Présidence de la République: Nestor Dako jeté à la poubelle du Changement ( Son départ ne règle pas les problèmes de Yayi)
Le départ de Dako n’est pas une solution à la criseLe limogeage ou le remplacement du directeur de cabinet civil du chef de l’Etat Nestor Dako, a surpris plus d’un. Mais à y voir de près, on n’est tenté d’affirmer qu’il s’agit d’un coup d’épée dans l’eau, une façon pour le président de la République Boni Yayi de relancer sa cote de popularité.
Sous réserve des raisons qui justifient la décision du président de la République Boni Yayi de se séparer de son proche collaborateur Nestor Dako, on peut sans ambages affirmer que cet acte n’est pas la meilleure solution à la crise sociopolitique et économique que traverse le pays. C’est de la pure communication qui vise à faire rehausser la cote de popularité du Dr Boni Yayi en mal dans les sondages. La démarche consiste à faire croire à l’opinion publique que le Premier magistrat du pays n’est pas sentimentaliste et qu’il n’hésite pas à se séparer de ses proches collaborateurs lorsqu’ils deviennent gênants. Compte tenu des nombreuses affaires de corruption qui accablent le régime au pouvoir, la question se pose de savoir quelle a été la part de responsabilité de Nestor Dako dans ces magouilles ? Est-il impliqué dans l’attribution des marchés gré à gré à des entreprises peu scrupuleuses dans le cadre de l’organisation du 10ème somment de la Cen-Sad tenu à Cotonou en 2008 et qui fait couler beaucoup d’encre et de salive ? Est-ce encore lui qui est à la base des luttes syndicales ou encore de la violation des libertés individuelles au Bénin ?
Eviter la politique de deux poids deux mesures
Une analyse approfondie de l’actualité politique nationale permet d’affirmer que la Haute Autorité semble développer la politique de deux poids deux mesures. Entre Nestor Dako et Nicaise Fagnon, qui a le plus fauté ? Outre les cas Mana Lawani et Noudégbèssi, la suspension de quels autres ministres est plus préoccupante dans l’affaire Cen-Sad, que celle de Nestor Dako intervenue hier ? En 2008, dans la mise en œuvre des mesures urgentes pour juguler la crise alimentaire qui sévissait au Bénin, le régime du Changement avait autorisé l’importation du riz et de certains produits de grande consommation avec des allègements douaniers. De ce fait, des tonnes de riz ont été importées avec d’importantes facilités d’exonération d’impôt et taxes douanières à certaines sociétés proches du pouvoir. Aujourd’hui plusieurs tonnes de riz ont pu être déversées dans le pays et stockées dans des magasins. Alors que le pic de la crise alimentaire est déjà passé, certains opérateurs économiques peu scrupuleux, continuent d’engranger d’énormes profits car ils ont pu constituer d’importants stocks. Face donc à la crise économique que traverse le pays, le Chef de l’Etat n’a même pas daigné envoyer l’Ige ou tout ou moins une demande d’explication à M. Grégoire Akofodji alors ministre du commerce au moment des faits pour lui demander de s’expliquer sur les questions suivantes : les conditions dans lesquelles les appels à concurrence ont été lancés, les critères de participation des sociétés retenues pour l’importation du riz, les types de céréales, les quantités importées par chaque société et leurs coûts et le détail des exonérations accordées à chaque importateur. Bien au contraire, le ministre Grégoire Akofodji a été promu. Il en est de même pour le ministre Félicien Chabi, Zacharie ancien directeur général du Trésor public qui, de part sa position devra aider le Chef de l’Etat à voir clair dans les décaissements des fonds alloués pour les travaux de la Cen/Sad. A ce jour c’est le silence radio.
Les problèmes de l’heure
Outre la misère qui sévit dans le pays, les citoyens béninois sont préoccupés par des questions de démocratie et des libertés individuelles. Ils sont attachés au respect scrupuleux des dispositions de la Constitution du 11 décembre 1990 ainsi que par la paix sociale. Les graves menaces qui pèsent sur la démocratie à travers l’interdiction des marches de protestation et l’autorisation des marches de soutien au Chef de l’Etat sont de nature à entretenir la torture morale des populations qui ; assujetties par la misère attendent avec impatience d’où leur viendra le secours.
Judicaël ZOHOUN
Nestor Dako jeté à la poubelle du Changement
Le directeur de cabinet du président de la République, Nestor Dako, a été relevé de ses fonctions hier et remplacé par l’ancien préfet de l’Atlantique et du Littoral, Véronique Brun Hachémè, alors qu’il est l’un des derniers amis fidèles du chef de l’Etat. Pour l’opinion publique, c’est une pure humiliation de cet homme, car là où il a été jeté est presque une « poubelle ».
Nestor Dako, trois ans après, est humilié par le régime du Changement qu’il défend bec et ongles. Hier, directeur de cabinet du président de la République, il est aujourd’hui un simple membre de l’Autorité transitoire de régulation dans le secteur des Gsm. Pourquoi une telle baisse de grade d’un adepte fidèle du régime en place ? Les autorités compétentes n’ont donné aucune explication. On veut faire croire à l’opinion publique que M. Dako est appelé à faire valoir ses compétences ailleurs. Mais dans les faits, c’est un pur limogeage d’un homme qui a pris le risque de défendre le chef de l’Etat par tous les moyens. L’opinion publique a très tôt compris le jeu, car le président Boni Yayi a déjà habitué les Béninois à ce genre de manœuvres politiciennes. La plupart des ministres sortis du gouvernement sont devenus conseillers spéciaux du chef de l’Etat à la présidence de la République pour les calmer. Comme pour le cas de Nestor Bako, il est peu recommandable de le faire, on lui a trouvé dans la précipitation un poste à l’Autorité transitoire de régulation des télécommunications qui n’existe que de nom. Face à cette situation, il y a une question qui se pose : pourquoi l’évangéliste Dako change de poste depuis l’avènement du Changement, avant d’être enfin jeté dans une « poubelle » du Changement ? Au départ, il était le directeur de cabinet du chef de l’Etat, au lendemain de la mort de Me Ahamed Akobi. Quelques mois après, il a été appelé au gouvernement en tant que ministre de la Justice, de la législation et des droits de l’Homme. On se rappelle qu’il avait demandé à son chauffeur de foncer sur les syndicalistes devant son ministère, sous prétexte qu’il était pressé d’aller à la présidence de la République. Après un bref séjour à ce poste, il a été relevé de ses fonctions à la faveur d’un remaniement ministériel qui a permis à l’avocat Gustave Cassa d’entrer au gouvernement. Pour lui essuyer les larmes, le chef de l’Etat le retourne au Palais de la République où il a repris son fauteuil de directeur de cabinet. Aujourd’hui, il est presque sorti du système, car là où il a été jeté est quasiment un garage pour les acteurs du Changement. Le limogeage de M. Nestor Dako pose néanmoins un certain nombre de problèmes. Y-a-t-il des fissures dans le cercle des évangélistes qui entourent le président de la République ? Les deux hommes se sont-ils brouillés et pourquoi ? Le Changement est-il en train de revoir ses dispositifs ? D’une manière ou d’autre, il y a un malaise profond entre les deux hommes. On peut certainement s’attendre dans les jours à venir, de nouvelles révélations.
Wilfrid Babatoundé
Journal 24 HEURES AU BENIN 24/07/09
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