Sacca Fikara sur ’’Zone Franche’’ : Fikara fait des révélations sur l’affaire Gbadamassi
La grande échéance politique de mars 2011 consacrera le choix des Béninois quant à l’homme qui va présider à leur destinée pour le quinquennat 2011-2016. Et déjà, une effervescence politique jamais égalée s’observe sur l’échiquier politique. D’une part, les forces politiques de la mouvance ne ratent aucun week-end pour s’activer et séduire les populations. Les ténors de l’opposition non déclarée saisissent la très rêvée occasion de crise dans le secteur de la santé pour effectuer une rentrée politique d’ensemble. Entre temps, le Gouvernement s’est empressé d’essayer de corriger le tir dans le secteur de la santé, en donnant quelque chose aux travailleurs. Élu dans la 20ème circonscription le député Saka Fikara, invité de l’émission " Zone franche " s’est prononcé sur le sujet. La dernière déclaration du ministre Nicaise Fagnon à Dassa, la démission du député Rachidi Gbadamassi du G13, la présidentielle de 2011, les candidatures annoncées et possibles ont été également abordées.Honorable, toutes les forces politiques de l’opposition ont organisé récemment une gigantesque marche pour s’insurger contre la façon dont le Gouvernement gère le secteur de la santé. Selon vous, était-il opportun de protester de cette façon et à ce moment là ?
Je crois qu’après la marche, des gens sont montés au créneau pour dire un certain nombre de choses. Il faut dire que soit, ils ont été de mauvaise foi, soit ils n’ont pas lu la motion ou les lettres de demande de marche que nous avons faites. Ils nous ont accusés de beaucoup de choses. Ils ont dit que c’est de la récupération des syndicats que nous faisons, que c’est des gens qui ont par le passé occupé des postes de responsabilité, et par conséquent, qu’ils ne doivent plus parler, ils ne peuvent plus protester, ils ne peuvent plus dire non à la politique du régime actuel. Je vais rétablir certaines vérités. Nous ne nous sommes pas substitués aux syndicats. Notre motif n’était pas de protester contre l’action du Gouvernement face à un problème des travailleurs. Ce n’était pas pour accompagner la grève des travailleurs. Et d’ailleurs, nous n’avions pas pris contact avec les syndicats. Nous n’avons écrit aucune lettre à aucun syndicat. Nous pensions que la situation était telle qu’on ne pouvait plus se taire. Nous avons protesté contre l’indifférence totale du Gouvernement face à un problème dramatique. Parce que tous les jours, de la profondeur de nos campagnes, nous apprenons que quelqu’un est mort parce que les centres de santé sont fermés. Donc, notre marche, c’était pour protester contre l’indifférence du Gouvernement. Nous avons observé ce que faisait le Pouvoir. Au lieu de répondre à la question des agents de la santé, il utilisait les médias, en l’occurrence, l’Ortb qui est devenu un organe gouvernemental pour dire que les syndicalistes tuaient les populations. C’est contre cette manipulation que nous avons protesté. Maintenant, vous allez me demander si les travailleurs avaient raison de laisser mourir les malades. Ils ont été formés pour soigner les gens. Parmi ceux qui étaient en grève sans service minimum, il y a des gens très conscients. C’est des gens qui sont le plus au contact des populations. Ils savent ce qui se passe. Il savent que ce régime là a multiplié les salaires des ministres par trois ou par quatre. Ils savent qu’il y a de l’argent dans notre pays. Ils savent qu’on a réparé le toit d’une maison à 7.000.000.000. Ils savent qu’on a donné sans appel d’offres, un marché à un ami du pouvoir à 12,800.000.000 FCfa.
Selon vous, avaient-ils raison d’aller en grève sans service minimum ?
Moi je ne veux pas me prononcer sur ça. Le motif de notre marche, c’est l’indifférence du Pouvoir. Qu’ils aient raison ou pas, nous aurions voulu qu’on les appelle pour les écouter, compte tenu de la sensibilité du problème. Mais, on ne les appelle pas, et on monte au créneau pour les vilipender. C’est là le fond du problème. Dans notre motion, nous avons demandé aux syndicats d’être compréhensibles et d’aller à la table de négociation avec le Gouvernement.
- Mais votre décision est intervenue après que le Gouvernement a décidé de payer les primes réclamées !
- Nous avons adressé la lettre de demande de marche pacifique le lundi 26 mai, le mardi, alors que la grève durait depuis deux ou trois mois, le Gouvernement sort un communiqué pour dire : " Je vais payer ". Ça veut dire qu’il y avait l’argent pour payer. Mais ils ont préféré laisser mourir des gens. C’est du cynisme.
