Réélection de Boni Yayi en 2011 : Les deux goulots d’étranglement
Deux ans avant la fin de son mandat, le Dr Boni Yayi met les bouchées doubles pour assurer sa réélection. Mais avant, il doit dégager les obstacles qui se dressent sur son chemin. Deux de ceux-ci paraissent primordiaux. L’un vient du nord et a pour nom Bio Tchané et l’autre du sud et n’est rien d’autre qu’un probable soutien de la Renaissance du Bénin (Rb).Le Dr Boni Yayi a de bonnes raisons de ne pas dormir sur ses lauriers. Plus que jamais, il n’est pas à l’abri d’une éventuelle dépossession des clés de la Marina par l’un de ses nombreux challengers qui nourrissent l’ambition de le lui arracher. Et pour ne pas les perdre, Boni Yayi gagnerait à trouver la juste solution aux deux goulots d’étranglement que sont : la candidature de Abdoulaye Bio Tchané et la politique qu’il entend mener avec la Rb après le clair-obscur auquel on a eu droit jusqu’ici.
Dans le premier cas, la probable candidature du directeur de la Boad, Abdoulaye Bio Tchané n’est pas une bonne nouvelle pour le président Boni Yayi et ses partisans. Non seulement, les deux hommes partagent le même fief qui est la partie septentrionale du Bénin mais, comme deux clones, ils ont, à quelques exceptions près, le même parcours professionnel. Ce qui voudra dire une similitude en matière de compétences. Il ne restera donc que le facteur psychologique voire comportemental pour les différencier.
L’équation Bio Tchané
Dans le combat de gladiateur qui s’annonce entre ces deux hommes, Boni Yayi aura la lourde tâche de défendre son bilan. La politique agricole surtout avec le coton, les infrastructures routières, socio économiques, les micro crédits aux plus pauvres sont autant de dossiers sur lesquels les populations, surtout du nord attendent le gouvernement du changement. Ainsi, il aura à convaincre cet électorat exigeant des avantages qu’il a tirés de sa politique. Loin de cette question à laquelle Boni Yayi aura à répondre en 2011, Bio Tchané, de son côté, tentera de trouver les failles du régime sortant et de proposer des voies de sortie. Une opération de charme en somme. Et, ce ne sont pas des qualités d’orateur qui manqueront à l’ancien ministre des finances pour convaincre les électeurs, surtout indécis à se rallier à sa candidature. C’est dire donc que la probable candidature de Bio Tchané bouleverserait les données dans le nord où l’actuel chef de l’Etat, Boni Yayi a fait en 2006 le plein de voix pour briguer la magistrature suprême. S’il est encore tôt pour se faire une idée nette de l’impact que pourrait avoir la candidature de Bio Tchané sur le précédent score du Dr Boni Yayi au nord en 2006, il est certain qu’avec l’aura qu’a l’ancien ministre des finances du général Mathieu Kérékou et la sympathie qu’ont gardée, à son endroit, bon nombre de Béninois, surtout ceux de la partie septentrionale du Bénin, on risque d’avoir des surprises.
Que reste-t-il du clair sombre de la Rb ?
L’autre dilemme auquel est sans doute confronté le Dr Boni Yayi est la quête du soutien de la RB. En effet, depuis avril 2006, le rapprochement Boni Yayi-Rb n’a jamais été chose aisée. C’est plutôt à un interminable feuilleton qu’on a droit. Le premier acte de cette longue série est la sortie du gouvernement de Me Abraham Zinzindohoué, un ministre issu des rangs de la Rb. Il est reproché au chef de l’Etat de ne pas l’avoir fait remplacer par un autre militant proposé par la Rb. Puis vinrent les élections locales et l’ambition du gouvernement d’arracher le contrôle et la gestion de Cotonou à Nicéphore Soglo et à son fils, Léhady. La réponse de ceux-ci tombera comme un couperet à travers l’alliance G4. Les élections locales terminées, le gouvernement cherche à nouveau et désespérément à avoir le soutien de la Rb. En dépit des résistances du bureau politique, le gouvernement arrive à semer le doute dans les esprits de certains barons de la Rb. Ainsi, au parlement, certains votes et certaines déclarations des honorables Justine Chodaton, Rosine Soglo et Epiphane Quenum réconfortent les observateurs de la vie politique dans leur conviction que la Rb ou du moins, une tendance de la Rb n’est plus sur la même longueur d’onde que les autres partis du G4.
