L’affaire Lawani et communication

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

Carton rouge pour Soulé Mana Lawani. L’argentier national, le ministre des Finances, vient d’être chassé du gouvernement avec perte et fracas. Aucune explication n’est donnée, en haut lieu, pour nous situer sur les tenants et les aboutissants de ce dossier. Comme si la rumeur était la seule et unique source d’eaux sales et boueuses à laquelle les Béninois sont condamnés à aller s’abreuver pour étancher leur soif de savoir et de comprendre.
Cela n’est ni acceptable, ni tolérable dans une démocratie qui se respecte. A moins que le droit à l’information du public, ait séché avec l’encre qui a servi à l’inscrire et à l’écrire dans notre constitution. Dans une société de liberté, on ne peut laisser partir comme un voleur celui à qui nous avons confié notre coffre-fort national, à charge pour lui de le mettre à l’abri de l’action des voleurs. Le flou n’est bon pour personne. Ni pour le gouvernement qui prend une décision. Ni pour le public qui subit cette décision. Ni pour l’ancien argentier qui est la victime de cette décision.

Mais avant toutes choses, ramenons, comme qui dirait, la balle à terre. Dans le dispositif de direction de notre pays, sur le plan de l’Exécutif notamment, il doit être clairement compris que le seul qui, à bon droit, peut se prévaloir d’être élu, c’est le Chef de l’Etat. A ce titre, il est responsable de ceux qu’il nomme comme ses proches collaborateurs aux commandes de l’Etat ; du maintien de ceux-ci à leur poste et, le cas échéant, de leur renvoi pur et simple de son équipe. A l’image du coach, c’est-à-dire de l’entraîneur d’une équipe de football. Lui seul sait les raisons pour lesquelles il titularise un joueur, en remplace un par un autre, ou se passe carrément des services de tel autre.

Au nom de ce privilège, le Président peut, à tout instant, s’il devait en juger ainsi, limoger de son équipe gouvernementale qui il veut, quand il veut et dans les formes qu’il veut. Personne ne peut faire barrage au souhait, sinon à la volonté, du chef de l’exécutif de se séparer de l’un de ses ministres. Soulé Mana Lawani en fait aujourd’hui l’amère expérience, comme bien d’autres avant lui. Collette Houéto a ouvert la marche, rappelez-vous en. Elle a été suivie par d’autres : de Dacko à Dossouhoui, de Sènou à Tchala, de Hountondji  à Gbégnonvi. La machine à limogeage est toujours en marche. Il y a gros à parier que, d’ici à 2011, d’autres collaborateurs passeront à la trappe.

Une fois reconnues les prérogatives présidentielles en la matière, on se doit d’apprécier la portée politique de ces coups de massue assénés à saison régulière. Soit pour éreinter un collaborateur. Soit pour faire exploser la tête d’un autre. Soit pour tenir en respect ou pour faire se tenir à carreau tout le monde. Un peu comme la présence inquisitoriale de l’œil de la conscience que le poète disait être dans la tombe et regardait Caïn. 

C’est, d’abord, que les raisons du départ d’un ministre du gouvernement ne sont presque jamais connues. On nous rétorquerait, tout aussitôt, que les raisons de son entrée ne le sont pas non plus. Quand les politiciens ne veulent pas se soumettre à la reddition de compte, à tenir pour un devoir de bonne gouvernance, ils trouvent toujours des parades politiciennes pour continuer à cultiver le secret et la confidentialité. L’opinion publique n’est pas encore trop exigeante. On peut faire avaler la pilule à tous. Mais jusqu’à quand ? C’est, à l’heure actuelle, l’une des infirmités de notre démocratie. Une telle infirmité est à comptabiliser aussi bien comme un déficit que comme une faute de communication.

C’est, ensuite,  que les moyens d’investigation de la presse sont faibles. Ce dont tirent avantage ceux qui donnent ou ne donnent pas l’information. Ou tout simplement les professionnels de l’information se font vite de simples relais de ce que veulent bien dire ou de ce que veulent bien leur faire dire les sources officielles de l’information. C’est la capacité de la presse nationale qui est ainsi en cause. A travers ses animateurs, à travers ses moyens d’action, à travers sa mission d’information. Le tout assorti des règles d’éthique et de déontologie. Car le journaliste au travail sert-il un régime, un groupe d’intérêt ou son public à travers le droit de celui-ci à l’information, c’est-à-dire le droit du public à savoir et à comprendre ?

C’est, enfin, que quand l’information ne circule pas dans une société qui se veut démocratique, ce sont nombre de principes qui se trouvent caricaturés, nombre d’idéaux qui se trouvent foulés au pied, nombre de valeurs qui se trouvent réduites à de simples slogans pour marcheurs infatigables ou à de simples objets de décoration. A l’image des tombes des pharisiens, telles que présentées dans les livres saints : d’un blanc éclatant et hypocrite au dehors, de la pourriture et rien que de la pourriture à l’intérieur.

Jérôme Carlos
La chronique du jour du 11 juin 2009
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Publié dans Politique nationale

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