Sécurité ou filature : Des Béninois sont-ils sur écoute ?

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

De réguliers brrr, des onomatopées et autres interférences en fond sonore lors des appels font de plus en plus froid dans le dos des Béninois qui se posent des questions sur l’origine de ses désagréments. Faut-il mettre en cause les opérateurs GSM pour la qualité de leurs matériels ou explorer la piste de la mise sur écoute téléphonique ?
Des Béninois d’une certaine catégorie (des leaders de partis politiques, des députés, des syndicalistes, des journalistes…) sont de plus en plus confrontés à des désagréments lorsqu’ils sont en communication.
Ces difficultés anodines il y a cinq mois, sont devenues quasiment quotidiennes. Nombre de ceux qui subissent cet état de choses ont dans un premier temps stigmatisé la technologie des opérateurs GSM. Mais de nos recoupements auprès de trois de ces entreprises de téléphonie mobile, nos pistes d’enquêtes ont été carrément recusées.
Selon l’un des techniciens rencontrés, leurs installations disposent d’importantes fonctions numériques qui offrent un meilleur confort d’écoute et qui évitent énormément des contraintes. Quelles pourraient être alors les sources de ces désagréments surtout quand on considère cet échantillonnage de personnalités ?
De nos investigations auprès des concernés, il ressort que les interférences et autres désagréments pourraient être l’œuvre de la police politique. En effet, à l’heure du numérique, il faut savoir que la technologie facilite grandement la tâche des barbouzes et autres autorités qui souhaitent mettre sur écoute téléphonique.
« Brancher » un suspect est désormais extrêmement facile. C’est donc terminé l’image du flic en planque dans un immeuble en face de celui du suspect, veillant jour et nuit au péril de sa santé et au détriment de sa vie familiale.
Pour parvenir à ce résultat, selon des spécialistes des mises sur écoute, la collaboration des opérateurs GSM est impérative. Il suffit de faxer le numéro du mobile à espionner à l’opérateur téléphonique concerné pour que le tout soit joué. Quand l’opérateur donne son accort de principe, une ligne transite automatiquement vers le central d’écoute où des fonctions identiques à tout bon lecteur MP3 pour l’enregistrement et pour le retour arrière sont disposées.
Un point de vue que ne partagent pas les techniciens GSM rencontrés. Selon ceux-ci, s’il y a écoute téléphonique, les instigateurs à l’heure des inforoutes peuvent acquérir des matériels sophistiqués et avoir une autonomie d’action sans recourir à eux.

De modernes chiens limiers
Mais au-delà des symphonies discordantes entre spécialistes et opérateurs GSM, le fait est là que des leaders de partis politiques, des députés, des syndicalistes, des journalistes… et non la vendeuse d’akassa, des mécaniciens, des maçons, des techniciens de surfaces, des éboueurs… sont de plus en plus confrontés à ce phénomène récurrent d’interférences ou d’écoutes même si dans les arcanes de la police, on nie ce fait. Un démenti qui laisse perplexes les analystes.
Certains n’hésitent pas à établir un parallèle entre la situation sociopolitique alarmante à laquelle le chantre du Changement, Boni Yayi est confronté. C’est une évidence que quand un régime sous les tropiques est en difficulté comme c’est le cas maintenant au Bénin, l’écoute téléphonique et la filature intègrent un mode opératoire de musellement des opposants, des syndicats et des journalistes. Ceci pourrait donc expliquer cela.
En effet, le fait que ces catégories socioprofessionnelles soient sur écoute téléphonique selon les spécialistes en la matière pourrait permettre de s’astreindre de la bonne vieille filature puisque l’appareil, s’il reste en veille, sert également de mouchard qui permet de localiser, au mètre près, les déplacements du suspect. Mieux, parmi les autres merveilleux services que rendent nos mobiles, il y a aussi le croisement des appels. Ce qui permet de tisser une toile des relations de l’abonné avec en plus la localisation exacte des intervenants lors des communications.
Tout cela se fait à cause des textes caducs qui continuent de codifier cette opération. En dépit des nombreux et indéniables avantages pour les instigateurs, il va falloir trouver le juste milieu entre vie privée et sécurité.

Titus FOLLY
Journal LE GRAND JOURNAL 30/07/09
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Publié dans Politique nationale

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