Mais aujourd’hui, la question que l’on se pose est de savoir quels avantages le gouvernement pourrait tirer de ces différentes actions isolées à l’endroit des barons de la Rb ou au contraire quel danger cette relation tendancieuse pourrait-elle constituer en cas d’une éventuelle alliance entre la Rb et le camp présidentiel en 2011. Une chose est aujourd’hui certaine. Les renaissants réputés pour la défense des acquis démocratiques, de bonne gouvernance et de paix sont de plus en plus fragilisés à cause de leur position mi-figue mi-raisin. Mais, de là à dire que c’est le gouvernement qui tire profit de cette position, il y a un fossé. Car, s’il est vrai que Epiphane Quenum, Justine Chodaton cités pour être proches de la mouvance ont leurs sympathisants, il est très difficile de se faire une idée de ce qu’ils représentent sans le label Rb et le mythe Nicéphore Soglo. Du côté des adversaires du régime, il va s’en dire que l’appartenance de Nicéphore Soglo et de la Rb au G4 constitue pour eux une caution morale. Et au fil des jours, leurs sympathisants se sont fait l’idée que leur place se trouve au sein du G4. Au cas même où la Rb s’allierait au Dr Boni Yayi, il est plus que certain qu’elle perdra encore plus de sa crédibilité. L’un mis dans l’autre, c’est le G4, même s’il perdra des plumes, qui tirera profit de cette inconstance de la formation de Rosine Soglo. Car, l’union sacrée des barons de la classe politique le 12 mars 2008 à Kouhounou et les conclaves de Bohicon et Abomey en novembre dernier restent pour beaucoup de Béninois, la seule voie qui vaille pour donner une nouvelle chance de paix et de prospérité à leur pays. Ainsi, le Dr Boni Yayi, même s’il arrivait à obtenir en 2011, le soutien franc et sans ambiguïté de la Rb, il risque d’avoir droit à un verre à moitié vide. Une action solitaire de la Rb ne serait non plus la solution. Car, malgré le passé tumultueux de la Rb avec ses alliés du G4, une bonne partie de ses sympathisants restent frustrés du sort réservé à leur parti après la victoire de 2006. Ceci, en dépit des relations qui ont, à un moment donné, lié les présidents Soglo et Yayi. Alors, bon nombre d’entre eux ne jurent aujourd’hui que par la candidature unique au sein du G4 et par une alternance en 2011. Déjà en 2006, la division à la Rb n’a pas permis à ce parti qui a toujours joué les premiers rôles depuis l’ère du renouveau démocratique de s’en sortir à bon compte. Léhady Soglo, son candidat officiel n’a recueilli que 8% des voix alors que Ganiou Soglo n’a pas réussi à approcher le 1%.
Le président Boni Yayi n’est donc pas au bout de ses peines. Que peut-il faire pour sortir de ce guêpier ? Croiser les bras et attendre que la providence soit de son côté ? user d’une diplomatie plus accrue pour amener ceux-là qu’il a combattus jusqu’ici sur le terrain politique à revoir leur position ou encore durcir sa politique à leur endroit tout en espérant passer au premier tour afin de ne pas à avoir des regrets ? Là également, deux solutions s’offrent au Dr Boni Yayi. Mais il devra composer, quel que soit le choix effectué, avec les avantages et les inconvénients découlant dudit choix.
La confrontation ou la retenue
Une totale liberté et une plus grande fer meté vis-à-vis des G et F. C’est la première des solutions qui s’offrent aujourd’hui au Dr Boni Yayi. Déjà, à sa prise de pouvoir en avril 2006, le Dr Boni Yayi avait été amené par des membres de la société civile à mettre totalement à l’écart de son gouvernement, la classe politique et privilégier la compétence. Même s’il n’a pas totalement répondu à leurs attentes en faisant entrer quelques politiques dans son premier gouvernement, il n’a pas négligé l’aspect compétence. Mais au fil des remaniements, les considérations politiques ont semblé prendre le pas sur celles de compétence. Pire, on a eu droit à la multiplication des bras de fer entre la ’’vieille classe’’ politique et le chef de l’Etat à travers ses partisans. A deux ans de la fin de son mandat, serait-ce cette solution qui lui permettrait de maximiser ses chances pour 2011 ? Peut être. Mais le chef de l’Etat doit, avant de s’engager sur cette piste, espérer gagner dès le premier tour et ne pas avoir à négocier avec ses challengers pour gagner lors d’un éventuel second tour. D’ailleurs, les deux emblématiques présidents qu’a connu le renouveau démocratique à savoir Mathieu Kérékou et Nicéphore Soglo n’ont pu se passer de l’étape des seconds tours.
Alors, le président Boni Yayi doit se faire l’idée que ce serait vraiment un miracle qu’il n’ait pas à compter sur le soutien des autres forces politiques pour gagner le pouvoir en 2011. Par conséquent, il n’a d’autre choix que la seconde solution. Au risque de se faire hara-kiri en fermant très tôt les possibilités de négocier au second tour les soutiens des candidats qui seront sur la ligne de départ en 2011, Boni Yayi et ses partisans gagneraient à éviter l’hostilité, la confrontation et à privilégier le rapprochement avec toutes les formations politiques. L’horizon 2011 le recommande.
Angelo DOSSOUMOU
Journal FRATERNITE 11/06/09
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