Le changement et les prétendues découvertes de ressources pétrolières ou minières: Trop de tapages pour rien

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

Le gouvernement béninois vient une fois de plus de faire rêver le peuple béninois par la signature d’un accord de partage de production des gisements pétroliers d’Atacora et d’Alibori, après avoir donné lettre morte au dossier des puits pétroliers de Sèmè-Podji. Le régime du Changement multiplie innovations, découvertes et signatures d’accords sans ne pouvoir concrétiser un seul, serait-on tenter de dire ?
Le gouvernement béninois et la Compagnie béninoise des hydrocarbures (Cbh), qui est une filiale de la Société Africa Pétro, ont signé le lundi dernier au Centre International de Conférences de Cotonou en présence du ministre des Recherches pétrolifères et minières, Barthélemy Kassa, de celui de l’Energie et de l’eau, Sacca Lafia et de leur collègue du Commerce Christine Ouinsavi, un contrat de partage de production des gisements pétroliers de l’Atacora et de l’Alibori du bloc4. Devrait-on croire une fois encore à une aubaine pour le Bénin de pouvoir enfin diversifier les sources de mobilisation de ses ressources financières afin de défiscaliser le budget national ? Ou s’agit-il encore d’un théâtre à l’exemple des nombreuses découvertes faites un peu partout à l’intérieur du pays ? Qu’il vous souvienne que depuis la supposée découverte des puits pétrolifères de Sèmè-Podji, la suite de l’histoire est restée lettre morte. Car le vendredi 30 janvier de l’année en cours, au cours d’une cérémonie officielle au Palais de la République fortement médiatisée et transformée en une opération de charme, les responsables de la Société South Atlantic Petrolum Bénin SA avait remis dans une bouteille, au président de la République, l’échantillon de l’huile sortie du premier puits foré sur le champ pétrolifère de Sèmè-Podji. Ce qu’on devrait se demander est très simple. Est-ce qu’en réalité le forage de ces quelques barils de pétrole brut, sera rentable alors que conscient des prix actuels du pétrole en pleine déperdition malgré l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (Opep), la technologie nécessaire devra aussi prendre sa part du budget de prévision ?
Parlant encore de découvertes, selon certaines sources autrefois interrogées sur le terrain, la Sapetro qui a pris le permis de Sèmè devrait contrôler le reste de la réserve du champ, car aux dires de ces personnes, à peine 30% du réservoir a été pompé par la Saga dans les années 80, le reste devant se concentrer sinon se constituer. Et c’est justement ce reste que la Sapetro a visiblement pu vérifier. Donc, il ne s’agit pas d’une découverte mais plutôt d’une confirmation. Ces sources indiquent par la même occasion qu’on parlera d’une découverte si et seulement si la société va au-delà de la profondeur de la Saga qui, semble-t-il est de 2000m. Ce qui veut dire que la Sapetro doit aller jusqu’à 3000m avant de prétendre faire une découverte. On a comme l’impression qu’il y a beaucoup d’agitations et de précipitations du côté du ministère chargé des recherches minières et pétrolifères.
Est-ce parce que le ministre Barthélémy Kassa n’est pas du domaine ? Les mêmes sources indiquent que l’identification des pierres comme Colombite-tantalite n’est pas vraie car il s’agit plutôt d’indices. Alors, pourquoi cherche – t-on à innover pour innover ? Pourquoi cherche t-on à découvrir pour découvrir ? Pourquoi cherche-t-on à faire croire au peuple qu’en cinq ans on peut régler tous les maux de la société béninoise ? Le peuple sait distinguer le bon grain de l’ivraie si non qu’il faille rappeler aux barrons du Changement qu’on ne les notera pas aux kilogrammes de projets qu’ils vont innover mais au nombre de projets qui auront donné des résultats pragmatiquement reluisants. Ne dit-on pas souvent que « pierre qui roule n’amasse pas mousse ? ».
Toutes ses réformes et décisions, tant dans le secteur de la santé avec la gratuité de la Césarienne dans les hôpitaux publics qui reste l’ombre d’elles-mêmes, tant dans le secteur de l’éducation avec la gratuité non consommée de l’enseignement primaire dans les écoles publiques, tant dans le secteur du commerce avec l’ingérable décision de supprimer le « kpayo » et ceci sans une véritable mesure d’accompagnement applicable, ne frisent que de la démagogie pure et simple. Et lorsqu’on sait que tout ce folklore est organisé aux frais du contribuable alors que toutes les institutions financières internationales recommandent aux Etats africains, la sécurité financière en ces temps de récession économique, on ne peut que s’inquiéter pour l’avenir financier du pays. Pourquoi ne peuvent-ils pas penser à viabiliser le peu qu’ils ont déjà fait à défaut de se mettre à créer seulement à tout vent ? Pourquoi des directeurs généraux de société, comme celui de la Société béninoise de manutention portuaire (Sobémap), Bénin Télécoms, l’Office de radio diffusion et de télévision du Bénin (Ortb) et consorts, abandonnent-ils leurs sociétés pour se donner à un culte de la personnalité, celui du chef de l’Etat, alors que ces sociétés végètent encore dans la précarité financière ?
Pourquoi à chaque tournée de ministres, de députés Fcbe, Umpp ou Convergence 2011, des directeurs généraux de sociétés publiques, instrumentalisent-t-ils les acquis du Changement comme si ce n’était pas du devoir d’un gouvernement central et de ses démembrements de veiller à l’épanouissement de ses populations ? Devrait-on rappeler à l’Etat béninois, qu’il relève d’une exigence que face au problème du chômage par exemple, qu’il devrait trouver une solution ? Et qu’en réalité la Fnpej et l’Anpe, bien qu’étant déjà muselées par le politique, loin d’être une aumône de l’Exécutif, sont des droits des jeunes, celui de bénéficier d’un emploi après une éducation universitaire assidue.
En attendant le vrai changement, le peuple meurt de faim, l’inondation, le chômage, et dans les discours d’éloges de toutes sortes.

Eugène Sènou LOKO
Journal 24 HEURES AU BENIN  26/06/09
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