Montée de la corruption sous le changement : Le grand péché de Boni Yayi (Le Bénin a reculé sur tous les plans)
En portant leur choix sur Boni Yayi en 2006 dans une écrasante majorité, les Béninois ont exprimé clairement leur volonté de rompre avec une gestion marquée par la corruption, la dilapidation des ressources publiques, la main basse d’une minorité sur les richesses nationales et toutes les autres pratiques qui donnaient l’impression que le Bénin avait tourné dos au progrès. Aujourd’hui non seulement le progrès attendu n’a pas été au rendez-vous mais en plus on a reculé sur tous les plans.Sous Boni Yayi le Bénin a reculé. C’est peut-être péremptoire de l’affirmer. Comme il serait prétentieux de faire le bilan d’un régime au pied levé. Mais les faits qui se déroulent à nos yeux tous les jours, les uns aussi graves que les autres, nous y obligent.
Y a-t-il un seul domaine dans lequel le Bénin a fait un bond qualitatif ces trois dernières années ? Un survol rapide de la vie sociale, économique et politique permet de répondre à cette question. On n’a pas à se casser la tête ou à aller chercher loin. Nous avons reculé sur tous les plans. Il y a d’abord ce qui touche le commun des Béninois : la vie chère. Aujourd’hui, combien de Béninois mangent-ils à leur faim ? Les Béninois mangent-ils mieux aujourd’hui qu’hier ? La réponse est non ! Il va falloir peut-être attendre les retombées de la « révolution agricole » pompeusement lancée pour espérer un changement à ce niveau.
Mais hélas, les tracteurs tombent déjà en panne. Et que reste-t-il de notre système sanitaire resté paralysé pendant des mois du fait de décisions hasardeuses du pouvoir ? Et pourtant le gouvernement dit y avoir mis des milliards. Des milliards qui se sont évaporés sans doute comme ceux de la Cen-Sad ? Sur le plan de l’éducation, quelle avancée la gratuité a permis de faire ? Avec la polémique qui se développe chaque jour autour de la politique des microcrédits, peut-on dire que l’accès des plus pauvres aux microcrédits est déjà une réalité ? En vérité, quand on prend chacun des secteurs sus cités, le constat est là que le Bénin n’a pas bougé. Les problèmes d’hier que le nouveau pouvoir est censé corriger sont restés sans solution, sinon qu’ils ont été aggravés par ceux créés chaque jour de toutes pièces à la faveur de mesures populistes qui ont fini par assécher les caisses de l’Etat. Et là où le bat blesse est que la lutte contre les pratiques mafieuses qui est le terrain sur lequel les Béninois attendaient de voir le pays faire un bond avec un homme nouveau, se solde par un échec.
L’impardonnable
Il est en effet incontestable que ce qui a fait l’impopularité du régime Kérékou était son incapacité à arrêter la saignée financière que provoquaient les barrons du régime et l’impunité qui s’ensuivait. Dans son souci d’engager le Bénin dans une autre dynamique, celle du progrès, le peuple béninois a cru devoir remettre son destin dans les mains d’un « homme nouveau ». Un homme nouveau qui justement du fait qu’il était nouveau devait avoir les mains libres pour réussir là où les autres ont échoué : débarrasser le pays de la corruption et faire rendre gorge aux prédateurs de l’économie. Hélas, la désillusion et la déception sont aujourd’hui à leur comble. Non seulement Yayi Boni n’a pas pu arrêter la saignée, mais il l’a aggravée comme le montrent bien les dernières révélations faites sans aucune pudeur par son Gouvernement sur le scandale financier que constitue le dossier Cen-Sad. Car en réalité, si on n’a pas pu faire un seul pas en avant depuis 2006 sur le plan de la lutte contre la corruption, ou si l’on fait un pas en avant puis deux en arrière, c’est qu’il n’y a plus rien à espérer jusqu’à la fin du mandat en cours. Dans ces conditions le recul est net. Et Boni Yayi est impardonnable sur ce plan parce qu’il sait que c’est l’un des éléments qui ont fondé les Béninois à porter leur choix sur lui.
Marie-Richard Magnidet
Journal LA PRESSE DU JOUR 08/07/09
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