Saint Thomas aurait dû…
La menace du gouvernement faisant état de retenue systématique sur les traitements et salaires pour les jours non ouvrés pour fait de grève, n’a guère émoussé l’ardeur des travailleurs décidés cette fois-ci, à en découdre avec l’arbitraire. Pour donner un avant-goût de leur détermination face au gouvernement, ils ont rigoureusement suivi le mot d’ordre de débrayage de 48 heures lancé par leurs centrales syndicales pour manifester contre l’interdiction de la marche de protestation du mardi 21 juillet dernier. Le paradoxe ici est la volonté manifeste du pouvoir de confisquer les libertés syndicales. On cherche toujours à comprendre la raison pour laquelle il a fait interdire la marche des travailleurs alors que d’autres personnes continuent de se prononcer sur le dossier Cen-Sad. Le communiqué rendu public le lundi dernier par le premier secrétaire général adjoint du gouvernement a éclairé l’opinion publique nationale et internationale sur le principal instigateur de l’interdiction de cette marche. Ne dit-on pas souvent que nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ? Vouloir aujourd’hui réprimer la grève des travailleurs n’est que peine perdue. Au lieu de régler le problème en amont en laissant les travailleurs marcher quitte à apprécier après, le pouvoir cherche désespérément à régler le problème en aval avec un ton menaçant en plus. Ce qui est certain, le gouvernement aura au dos les syndicalistes autant qu’il cherchera à les intimider. Toutes les législations de la planète sanctionnent avec la dernière rigueur, l’abus de pouvoir exercé par des personnes qui utilisent leur poste en tant que responsable d’une institution soit publique, semi-publique ou privée. Malheureusement au Bénin, ce manquement notoire semble être érigé en mode de gestion par le pouvoir en place. Celui-ci reste marqué par l’acharnement des pouvoirs publics contre les organisations syndicales. Le droit constitutionnel consacrant le libre exercice du syndicalisme se trouve, 49 ans après l’indépendance et sans justification aucune, bafoué par les autorités. Ces dernières, arc-boutées sur « le principe de non-conformité », opposent un niet catégorique à la demande de manifestation des travailleurs pour revendiquer leurs droits. Peut-on promouvoir la démocratie sans respecter les libertés, dont l’exercice du syndicalisme ? La réponse est tout simplement non. La démocratie, de par le monde, suppose le respect des libertés d’expression, du droit à la grève. En sus des lois nationales, les conventions du Bureau international du travail (Bit) et l’Organisation internationale du travail (Oit) exigent de tous les pays signataires, dont le Bénin, le respect des libertés syndicales. Pourquoi alors refuser des mouvements d’humeur aux travailleurs ? La situation qui prévaut actuellement déçoit de plus en plus les Béninois. Ces derniers avaient cru en la capacité du docteur Boni Yayi à donner de véritables coups de fouet à la moralisation de la vie publique. Au lieu de mettre la République sur les rails, la Haute Autorité use de son pouvoir pour intimider le peuple. Or, en se prenant pour l’homme de fer comme lui-même aime si bien le répéter, les 75% des Béninois qui lui ont accordé leur suffrage au deuxième tour de l’élection présidentielle de mars 2006 croyaient qu’il était l’homme de la situation. Les Béninois pensaient que le président de la République allait se démarquer des vieilles habitudes. Erreur. Ils ont été complètement déçus. Comme le dirait l’autre, « chasser le naturel il revient au galop ». L’apôtre du Changement fait découvrir lentement son vrai visage aux Béninois.Journal 24 HEURES AU BENIN 29/07/09
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