L’Autre mal de politiciens
La politique continue de servir ses anecdotes et s’accroche au charme que lui confèrent les impondérables. Mais elle est en crise chez nous, assommée par les dérives des griots et le manque de retenue d’une race de transhumants emballés dans les cérémonies d’exorcisme du mal de l’infidélité politique. La condamnation de la haute transhumance occulte cependant un aspect crucial qui laisse pousser une inquiétude sociale d’une vaste ampleur. Nos politiciens nomades ont-ils une profession ? Font-ils autre chose que la politique ? Que font-ils dans la vie ? Point besoin de faire une revue de la troupe itinérante pour appréhender le souci éthique des masses. Intéressons nous simplement aux bavards de la galerie des transhumants pour décortiquer l’affaire.Les représentants les plus en vue de la famille des transfuges prolixes pataugent dans la glaise de l’acrimonie. On en trouve en excitation permanente, plombés par les ailes de la vengeance aveugle, ou en campagne d’intoxication au profit du nouvel employeur à la générosité incommensurable. Mais un dénominateur commun fait d’eux de bons alliés dans le combat cauri contre les G et F : le goût pour les missions politiques scandaleuses où la médisance et la démagogie sont les instruments de combat. Revenons à l’essentiel.
J’ai cherché à savoir l’activité qui occupe certains de nos transfuges. En vain. Je sais par exemple que le monde politique est peuplé de cadres et d’hommes d’affaires et qu’il y a aussi et malheureusement de place pour quelques désœuvrés dont la vie est entourée de mystères. La capacité de nuisance des oisifs, quand Ils sont enchaînés dans la grotte politique, est énorme. A vouloir satisfaire tous ses besoins par les fruits de la politique, on court le risque de plonger dans l’infamie. J’ai toujours été étonné de voir des transhumants, sans aucune activité rémunératrice, soulever les masses par l’effet de l’argent. Où piochent -ils ces billets de banque qui leur assurent la parade dans la foule ? Quand on proclame sa vie sous tutelle de la politique, on ne peut que vivre comme de parasite.
Le mal est plutôt social et place cette même société sous menace permanente de politiciens exclusivement consacrés aux affaires politiques. Le gouvernement du changement ne remue curieusement pas l’assiette de ces esprits exposés aux déviances et dont l’existence se limite aux manœuvres les plus abominables. Le recours au débauchage pour mettre en scène les politicards affaiblis sous le poids de la nécessité, aggrave la situation. L’exploration de la filière des démagogues désœuvrés met la politique en péril et avec elle la société. Les récentes agitations de baladins en précampagne dans le septentrion sonnent comme l’impact du désœuvrement. " La médisance est fille de l’amour propre et de l’oisiveté " disait Voltaire. La vocation de se nourrir strictement aux frais des activités politiques conduit inévitablement à cet interminable retournement de vestes. Très souvent, le bavardage permet de végéter, éhonté, dans le péché et la faute de goût. Le mal persiste.
Le cartel des transhumants sans boulot particulier se meut dans la politique avec une inspiration dévastatrice. La menace est grossissante et tenace. Hélas !
Sulpice O. Gbaguidi
Journal FRATERNITE 08/06/09
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