Regard critique sur les Ecureuils
« Les Ecureuils à l’épreuve de la CAN », c’est le titre de l’ouvrage que signe Sabin Loumedjinon, journaliste de son état, reporter-sportif au quotidien « La Nation ». La préface est d’Alex Chodaton, l’une des icônes du journalisme sportif dans notre pays. L’ouvrage compte 209 pages que se partagent 7 chapitres et 125 photos en couleur et en noir et blanc. L’ouvrage ne mentionne aucun nom d’éditeur ou de maison d’édition. Il est sorti des presses en juin 2009 à Cotonou.La démarche de l’auteur est la suivante : examiner à la loupe les deux participations des Ecureuils du Bénin, à la phase finale de la CAN, Tunisie 2004 et Ghana 2008, pour passer en revue, d’une manière critique et constructive, les maux qui gangrènent le football de notre pays.
C’est dire que Sabin Loumedjinon a voulu être exhaustif, marquant le souci de ne rien laisser dans l’ombre. C’est dire également que Sabin Loumedjinon a voulu être critique, assumant le risque qu’évoque ce proverbe bambara, à savoir que « Qui dit toujours la vérité se promène avec son linceul ». C’est dire enfin que Sabin Loumedjinon a voulu être constructif, en se persuadant que c’est en remettant l’ouvrage vingt fois sur le métier, qu’on s’assure de produire, à la fin, le chef d’oeuvre rêvé.
Le football, plus précisément le football de haute compétition, aujourd’hui, n’est plus une parenthèse récréative et distrayante. Le football est un métier. C’est une activité qui engage les pays, dans une course au leadership et à plus de visibilité dans le concert des nations. Les joueurs d’une équipe nationale sont de vrais ambassadeurs de leurs pays, des envoyés spéciaux de leur peuple, porteurs d’un message par le drapeau national qu’ils doivent tenir haut levé, par leur maillot qu’ils doivent savoir mouiller.
D’où l’approche critique qui marque et domine toute la démarche de l’auteur : on ne prépare pas des matches importants et décisifs au dernier moment ou à la va vite. « Rien ne sert de courir faut partir à point ». On ne discute pas des primes, s’infligeant même des nuits blanches, alors qu’on a un contrat à honorer avec son pays, avec son peuple, avec ses fans, avec les supporters. On ne construit pas un immeuble de 15 étages par le 7eme. Les fondations d’abord, et dans le cas d’espèce, les clubs à la base pourvus des moyens conséquents, dans le cadre d’un championnat national régulier, à décliner en ses variantes scolaires, corporatives, sans oublier le vivier que constitue le sport de quartiers et la pépinière en fleur que sont les écoles de formation. Le football, c’est un encadrement compétent et rigoureux avec des entraîneurs non parachutés par la grâce des copains et des coquins en affaires. Le football, c’est un environnement sain et en constant assainissement, loin des trafics maffieux. Le football, c’est l’engagement politique d’assumer pour son pays un grand dessein national, ceci par la qualité des décisions, des options, des orientations, des ambitions, des moyens mis en oeuvre.
Et pour prouver que le reporter sportif n’est nullement le trublion qu’on croit, Sabin Loumedjinon nous contraint à observer un arrêt à la page 120 de son ouvrage. Il y énonce, comme sa contribution à la renaissance de notre football, ce qu’il appelle « Les dix commandements pour le développement du football béninois. ».
L’ouvrage de Sabin Loumedjinon, c‘est un effort de recherche en documentation, sanctionné par une riche moisson de photo pour immortaliser la plupart des anciennes gloires de notre football, les 31 ministres en charge de la Jeunesse, des Sports et Loisirs de 1957 à 2008. Ce sont également les hommes qui ont eu à diriger notre fédération de football de 1962 à 2008, ainsi que les entraîneurs qui ont eu à gérer ou qui gèrent encore notre équipe nationale. L’ouvrage est le fruit de l’action combinée de trois personnages clés.
Le premier personnage, c’est le témoin. C’est celui qui a eu le privilège d’être sur le terrain des opérations : des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, l’intelligence pour comprendre. Le témoin est producteur d’informations. Sabin Loumedjinon, met ainsi à la disposition du lecteur un stock d’informations sur l’équipe nationale à travers les deux participations de celle-ci à la CAN 2004 et 2008..
Le deuxième personnage, c’est le commentateur. C’est celui-là qui émet une opinion personnelle, un point de vue. Sabin Loumedjinon a bien compris la mission de celui-ci : dire la vérité quoi qu’il en coûte. Plus précisément dire sa vérité, en toute honnêteté et de bonne foi.
Le troisième et dernier personnage, le documentaliste archiviste, soucieux de restaurer et de conserver la mémoire. Les documents et photos patiemment recherchés par l’auteur et précieusement mis à disposition du lecteur sont à apprécier comme un patrimoine. Ce qui donne à l’ouvrage de Sabin Loumedjnon une valeur documentaire sans pareille.
Le journaliste qui écrit un livre prend des grades pour aller plus haut, plus vite, plus loin. Ce que vient de faire, avec brio, Sabin Loumedjinon. « Les Ecureuils à l’épreuve de la CAN », le premier chaînon d’une chaîne que nous souhaitons longue.
Jérôme Carlos
Cotonou le 8 juillet 2009
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