Chronique du jour: La folie des primes
Les primes affolent les revendications syndicales. C’est un phénomène qui colore les mouvements des travailleurs et alimente les appétits des grévistes. La saison des primes bat son plein avec des slogans d’inspiration sociale parfois modulés par des élans politiques. Le tombereau des revendications est traîné sur cet élément devenu le substrat du combat des défenseurs des travailleurs.Le syndrome des primes a touché tous les secteurs et la contagion secoue L’Etat. Nous vivons la folie des primes. Le lexique syndical s’est à l’occasion enrichi pour la cause. Les cas éloquents abondent dans le répertoire des grèves. L’Intersyndicale des hôpitaux réclame les primes de motivation. Le destin de la Santé est lié aux primes. Les syndicats des enseignants revendiquent la prime d’incitation à la fonction enseignante. Le Syndicat national des travailleurs de l’administration, du commerce, de l’industrie, de l’artisanat et du tourisme (Syntraciat) soulève ses problèmes de primes de transport et de rendement. Le Syndicat national des travailleurs des services judiciaires et assimilés du Bénin (Syntrajab) se met en boule pour sa prime de sédentarisation. Même le Syndicat des forestiers a boycotté la journée de l’arbre dans sa soif de prime de motivation. Cette " primemania " qui s’est emparée du pays a tout envahi au point où les Ecureuils s’arrogent le droit de demander deux primes pour chaque match des éliminatoires couplées Can/mondial 2010. La fantaisie et l’anarchie s’invitent de toute évidence dans cette folie des primes où la démesure éclipse les normes.
Cette affaire de primes fait craindre l’impasse dans un pays à économie peu dynamique. La masse salariale est à un point critique alors que les recettes ne suivent pas le mouvement. La trésorerie est souffrante. La situation induit une grosse menace sur les équilibres futurs. Les investissements sont compromis. L’alerte des institutions internationales est le symbole même du malaise. L’actualité de primes tous azimuts est un handicap pour le développement.
L’émergence ne saurait s’accomplir sans l’amélioration des conditions de vie des travailleurs et l’épanouissement des populations, mais la pagaille des primes est un facteur de recul. A la présidence, au gouvernement comme dans l’administration en général, il faut réglémenter les dépenses et éviter l’asphyxie en ne payant que les primes jugées nécessaires.
L’enjeu économique et les nécessités sociales sont malheureusement écrasés par la politique qui, tel un torrent, dévaste toutes les autres préoccupations. 2011 est le support des obsessions politiques, mais le langage des primes pourrait bousculer les calculs. A la vague de revendications, le régime du changement doit opposer la méthode et des résolutions réalistes.
La forte pression des primes enregistrée révèle un autre visage du syndicalisme. L’effet d’entraînement et les passions partagées dans la bataille des primes expliquent la complexité de la situation. La balance des primes est lourde et le spectacle auquel donne lieu le festival de certains revendicateurs radicaux laisse se profiler un horizon incertain.
Comment arrêter alors la folie des primes ? La question reste intacte. L’éternelle solution du dialogue social est toujours envisageable. Mais il semble bien que l’équation est à plusieurs inconnues.
Sulpice O. Gbaguidi
Journal FRATERNITE 10/06/09
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