Port autonome de Cotonou:Les dessous du contrat avec Bolloré

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

Le Port autonome de Cotonou (Pac) a été, de façon officielle, privatisé selon les autorités au sommet de l’Etat. Selon une radio internationale, le joyau a été simplement vendu au groupe Bolloré dont le patron séjourne depuis quelques jours au Bénin. Nous revenons sur le dossier, objet de large diffusion à Paris pour expliquer les motivations lointaines, immédiates et futures de la décision du gouvernement béninois.
Le Port autonome de Cotonou a été effectivement cédé au groupe Bolloré en douceur. Et ceci depuis le dernier voyage du président Yayi Boni en France où le contrat a été conclu avec le No 1 du groupe actuellement en séjour à Cotonou. Inutile de rappeler que le président directeur du groupe, M Vincent Bolloré était reçu il y a quelques jours en audience par le chef de l’Etat. A sa sortie, il a expliqué les raisons qui motivent le choix du président béninois Yayi Boni. Toutefois, selon nombre de sources proches du ministère de l’Economie et des finances comme de celui en charge de l’Evaluation de l’action publique, ce n’est pas seulement pour un défaut de compétitivité que le premier magistrat a été obligé de céder son port au groupe français. C’est plutôt des besoins politiques et les enjeux de 2011 qui ont contraint le chef de l’Etat béninois à prendre une telle décision, au moment où les partenaires américains du ’’Millénium challenge account’’ ont lancé le mardi dernier seulement deux grands projets de valorisation de ce port. C’est en effet environ 15 milliards de francs Cfa qui ont été investis pour l’opération de dragage des eaux marines afin de permettre enfin aux grands navires d’accoster à Cotonou. Il faut préciser au passage que ce dragage fait avec les moyens de bord coûtait annuellement au moins un million à l’Etat béninois par an. Avec la solution Américaine, il faut au moins cinquante ans avant une autre opération du genre. Outre le dragage envisagé par les américains, il y a l’extension du quai qui coûtera environ 24 milliards de francs cfa. Ces deux projets lancés il y a quelques jours ne représentent que la composante 1 c’est-à-dire le volet accès au marché dont le montant s’élève à 93 milliards. C’est dire qu’il existe d’autres dispositions en cours pour permettre au Bénin d’être compétitif sur certains points.   Pourquoi finalement Bolloré ?
La cession du Port autonome de Cotonou à Bolloré trouve son fondement dans les complications politiques actuelles au sommet de l’Etat. C’est bien avant l’accession de Yayi Boni au pouvoir que son équipe était en contact avec le groupe Bolloré. Et le rôle joué par son représentant sur place devrait aboutir à sa nomination à la tête du ministère des Transports et des travaux publics, pour placer à la tête du Port autonome de Cotonou un homme de main de Bolloré. C’est ce dernier qui devrait suivre l’évolution du projet jusqu’à son terme. Ce qui n’a pas été le cas et le député Venance Gnigla, qui sauvegardait jusque-là les intérêts de Bolloré à Cotonou et prévu pour jouer les premiers rôles, n’a pu être nommé à la place convenue. C’est au ministère de la Communication qu’il a plutôt échoué. Premier conflit avec Bolloré qui n’aurait pas apprécié cette façon de gérer ses premières relations avec le Bénin. Quand l’état major du groupe s’est réuni lors d’un voyage de Gnigla à Paris, l’unanimité s’est faite pour que l’on laisse le temps au temps. Mais, les choses vont se compliquer plus tard et l’œil de Bolloré sera sorti du gouvernement. On était à la veille des législatives de 2007. Venance Gnigla a dû se contenter contre son gré, et surtout ceux de ses protecteurs, d’une place sur la liste Force cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) pour aider à drainer ses militants de Ouidah pour la cause du Changement. En plus des militants de Gnigla mis au profit du candidat Yayi Boni en 2006, il paraît qu’il y a eu aussi et surtout des moyens financiers de Bolloré pour accompagner la campagne électorale. Il se retrouve à l’Assemblée nationale et cède son portefeuille à Désiré Adadja. Deuxième frustration pour Bolloré dont le programme avait prévu à cette date de profonds aménagements. C’est alors que tout aurait commencé à être mis en œuvre pour compliquer la gestion du président Yayi Boni. Le député Venance Gnigla entre le marteau et l’enclume et ne sachant plus de quel côté jouer, a préféré sauver ses arrières en entrant dans le G 13. Paris et Cotonou étaient alors à couteaux tirés parce qu’on s’est senti trahi de l’autre côté par le régime du Changement qui a déjà bouclé deux ans sans libérer le Port autonome de Cotonou à Bolloré. Surtout qu’à Paris, on est constamment très informé de l’évolution du contrat avec les Américains du Millénium challenge account. Face à la situation, les pressions de Paris et l’enlisement de la crise politique donnent beaucoup d’atouts à l’opposition non déclarée. Le président Yayi Boni a alors préféré revenir sur le vieux contrat avec Bolloré. Cette stratégie lui permet de poursuivre la déstabilisation du G 13 après les démissions des députés Rachidi Gbadamassi et Joachim Dahissiho. Le soutien de Venance Gnigla. provoquera à coup sûr la cassure du G 13. Alors, Yayi Boni aura un peu de souffle pour continuer avec les stratégies de déstabilisation de l’opposition informelle qui se donne trop de moyens déjà pour lui rendre la gestion difficile. En effet, donner la main à Bolloré était devenu la seule voie pour sauver les meubles. Car, au-delà de l’affaire Cen-Sad dont les conséquences sont énormes, il y a certains chantres du Changement qui commencent à faire demi-tour, c’est-à-dire à lâcher Yayi Boni   Une double chance pour Bolloré
La reprise du contrat avec le Bénin en ce moment précis s’apparente à une double chance pour le groupe Bolloré. Après avoir gagné le pari au moment où les Américains sont à pied d’œuvre pour rendre compétitif le Port autonome de Cotonou, Bolloré donne une grande première porte de sortie honorable sur l’océan Atlantique pour l’uranium de la République du Niger. En effet, c’est la filiale de ce géant français Bolloré qui a gagné l’exploitation du minerai nigérien. Ce qui fait dire dans les grands milieux économiques mondiaux que c’est en réalité une aubaine pour le groupe Areva spécialisé dans l’exploitation de l’uranium que Bolloré ait fini par contracter avec le Bénin. Désormais, Bolloré qui a le Port autonome de Cotonou en main n’a plus de soucis à se faire pour que l’uranium nigérien transite par le Bénin. C’est une forme de concentration verticale de ses affaires que le groupe Bolloré vient en fait d’établir. A partir du Niger de Mamadou Tandja au Bénin de Yayi Boni l’uranium peut se retrouver en toute quiétude en France.   

Jean-Christophe Houngbo (Br.Ouémé-Plateau)   
Journal LE MATINAL 10/08/09
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Publié dans Politique nationale

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