Chronique du jour: Le recul de l’opposition

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

L’opposition G et F sait désormais que le ministre de l’économie et des finances Soulé Mana Lawani limogé, est victime d’un arrêté interministériel dont il est cosignataire depuis plus d’un an. La lumière est venue du point de presse de Victor Topanou. Le porte -parole du gouvernement expliquait devant les journalistes que " la seule et unique raison de ce remplacement réside dans la crise actuelle du secteur de la santé ". Une affaire d’allocation de primes mensuelles de motivation dites exceptionnelles à tous les personnels de toutes les structures du ministère de la santé, sans l’avis du conseil des ministres. Mais la faute est sanctionnée après quatorze (14) mois de silence du président de la République.
L’opposition, je l’espère, est au courant de cette punition tardive que symbolise ce limogeage de rattrapage. Que pense-t-elle alors de ce dernier développement de la gestion de la crise dans les hôpitaux avec ce nouvel épisode de limogeage pour faute lourde datant de plus d’un an ? Les opposants se sont abandonnés à leur seconde nature dominée par le manque d’inspiration et de spontanéité face à des dossiers sensibles. Le récent réveil tumultueux n’a finalement pas éloigné cette opposition de sa vieille habitude faite d’hésitation et d’absence d’initiative. Le réflexe est toujours fuyant pour les anti-cauris. Je m’attendais à une réaction immédiate, disciplinée et convaincante des G et F après les raisons brandies par le pouvoir pour se débarrasser de Mana Lawani. Mais la réponse du silence traînée sans souci fait réapparaître le mal qui ronge la famille non cauri. Et pourtant, cette opposition a l’occasion de susciter un débat d’idées structuré sur la gestion du secteur de la santé. L’animation de la vie politique n’est qu’une interpellation dialectique, et une marche, quoique historique, et des réactions isolées ne peuvent suffire à rendre efficace le combat politique. Dans "La déraison souriante", Robert Sabatier craignait déjà " le mouvement d’humeur " de l’opposition. On s’interroge sur la conception définitive que les opposants se donnent du mandat politique qu’ils tiennent des citoyens. Quelle est la finalité de cette vision trop sclérosée ? Le discours du pouvoir sur le limogeage et l’attitude décevante des G et F maintiennent en berne le débat politique. La démocratie béninoise affiche le visage d’un système pris en otage par les élites gouvernementales, parlementaires et les partis politiques.
La situation dans les hôpitaux et le débat qu’elle induit recommandent l’instauration de la modernité politique et non des affrontements sur fond de provocation, d’anathème et d’injures. Le gouvernement étale les absurdités d’une sanction à retardement motivée par d’arguments trop réglés pour être innocents. L’opposition, de son côté, tarde à rebondir sur les détails suspects de la justification du limogeage. L’abrogation brutale de l’arrêté ministériel et l’envolée plaintive sur l’incidence financière de plus de sept (07) milliards de francs Cfa n’ont pas encore ému les opposants G et F.
L’opposition replonge dans son sommeil, après un saut dans la rue. Elle est peut-être victime de son incapacité à assurer un temps de réaction appréciable à des moments cruciaux. Même quand le régime va repêcher dans l’histoire un alibi pour déboulonner un ministre et faire diversion, cette opposition habituellement recluse, libère sa commisération et se confine dans un mutisme coupable. Et Boni Yayi peut rouler en roue libre.

Sulpice O. Gbaguidi
Journal FRATERNITE 12/06/09
Publicité

Publié dans Politique nationale

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article