Chronique du jour: Le règne de l’inondation
Cotonou sous l’eau malgré les agitations officielles autour de l’inondation, observées ces dernières années. Les pluies diluviennes se sont montrées dévastatrices. Cotonou porte sa croix et semble se résigner à subir la loi de l’inondation. Les rues, les grandes artères cèdent au volume de l’eau. Des habitations n’ont pas meilleur sort et se laissent engloutir. Les populations réduites à la vie d’amphibiens ruminent leur désespoir. C’est la tradition de la catastrophe pluvieuse qui est respectée. Rien d’étonnant.Les autorités municipales en sont venues à décréter l’inondation incurable, parce que sa thérapie exige des milliards. Le maire Nicéphore Soglo excelle dans la ritournelle. Faute de moyens idoines, on inscrit l’inondation dans la fatalité et on s’abandonne au pire. La trouvaille, Cotonou en campagne contre l’inondation (3Ci) n’a pu avoir les effets escomptés et la ville glisse dans les moules de la grande souffrance des pluies. Le constat trouble les attentes. Au- delà de la catastrophe récurrente, c’est l’ampleur grossissante des dégâts qui sonne l’alerte et assomme le moral des populations. La dégradation de la situation consacre l’échec de la politique de lutte contre l’inondation. J’y vois une sanction de l’improvisation. Le sinistre spectacle de l’inondation demande une gestion rationnelle de la situation. La vieille et surannée rhétorique développée sur l’inondation n’offre plus une excuse au drame qui se joue en saison pluvieuse. Les gesticulations inventées pour distraire l’opinion tombent en désuétude ainsi que les cours de géographie initiés au chapitre des milliards pour vaincre l’eau. Fidjrossé est coupé de Cotonou. Voilà la réalité. La littérature de l’inondation colle à l’inefficacité.
L’inondation devrait réconcilier le pouvoir du changement et les autorités municipales pour une croisade destinée à alléger les populations de leurs difficultés. La communion et la paix dans la bataille contre l’inondation et les effets conjugués des actions des deux camps auront un impact certain sur ce qui est devenu un fléau. Loin des rancunes politiques, il urge de briser les cordes de la division pour exprimer la solidarité contre cette inondation mortelle.
Mais Boni Yayi peut toujours exploiter la situation et prendre une précieuse avance sur les rivaux renaissants, locataires de l’hôtel de ville. Malheureusement, le leader du changement semble maintenant peu inspiré par les eaux de ruissellement ravageuses. Ses descentes dans l’eau ne sont plus que de lointains souvenirs. La politique de séduction de la période de l’état de grâce et les motivations des temps électoraux avaient dominé les intentions. Soglo et sa troupe débordaient, eux aussi, d’intérêt pour le bien- être des populations pendant les pluies. Tous rivalisaient de tournées dans les arrondissements de Cotonou en quête d’audience.
L’apathie crûment servie cette année d’inondation cruelle ne répond à aucune norme sociale et la politique qui, elle-même, vit de l’opportunisme ne recommande pas une démission voilée par des actions de façade. Cotonou, comme les autres villes noyées, est au miroir de la misère des populations. Mais il faut d’abord sauver Cotonou, la vitrine du pays martyrisée par l’inondation et victime non seulement du manque de moyens, mais de l’incurie des autorités gouvernementales et municipales.
Sulpice O. Gbaguidi
Journal FRATERNITE 18/06/09
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