Voulez-vous dire que c’est parce que vous avez décidé de réagir que le Gouvernement s’est empressé de commencer à donner l’impression de régler le problème ?
Le problème, c’est que les gens mouraient et le Gouvernement ne faisait rien. C’est quand nous avons pris la décision de marcher, qu’on dit : " On va payer ". Je me demande pourquoi on n’a pas payé jusqu’à là.
Certains estiment que vous devriez réagir un peu plus tôt. Ainsi, le Gouvernement aurait aussi réagi plus tôt et il y aurait eu moins de morts.
C’est possible. Mais, c’est les informations que nous recevons des campagnes, qui nous déterminent. Je suis d’accord qu’on aurait dû protester plus tôt. Mais vous voyez les interprétations de ceux qui sont montés au créneau ?
Il y a certains qui estiment que vous êtes mal placés pour dénoncer cette situation car c’est votre gestion des 10 dernières années qui a conduit à cette situation. Qu’est-ce que vous leur répondez ?
Vous avez été ministre aujourd’hui. Demain, vous n’êtes plus ministre. Est-ce que cela suppose que vous n’avez plus le droit le surlendemain de dire, parce que vous n’êtes plus ministre, que la politique conduite par le gouvernement n’est pas bonne ? Il est vrai que beaucoup d’entre nous ont eu des postes de responsabilité sous les anciens régimes. Mais les problèmes qui se posent aujourd’hui, on peut les analyser et dire que c’est une mauvaise politique. Ce n’est pas normal de dire cela pour se défendre.
Est-ce que vous ne vous reprochez pas quelque chose dans la défaillance actuelle au niveau de notre système sanitaire où il y a insuffisance de cadres et de matériels… ?
Aucun régime n’a définitivement résolu les problèmes d’un pays. Quand un régime vient, il fait ce qu’il peut. C’est comme cela que les choses se passent. On ne peut pas dire que j’ai pris le pouvoir avant-hier et que j’ai résolu tous les problèmes. De même, on ne peut pas dire que seuls les problèmes qui se sont posés sous la gouvernance d’un régime l’engagent et que ceux d’avant et d’après ne l’engagent pas. C’est peut-être une façon de voir. Quand vous êtes au pouvoir et il y a des problèmes qui se posent à vous aujourd’hui, vous ne pouvez pas dire que ce sont ceux qui ont dirigé le pays avant vous qui en sont responsables. Ceci ne se passe pas comme cela.
Nous ne sommes pas des spectateurs joyeux. On voit ce qui se passe. Ce qui me fait sourire, c’est ceux que la mouvance a envoyés pour défendre le dossier. Il y a mon ami Davo, il y a Azannaï, Elègbè, Adanlin.
Que retenez-vous de leur passage ?
Je prends mon ami Davo. Il y a un gris-gris. Dès qu’il le sort, cela lui marche toujours. Vous savez comment s’appelle son gris-gris ? Il s’appelle Amoussou Bruno. Lorsque nous étions à l’Assemblée nationale, à la fin de chaque législature, alors que ses pairs se battent sur le terrain pour les positionnements, il s’arrangeait pour passer à la télévision chanter les louanges de Bruno Amoussou. Comme personne n’est indifférent à ce genre de chose, il croit qu’il arrive toujours à être en bonne position. Alors que nous avons fait la marche et qu’il fallait analyser la question dans le fond, il s’attaque à Bruno Amoussou ; toujours dans le sens de gagner la sympathie du chef de l’Etat et son gris-gris lui marche. Au lieu d’aller dans le fond des sujets, il s’attaque aux personnes. Azannaï aussi, c’est pareil. Toute son intervention s’est focalisée sur la Rb. Mais il s’est mélangé les pédales en disant que le président Soglo est personnellement très bon, Kérékou pareil, Amoussou également mais les gouvernements qu’ils ont formés sont mauvais.
Ils appellent ceux qui ont organisé la marche les prédateurs du développement d’hier et de la paix d’aujourd’hui
Ce qu’ils ne savent pas, ce n’est pas la première fois que la classe politique organise une marche dans ce pays. C’est dommage que Timothée Adanlin ne se soit pas rappelé de cela. En 1991, toute la classe politique, toutes tendances confondues, a marché pour protester contre ce qui se passait au Togo. Le président Eyadema avait, à l’époque, attaqué la primature de Koffigoh après la conférence nationale. Il avait Tévoèdjrè, Amoussou, Houngbédji, Gratien Pognon. Bref, tout le monde.
