LETTRE DE TCHAOUROU : MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

Si elle est juste, la réputation qui vous suit, vous lisez volontiers la Bible et connaissez donc mieux que moi le passage où il est dit à peu près ceci : ‘‘Quand ces signes apparaîtront, sachez que la fin est proche.’’ Et il me prend envie de vous demander quelle est la fin que vous nous promettez, aux signes que vous avez commencé à nous montrer.
A peine vous ai-je parlé de notre mal à vivre en matière d’eau et d’électricité que vous avez décidé d’augmenter de 18% les factures d’eau et d’électricité. Drôle de manière de répondre à nos cris de détresse. De combien augmentez-vous le salaire de mon mari pour qu’il ne s’effondre pas, lui qui était déjà tous les jours à la peine ? Au passage, vous avez relevé aussi le prix du litre d’essence à la pompe. Drôle de manière de lutter contre l’essence vendue en fraude et dite frelatée. Vous savez qu’à Dantokpa et ailleurs, toutes vos augmentations seront répercutées sur tout ce qui est vendu afin que les vendeurs ne s’effondrent pas, eux qui étaient déjà à la peine. Imaginez-vous le désarroi des acheteurs ? Imaginez-vous la misère (il n’y a pas un autre mot !) dans laquelle vous venez de précipiter les ménages ? Non, vous ne l’imaginez pas. Vous n’imaginez rien. Je crois que nos cris de détresse ne vous parviennent pas, et vous ne savez pas qu’à cette allure, qu’à ce vent mauvais, c’est la société béninoise toute entière qui s’en va s’effondrer ? Il paraît d’ailleurs que les maigres salaires des fonctionnaires ne vont pas stagner longtemps, il paraît que vous envisagez une baisse, un abattement sur salaire. Abattre des salaires déjà abattus et qui ne suffisent à rien ! Allez-vous vraiment le faire ? Le faire et continuer à nous gouverner ? L’on dit que si vous n’abattez pas, vous serez en rupture de paiement. Mais alors vous n’avez pas de solution à nos problèmes ! Dans ce cas, pourquoi êtes-vous encore assis dans le présidentiel fauteuil de la Marina ? Les gens de bien savent quitter les choses avant que les choses ne les quittent.
A peine vous ai-je parlé de DG fautifs par vous protégés et récompensés que les bailleurs de fonds vous demandent, semble-t-il, de rendre publics les résultats des audits par vous réalisés en 2006 à votre avènement en nous promettant l’impunité et un nouveau départ. Or tout ce que vous avez trouvé à faire, ce fut de cacher les résultats des audits, afin de protéger les fautifs, afin que le règne de l’impunité se poursuive et que continuent de nous piller les ripoux. Dès ma première lettre, je vous disais que nous nous sommes trompés ou que vous nous avez trompés, ce qui revient au même. Mais je crois que l’alternative n’est plus permise : nous ne sous sommes pas trompés, c’est vous qui nous avez trompés. Dès le départ, vous saviez où vous alliez : nulle part ! Faire du surplace, nous maintenir dans l’ornière et nous y plonger davantage, vous remplir les poches et permettre à vos amis d’en faire autant sur notre dos, comme avant, alors que nous vous avons élu pour effacer l’avant, pour être le sentier lumineux vers le changement en mieux. Et vous voici boulevard boueux vers le changement en pire. Monsieur le Président, mes yeux s’humectent de larmes, je pleure, non pas tant sur moi ou sur nous que sur vous. Oui sur vous, qui vous croyez autorisé à tromper la confiance de 75% des Béninois. Et si l’on avait repris les élections trois mois après le 6 avril 2006, vous l’emportiez dès le premier tour avec plus de 80% des voix : les sondages secrets l’ont dit. Quel gâchis ! Je crois à la puissance de l’Esprit. Je crois que l’esprit du peuple pourrait ne pas vous pardonner d’avoir trompé le peuple. Monsieur le Président, je prie pour vous. Mais priez vous aussi, repentez-vous ! Revenez dans le droit chemin.
Je m’égare. Veuillez m’en excuse et me permettre de revenir aux bailleurs de fonds. Ce n’est pas une sommation qu’ils vous ont adressée. Je vous prie cependant de ne pas jouer les matamores. Mes affaires de bijoux me conduisent souvent à Lomé, et j’observe, à chacun de mes voyages, à quel point cette ville est tombée depuis que les Européens ont tourné le dos au Togo. Veuillez donc publier les résultats des audits comme ils vous le demandent.
Monsieur le Président de la République, je prie Dieu de vous garder en bonne santé pour nous.

Gilberte Awa Kassa
Journal NOUVELLE EXPRESSION 10/07/09
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Publié dans Politique nationale

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