Chronique du jour: Au-delà de l’affaire Cen-sad
Le scandale de la Communauté des Etats sahélo sahariens (Cen-sad) fait des vagues et remue le tréfonds de la République. Boni Yayi reprend des couleurs et endosse son manteau d’anti-corruption viscéral pour enfin nettoyer l’écurie en putréfaction. Maculé de la fiente de la corruption, le régime du changement veut maintenant éviter de se laver à l’eau souillée. Le chef de l’Etat s’en remet à une politique de bâton qui vise à rassurer le peuple éploré par la disparition abominable de milliards.Le réveil du président de la République devant l’ampleur des dégâts financiers dans l’organisation du dixième sommet de la Cen-sad à Cotonou, éteint la flamme du désespoir allumée aux feux du laxisme. La gloutonnerie dans l’antre du changement a mis le leader cauri dans un état d’excitation et d’alerte nécessaires pour l’avènement de la bonne gouvernance. La mafia ruineuse a impitoyablement emporté nos milliards dans l’exécution des commandes publiques d’équipement et de réalisation d’infrastructures passées dans le cadre de l’organisation du sommet de la Cen-sad en laissant des miettes à l’Etat.
Mais l’affaire Cen-sad semble éclipser les ravages financiers dans les structures étatiques, notamment les Sociétés d’Etat. Les rumeurs persistantes, comme celles précédant le scandale de la Cen-sad, donnent l’alerte sur la gestion désastreuse de certaines de nos sociétés d’Etat. La vieille corruption a eu le temps d’étendre ses tentacules et d’abattre la moralité et la responsabilité. Les effluves de la mal gouvernance envahissent l’environnement de nos sociétés d’Etat.
Le dossier de la Cen-sad et ce vol rocambolesque de milliards réchauffent une lutte contre la corruption qui s’enlisait dans la déprime. Mais Boni Yayi, malgré le caractère monstrueux et criminel de ce détournement des démolisseurs de l’éthique, ne doit pas se laisser aspirer. La course au pillage dans les sociétés d’Etat ne relève pas de chimère. Le régime du changement collerait à ses ambitions en tournant à plein régime sa machine anti-fossoyeurs. L’état de la corruption et les symptômes de la déliquescence notoire nécessitent un contrôle rigoureux de la gestion des directeurs généraux de sociétés d’Etat. L’Inspection générale d’Etat (Ige) a de la matière. Alidou Koussé et son équipe, auréolés de l’effet des travaux de vérification de l’exécution des commandes publiques d’équipement et de réalisation d’infrastructures passées dans le cadre de l’organisation du dixième sommet de la Cen-sad, devraient faire admirer leur savoir-faire dans les sociétés d’Etat aux mains de la nébuleuse. La sinistre notoriété du syndicat de la corruption dépasse les agissements financiers recensés dans l’organisation de la Cen-sad.
L’éternelle question reste la publication effective des rapports de l’Ige. Le cas de la Cen-sad devrait désormais inspirer le conseil des ministres, appelé alors à tirer toutes les conséquences des conclusions de l’Ige. Des rapports des inspecteurs sont encore enfouis dans les considérations partisanes. Conséquence : des Directeurs généraux de sociétés sous parapluie politique semblent épargnés du principe de l’obligation de rendre compte, un des piliers du pouvoir du changement.
La quête des normes morales sous le régime du changement passe par l’assainissement des finances publiques. Yayi a repris de fort belle manière l’initiative avec cette entame de lutte soutenue contre la mafia organisatrice de la Cen-sad. Cette gestion impartiale du scandale du siècle peut déjà aider à éradiquer le pessimisme. Maintenant, il faut maintenir le cap et ne plus s’affaler sous l’effet des pesanteurs politiques. A moins que le pouvoir décide de plonger dans la boue en si bon chemin.
Sulpice O. Gbaguidi
Journal FRATERNITE 14/07/09
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