L’OPPOSITION FACE À 2011: Bio Tchané : nouvelle donne pour la candidature unique?
Avec le tournant que prend la très précoce campagne présidentielle de 2011, il y a de fortes probabilités que non seulement l’on s’achemine vers des candidatures multiples et que tout se joue finalement au second tour. En tout cas, c’est ce qu’on peut retenir de l’intervention hier de Walis Zoumarou, ancien FCBE passé au G13, et virtuellement intégré au récent groupe parlementaire créé par l’ancien ministre de l’intérieur du président de la république, Edgard Alia, membre lui-même du groupe parlementaire FCBE originelle. Un groupe qui pourrait jouer un rôle centriste au parlement mais dont les contradictions internes par rapport au choix du candidat de 2011 pourrait poser problème.Walis Zoumarou n’en démord pas. Au risque de quitter à nouveau la mouvance présidentielle originelle, et le nouveau groupe parlementaire, « Fcbe »dans lequel figure son nom. Il persiste et raffermit sa volonté de supporter une éventuelle candidature d’Abdoulaye Bio Tchané, actuel président de la Banque ouest-africaine de développement(Boad), pour les présidentielles de 2011. En l’exprimant hier chez notre confrère Golfe Télévision, après l’avoir annoncé sur Zone France de Canal 3, Walis Zoumarou porte son message plus loin dans l’opinion et on s’attend donc, tout naturellement, qu’il donne un sceau désormais national à sa démarche, en intervenant sur le même sujet sur les écrans de la chaîne publique Ortb. Sa démarche qui est celle de G13, embarrasse plus d’un. D’abord le G4 qui avait mis en chantier la possibilité d’une candidature unique historique de l’opposition face à Boni Yayi, et qui n’a point encore régler les problèmes d’intérêts soulevés par la question. Sur ce point Adrien Houngbédji qui joue sa dernière carte et à qui on a fait miroiter à Bohicon la possibilité de porter le drapeau de l’opposition légitimement, n’a pas encore réussi à imposer l’image de leader incontournable alors que Léhady Soglo initiateur de G4 qui aimerait avoir des gages convaincants pour laisser la place à son doyen, a certainement aussi des ambitions à ne pas gaspiller. Et Lazare Sèhouéto malgré ses bonnes intentions pour la candidature unique devra aussi tenir compte de l’évolution du contexte politique. Puis, le Psd n’a-t-il pas aussi se propres ambitons pour peser dans les négociations du second tour ? Il y a également ceux qui doutent que la mascotte Houngbédji, ou bien tout simplement la candidature unique, soient des acquis de succès face à la force mobilisatrice et les avantages objectifs de Boni Yayi. Après Bohicon, on peut estimer que la première trahison est venue du G13 qui non seulement fait la cour à Bio Tchané, mais réussit désormais à trouver des hommes liges pour porter le message de sa probable candidature, par tous les moyens et dans tout le pays. Devant cette réalité qu vaut encore l’intention louable d’une candidature unique de l’opposition qui porte plus de risque d’échec que les candidatures multiples et stratégiques ? Au départ, si certains G et F avaient peur que la dispersion des forces arrange, par la multiplicité des candidatures, les chances de Boni Yayi de l’emporter, Walis Zoumarou et certainement beaucoup d’autres responsables au sein des G et F, malgré le discours officiel de recherche de candidature unique, commencent à penser que la stratégie de l’émiettement des voix et la possibilité de maintenir les contacts pour des négociations ultimes au second tour, serait la plus payante. Les données semblent s’inverser dans les esprits depuis que Bio Tchané, la semaine dernière, joue sur la « victimisation » qui avait profité à Boni Yayi en 2006, et qu’il n’a pas été catégorique dans ses réponses sur sa possible candidature qui devient ainsi très probable. Sans nul doute que c’est pour cette raison que Zoumarou voudrait réchauffer la marmite, la populariser, pour enlever les dernières hésitations au président de la Boad, fixer dans l’esprit des Béninois qu’une alternance se justifie, et qu’elle est possible. Et que celui qui peut la porter, avec plus de chance face à Yayi est Bio Tchané.
Mais entre Bio Tchané, Adrien Houngbédji, Lazare Sèhouéto et Léhady Soglo qui est susceptible de rivaliser avec Boni Yayi avec plus de chance de l’emporter ?
Comme on le voit, les critères et les gages à donner pour que chacun s’efface pour un seul candidat, ne sont pas si évidents. Pour le moment, on ne peut se fonder sur les seules convictions de Zoumarou pour mesurer l’ampleur de l’effet psychologique Bio Tchané. Ce qui est certain, c’est qu’il y a dans la démarche de ce député une force de conviction. Mais la problématique de l’offensive lancée pour Bio Tchané et qui va sans nul doute s’étendre politiquement, pourrait déteindre sur l’état d’esprit au sein du parlement, même si d’autres candidatures neutres possibles, relayées dans l’opinion publique par les rumeurs - calculées ou non- pourraient naturellement s’affirmer comme celle -citée souvent- de Simon-Pierre Adovèlandé, ne devraient pas être marginalisées dans un contexte politique particulier. La coalition G et F, par les prises de positions et les démarches particulières de G13 donne aujourd’hui l’impression que la belle unanimité d’Abomey et de Bohicon en ce qui concerne l’objectif essentiel, la présidentielle de 2011, a vécu. Il faut dire aussi que ni le choc provoqué par la transhumance de Rachidi Gbadamassi, ni le dernier malentendu qui a fâché la présidente de la Renaissance du Bénin lors des désignations à la haute cour de justice et aux parlements régionaux et panafricain, n’augure pas d’un retour à la cohésion historique souhaitée pour provoquer l’autre alternance que les hommes politiques avait en tête. Bref, 2011, ne sera pas gagné d’avance par quelque force que ce soit. Et il n’est pas certain, connaissant la psychologie du pays, qu’on obtienne une victoire haut les mains de premier tour. Tout va se jouer encore au second tour et l’électorat voudra contraindre les forces politiques à la négociation. Pour l’opposition G et F, la mission de rechercher le candidat unique doit répondre à des données quasi scientifiques sur le poids électoral connu ou potentiel du candidat parmi les choix multiples qui existent. Et il ne faut pas ignorer qu’il y a aussi des candidatures neutres qui émergeront hors du cadre de l’entente G et F, et qui se posent aussi comme alternative. Dès lors l’opposition qui bataille pour l’alternance ne peut aboutir à sa logique de candidature unique, sans composer avec ces candidats qui ne sont pas G et F. Et rien ne dit non plus, qu’il n’y aura pas de candidats libres, combattant en dehors de Boni Yayi mais pour lui ! Tout ceci confirme que 2011, envisagé à tort comme un boulevard serein, ne sera pas une sinécure.
Léon BRATHIER
Journal L'AUTRE QUOTIDIEN 06/05/09
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