Affaire CEN- SAD /Cas Noudégbesi: La commission indépendante devra rétablir les faits
L’avènement de Boni YAYI à la magistrature suprême a été voulu et salué par les béninois qui aspiraient à une autre façon de gouverner les affaires publiques. Le gouvernement du changement ne saurait donc s’accommoder avec les magouilles et le détournement. Aussi n’a-t-il pas hésité à porter à la face du monde les dessous de la gestion des fonds mis à la disposition de l’organisation du 10ième sommet de la Cen/Sad. Il a frappé dans son propre camp, ce qui est considéré comme une preuve de courage. Il reste que pour ce dossier rien n’est encore définitivement fixé quant à l’implication active des ministres mis en cause dans les irrégularités constatées, notamment le cas du ministre de l’Urbanise suspendu pour les besoins de l’enquête et qui soulève des interrogations .Sans aucun doute, les Béninois saluent la volonté du chef de l’Etat de lutter contre la corruption qui mine l’administration béninoise depuis des décennies. Les dernières décisions prises en conseil des ministres suite aux conclusions du rapport de l’IGE est une preuve que Boni Yayi a à coeur la sauvegarde de l’honneur et de la dignité de son régime qui est sous les feux de la critique acerbe de l’opposition. Mais, bien qu’approuvant ces décisions certains militants, comme les personnalités de son propre camp souhaitent que Boni Yayi frappe juste là où il faut pour ne pas créer d’injustice. La décision de suspendre provisoirement le ministre Noudegbessi n’est donc pas pour apaiser tout le monde dans le camp de la mouvance, encore moins dans toute l’opinion, tant que d’autres éléments viennent corroborer les observations faites par l’IGE.. Est-ce que oui ou non le ministre de l’urbanisme, François Noudégbessi est vraiment impliqué dans les dénonciations faites au sujet de l’affaire CEN-SAD ? La question reste préoccupante et alimente tous les commentaires tant il existe encore de zones d’ombre dans le dossier. S’il est vrai que le relevé du conseil des ministres du 3 Juillet dernier a établi, d’une façon flagrante la culpabilité de l’ancien ministre des finances, Soulé Mana Lawani, il n’a pas, en revanche, mis en index la responsabilité personnelle du ministre de l’Urbanisme Noudégbessi. Les conclusions du rapport de l’IGE entérinées par le conseil des ministres cité en référence n’ont pas non plus culpabilisé le ministre de l’Urbanisme. Sur quelle base alors il a été sanctionné se demandent une partie de l’opinion publique. La simple suspicion de responsabilité suffisait-elle pour impliquer le mis en cause dans les irrégularités constatées ? On peut en douter.
D’ailleurs le fait que le président de la république ait choisi de suspendre le ministre n’est pas la preuve irrémédiable de son implication ou de son accusation dans l’affaire. Tout au plus Boni Yayi embarrassé lui-même par les pressions populaires soulevées par l’affaire ne pouvait pas faire autrement. Mais le gouvernement lui-même a reconnu que le dossier sur la gestion des marchés a été principalement conduite solitairement par le ministre des finances. On apprend que lors de la mission de contrôle de l’IGE, le ministre de l’Urbanisme aurait déclaré aux commissaires que son département n’a pas été impliqué dans l’attribution des marchés. Les échanges de correspondances entre l’IGE et le ministre existent et l’attestent. Cette déclaration du ministre de l’urbanisme avait été confrontée avec celle du ministre des Finances qui était encore en poste en ce moment. En toute logique on devait s’attendre à ce que Lawani apporte la contradiction à cette déclaration du ministre de l’Urbanisme si elle était fausse ; surtout lorsque les soupçons de détournement portent sur des milliards de Francs CFA. Mieux après ses travaux, la commission a envoyé le rapport provisoire aux ministres concernés pour réaction. Noudegbessi a dans un courrier en date du 13 mars 2009 présenté ses observations et porter ses réserves quant aux conclusions auxquelles l’IGE a abouti. Le caractère urgent imprimé au projet de la réfection des immeubles du CIC et du Palais des congrès dans le cadre du sommet de la CEN-SAD explique, selon le ministre, le coût élevé de certains matériaux achetés. Le rapport de l’IGE a constaté des prix plus élevés que ceux pratiqués sur le marché allant de 70 voire 400%. La courte durée d’exécution des travaux, qui a nécessité des commandes en expresse de certains matériels par avion et à travailler de jour comme de nuit a indiqué Noudegbessi explique aussi l’inexistence sur le marché mondial de certains matériels, qui a nécessité des commandes spéciales en usine. «Je voudrais à cet effet souligner une fois encore, que mon département n’avait pas été associé à l’attribution desdits marchés», a précisé le ministre à l’attention de l’IGE dans sa réaction contre le rapport de l’IGE. La commission s’est certainement rendu compte au terme des investigations qu’effectivement le ministre de l’Urbanisme n’est pas impliqué dans les maldonnes intervenues dans le dossier de passation de marché. Mais le tollé soulevé par la question dans l’opinion publique a créé un doute au sein du gouvernement qui, pour en avoir le coeur net, a décidé d’installer une nouvelle commission constituée de personnalités indépendantes pour ôter le doute et faire en quelque sorte une contre expertise du rapport de l’IGE au dossier. C’est pour cette raison que certains pensent que la suspension jette quelque trouble dans l’esprit de bien des gens pour qui cette mesure veut dire accusation. De toutes les façons les conclusions de la nouvelle commission viendront fixer une fois pour toute l’opinion publique. Car c’est elle seule qui peut dire le degré de responsabilité du ministre et le degré de sa culpabilité dans les irrégularités si tel en est le cas.
Fortuné AGUEH
Journal L'AUTRE QUOTIDIEN 15/07/09
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