Trois ans après avril 2006 : « Le Bénin s’est éloigné des idéaux de la conférence nationale », selon Ibrahim Salami
Le Bénin s’éloigne progressivement des acquis de la Conférence nationale de février 1990 depuis l’avènement du régime du changement en 2006. C’est ce que l’on peut retenir de la communication de l’Avocat Ibrahim Salami. Il l’a développée à la faveur du lancement officiel de l’Association de défense et de promotion des acquis de la Conférence nationale le samedi dernier à Cotonou.« Les acquis de la Conférence nationale des forces vives qu’on ne peut plus remettre en cause n’appartiennent pas aux conférenciers. Ils nous appartiennent tous ». C’est ce qu’a déclaré d’entrée Me Ibrahim Salami qui a ajouté que « les valeurs que cette conférence avait incarnées constituent un héritage et un patrimoine communs dont la préservation nous incombe ». Et c’est d’ailleurs ce qui le conforte à dire qu’il est interpellé comme tous les Béninois à œuvrer pour que jamais personne ne mette en péril ces acquis. Or, de ses observations, il ressort que depuis avril 2006 jusqu’à nos jours, ces acquis sont menacés. Le peuple béninois qui a réaffirmé son opposition à tout régime fondé sur l’arbitraire, la dictature, l’injustice, la corruption, la concussion, le régionalisme, le népotisme, la confiscation du pouvoir et le pouvoir personnel, vit certaines réalités qui montrent que le Bénin s’éloigne progressivement de ces acquis. Une appréciation de la gestion du pouvoir du changement à travers quatre thèmes ont permis à l’avocat d’attirer l’attention des Béninois sur les écarts que l’on constate par rapport aux idéaux de la conférence nationale. Abordant la notion de consensus national, Me Salami a précisé que cela suppose une ouverture politique qui rejette l’exclusion politique d’une région, d’une ethnie ou alors la prise en compte de critères non objectifs comme la religion. Il a évoqué à ce propos un sondage réalisé par le Syndicat des travailleurs du ministère de l’économie et des finances (Syntracef) de M. Laurent Mètognon qui parle entre autres, de critères de nomination dans la haute administration. Ce syndicat a mis d’ailleurs le gouvernement au défi de publier des chiffres contraires à son sondage, et jusque-là on ne voit rien. Les critères évoqués étant l’appartenance à la politique, la région et la religion. Sur trente sociétés, administrations ou offices d’Etat, on note une surreprésentation des Béninois ressortissants de la 2è moitié du pays. Tout cela est corroboré par le manque de concertation politique réelle et le recours facile aux pouvoirs exceptionnels qui organisent la dictature. Le deuxième thème d’appréciation a été la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice. Cela n’est pas respecté et l’exemple le plus malheureux évoqué par le conférencier a été l’immixtion du gouvernement dans le judiciaire en suspendant le 10 octobre 2007 l’exécution des décisions de justice relatives aux litiges domaniaux.
En ce qui concerne la corruption , il a invité les Béninois à constater avec lui là où on en est, alors que le pays est dirigé par un banquier , financier omnipotent qui s’occupe de tout ou presque. Le dernier élément d’appréciation a été la liberté d’expression et la démocratie pluraliste. Les marches interdites ici et autorisées ailleurs ont servi à illustrer le fait. Pour Me Salami, lorsqu’on s’accoutume aux violations des libertés, on prend le risque de mettre la République en danger.
Guy Constant Ehoumi
Journal LA PRESSE DU JOUR 27/07/09
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