C’était un problème de politique régionale
Oui. Mais on a l’impression aujourd’hui, à les entendre que le fait que la classe politique ait marché, c’est grave, c’est mauvais, le pays est menacé. Alors que nous l’avons déjà fait.
Les gens se demandent pourquoi vous avez attendu une question purement sociale pour marcher alors que vous auriez pu le faire pour une raison politique. Ne sont-ils pas fondés à parler de récupération syndicale ?
Ceux qui sont les responsables aujourd’hui de ce que vous appelez opposition, ils ont beaucoup d’expérience. C’est Amoussou Bruno, c’est Adrien Houngbédji, C’est Idji Kolawolé, c’est nous. Nous savons que quand vous êtes dépassé par quelque chose, il faut savoir l’arrêter. Donc, ce n’est pas tous les jours qu’il faut organiser une marche. Vous avez entendu ce qu’ils disent, que nous ne compatissons pas avec les morts mais que nous dansions. Car, leur plan a échoué. Nous, nous avions l’information qu’ils ont placé parmi nous des casseurs et nous savions exactement où est-ce que ces gens là allaient déclencher leur action. C’est pourquoi, dès que nous sommes arrivés à la hauteur du carrefour la Béninoise, nous avons donné le top pour détendre la situation, mettre la joie dans les cœurs. Car, lors de la marche, tout le monde était tendu.
Si dans cette tension, on va rencontrer les militaires qui avaient reçu pareille consigne, ça n’irait pas. C’est pourquoi, on a détendu l’atmosphère. Si bien que les gens qui étaient parmi nous pour faire de la casse, surtout quand Amoussou Bruno a dansé, c’était pour montrer que nous n’étions pas là pour la casse et pour affronter les militaires mais que nous étions là pour une autre mission. C’est comme cela qu’il faut comprendre ce qui s’est passé. Toutes les autres interprétations ne sont pas justes.
Division entre les G et F et gestion de l’Assemblée nationale
A chaque occasion, des organes de presse crient tout le temps que nous sommes divisés. Ce qui se passe à l’Assemblée nationale, c’est autre chose. C’est plutôt nos actions qu’il faut voir.
Vous savez, lorsque vos droits vous sont refusés, lorsque les droits d’une partie de la société sont violés, lorsqu’une partie de la société n’a pas droit à la parole, lorsqu’on leur refuse tout ; ce qui se passe aujourd’hui à l’Assemblée nationale et dans le pays, le président de l’Assemblée nationale viole tous les jours, les lois de notre instituion. Il interprète toujours les lois de notre Assemblée comme bon lui semble. Mais, on ne se laissera pas faire. Ça fait un an qu’il a bloqué la proposition de loi sur la Haac alors que c’est une proposition en procédure d’urgence et qu’il faut qu’il le programme. La dernière fois, j’ai écrit pour le lui rappeler. Quand ça se passe comme cela, c’est des frustrations qui s’accumulent. Je crains que la rue ne monte au créneau de plus en plus. Vous vous imaginez la question de la Cour constitutionnelle ? Pour une institution aussi importante, c’est une personne qui désigne tous les 7 sages. En plus, je ne sais pas par quelle magie, ces sept là lui obéissent au doigt et à la lettre. Le bureau de l’Assemblée nationale va désigner les 3 trois membres devant siéger à la Haac. Ce sera toujours les mêmes que Yayi va envoyer.
Avez-vous la preuve que c’est le président Boni Yayi qui envoie les noms ?
Je suis membre du bureau de l’Assemblée nationale. Je sais ce qui se passe, je connais les tractations. D’ailleurs, est-ce que vous avez vu le président Nago aller sur une chaîne de télévision démentir mes allégations ? La cour constitutionnelle que nous avons aujourd’hui tord le cou à la loi.
Avez-vous des preuves ?
La désignation des membres à la haute cour de justice. Malgré les anciennes décisions, ils sont arrivés à satisfaire leur parti politique. Car les sept sages, autant qu’ils sont appartiennent à des partis politiques. Contrairement donc aux anciennes décisions, ils ont inventé le concept de majorité et de minorité à l’Assemblée nationale. Ce n’est plus le terme de configuration politique qui était consacré. Toutes les décisions de l’Assemblée nationale, depuis 28 ans étaient basées sur la configuration politique.
Bernard Davo estime que l’initiative d’interpellation du chef de l’Etat pour les propos tenus par le ministre Nicaise Fagnon est vouée à l’échec. Qu’est-ce que vous en pensez ?
