIDI
Journal FRATERNITE  01/09/10

Par MJPAC-ABT - Publié dans : Politique nationale - Communauté : Changer, Changer autrement
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