Chronique du jour: De quoi se mêle Azatassou ?
Le coordonnateur de Force cauri pour un Bénin émergent (Fcbe) invite les militants à rester sereins et à ne pas se démobiliser, après le rapport accablant de l’Ige sur l’organisation du dixième sommet de la Cen-sad. Eugène Azatassou lâche que les faits révélés par le conseil des ministres ne peuvent entacher la crédibilité du changement. Ces déclarations sont aussi scandaleuses que l’affaire de milliards volés dans l’exécution des commandes publiques d’équipement et de réalisation d’infrastructures passés dans le cadre de l’organisation du sommet de la Cen-sad.La sortie médiatique d’Eugène Azatassou est non seulement tendancieuse mais tourne sur du non-sens. Le coordonnateur Fcbe a raté une belle occasion de se taire. Son intrusion maladroite, embrouillée et inopportune dans le dossier de corruption a juste créé des ondes négatives. D’où vient la question de sérénité des militants Fcbe dans les milliards emportés frauduleusement ?
On est sous le choc des propos légers et flottants de ce haut responsable politique qui croque le superficiel et l’accessoire pour finalement se gaver de l’inutile. Le cauri de haut rang s’est enfoncé dans une vaste blague, sans modération. Il joue mal sa symphonie et les airs de plaisanterie glauque servis n’ont donné lieu qu’à un spectacle dégoûtant. Pour des questions qui concernent la survie même de la Nation, cette livraison de paroles dégoulinées sans norme, relève de la pure distraction. La réhabilitation du Centre international de conférence (Cic) et du palais des congrès de Cotonou est d’intérêt national. Mais Les détournements de milliards ne peuvent exciter ceux que La Fontaine appelle les mouches du coche. La reconnaissance de la gravité des faits n’a pas masqué l’élan politique visant à démontrer l’inoxydable crédibilité du régime même frappé par la corruption.
On attendait plutôt du coordonnateur Fcbe un discours de sagesse, véhiculant des propositions concrètes dans le sens des réformes souhaitées pour étouffer les élans des corrompus. Il pourrait par exemple penser à l’instauration de corps de contrôle interne et externe aux ministères. Azatassou aurait dû, puisqu’il tenait à parler pour rappeler son existence et échapper à l’enfer de l’oubli, faire preuve de respect pour la Nation et les contribuables à qui il doit le budget de sa commune d’Agbangnizoun. Azatassou a réussi à provoquer l’ennui avec les mots mal inspirés déversés sur une situation de corruption préoccupante. En choisissant de défier l’évidence et de chercher à cacher le soleil avec un tamis, le maire inconnu, lancé étonnamment sur la cime politique des cauris a minimisé les répercussions du scandale des milliards sur l’image du changement. C’est à ce niveau que le coordonnateur zélé apporte la preuve qu’il ne partage pas le même souci que le leader cauri, chantre du changement. On doit rendre hommage à Boni Yayi pour son courage historique dans la publication du rapport de l’Ige sur le crime économique commis dans l’organisation du sommet de la Cen-sad. Sa volonté de faire éclater la vérité tranche avec l’exhibition politique néfaste du coordonnateur Fcbe.
Le discours du politicien Azatassou fâche en cette saison de corruption où des ministres sont rendus coupables de détournement de milliards. En soutenant pompeusement que les malversations financières émaillant l’organisation du sommet de la Cen-sad ne peuvent entacher la crédibilité du changement, l’homme d’Agbangnizoun a montré ses limites. Les milliards entassés dans le wagon de la haute corruption ne sont pas traînés par des ministres de gouvernements étrangers.
Le problème est beaucoup plus sérieux que le cafouillage politique et partisan installé pour faire diversion. Peut être qu’Eugène Azatassou, coordonnateur miraculeux de la famille cauri a une compréhension superficielle du communiqué du conseil des ministres sur le compte-rendu des travaux de vérification de l’exécution des commandes publiques d’équipement et de réalisation d’infrastructures passées dans le cadre de l’organisation du dixième sommet de la Cen-sad. Il va falloir que l’Ige fasse un tour à Agbangnizoun pour mieux comprendre l’état d’âme du maire face à la grosse actualité de la corruption.
Sulpice O. Gbaguidi
Journal FRATERNITE 09/07/09
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