Peut-être qu’il n’était pas au courant. L’interpellation du chef de l’Etat est déjà adoptée par l’Assemblée nationale. Je ne sais donc pas ce qu’il met dans l’interpellation est vouée à l’échec. L’interpellation veut dire que le président viendra répondre de l’interpellation ou il délègue un représentant pour venir répondre. Je ne sais pas ce qu’il met dans interpellation vouée à l’échec. Ça n’a pas de sens. L’interpellation est déjà adoptée.
Les raisons de cette interpellation sont entre autres la mauvaise gestion de la Sonapra par le ministre Nicaise Fagnon et les propos qu’il a tenus à Dassa que vous jugez de menaçants pour l’unité nationale
Je me rappelle le jour où nous étions allés à Glazoué pour la sortie du G13, il n’était pas encore ministre. Il était très excité. Il voulait déjà nous agresser ce jour-là. Je trouve ses déclarations extrêmement graves et lorsque j’entends le ministre Topanou dire que ce n’est rien, je suis scandalisé. Sur la gestion de la Sonapra, vous n’êtes pas sans savoir que lorsque le président Boni Yayi a accédé au pouvoir, il a fait une marche contre la corruption. Voilà qu’il nomme un directeur général dont le conseil d’administration refuse de certifier les comptes. Il faut clarifier les choses. Vous savez, l’une des divergences entre le président Boni Yayi et le G13, c’est une question de gouvernance. Lorsque la tension entre le président Boni Yayi et le G13 était à son comble et que le président Mathieu Kérékou avait servi de médiateur, entre autres raisons que nous avons avancé, nous avons clairement notifié au président Yayi qu’il n’est pas possible qu’il prône la lutte contre la corruption, la transparence et qu’il ait trois ou quatre repris de justice dans son gouvernement.
Il a confessé qu’il ne le savait pas alors qu’il ne pouvait ne pas savoir. Mais cela continue. Non seulement, il les a maintenus dans son gouvernement mais il leur a ajouté d’autres repris de justice.
Quelle est actuellement la situation de votre alliance, le G13 ?
Le G13 se porte très bien. Certes, il y a eu des problèmes. Mais le G13 est toujours 13. Même avec le départ de Gbadamassi. Sinon, nous étions 14 avec le député Tokou Dari. Il faut comprendre le G13 comme un groupe dont la composition doit dépasser G13. Je ne parlerai de G13 en décadence que lorsque nous serions en dessous de 9, donc que nous ne serions pas un groupe parlementaire. Que nous soyons plus ou moins, le G13 est là. C’est un symbole.
Avec les dernières turbulences, quelle est la solidité politique du G13 ?
Il y a des problèmes partout, même au sein des groupes homogènes. Mais les problèmes au G13 n’ont pas atteint le niveau pour dire qu’il n’existe pas. Lorsqu’on se retrouvera à 8, là je dirai que le G13 n’existe pas.
Mais sur des chaînes de télévision, on a assisté aux funérailles du G13
Je n’ai pas voulu qu’on parle de Rachidi Gbadamassi. La question est d’actualité et au moment opportun, je l’aborderai. Mais le G13 suit toutes ses déclarations, et le moment venu, cette question sera vidée. Mais déjà, il a laissé entendre que le G13 est manipulé, qu’il a agi sur instruction du président Mathieu Kérékou et de sa base, que le G13 soutient la candidature de Bio Tchané pour diviser l’électorat au nord et ramener le pouvoir au sud. Mais, il doit savoir que sa base est composée des gens qui ne voulaient pas voter pour le président Boni Yayi. Toutes ses déclarations, je les aies avec moi. Le samedi soir avant sa défection, il était avec moi. Après, il a fait un tour puis, c’est sa base qui lui demande de changer. Combien de temps lui a-t-il fallu pour toucher toute sa base ? C’est possible. Mais je fais la remarque que cette base là n’était pas avec Boni Yayi. Il a affirmé qu’il l’a fait sous instruction du président Mathieu Kérékou. Alors, certains d’entre nous ont cherché à savoir. C’est alors qu’on a su que le président Mathieu Kérékou a expressément demandé après ces déclarations qu’il aille le voir. Mais il s’est catégoriquement opposé. Pire, après son show du mardi dernier à l’Assemblée nationale, il a confié à certains qu’il n’ira plus jamais voir le président Mathieu Kérékou car, c’est lui qui l’a fait mettre en prison pour lui causer tous les problèmes. Puis il a ajouté, moi j’ai réglé mon problème. J’ai un contrat de 15 millions par mois avec le président Boni Yayi pour faire mon travail…
Lire suite dans notre prochaine parution
Angelo DOSSOUMOU
Journal FRATERNITE 08/06/09
Publicité