Introduction frauduleuse d’Endosulfan à Banikoara : Boni Yayi désavoue Akoffodji (La preuve que l’administration publique béninoise est fortement politisée)
Le jeudi 13 août 2009, le ministre de l’agriculture a pris un arrêté pour sanctionner deux cadres de son ministère impliqués dans le dossier lié au convoyage frauduleux d’Endosulfan dans les champs de coton de Banikoara. 24 heures après, sur instruction du Président de la République, cette décision du ministre Akoffodji a été rapportée à la surprise générale de ceux qui croyaient encore à la profession de foi du Chef de l’Etat quant à la lutte contre la mal-gouvernance. Mais hélas ! Cet acte, selon l’opinion, traduit une fois encore le cafouillage qui caractérise la gestion des affaires de l’Etat sous le changement.Le chef du service protection des végétaux et le Directeur de l’agriculture relevés de leurs fonctions par le ministre de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche, M. Grégoire Akoffodji suite à la tentative d’introduction illicite de cargaisons d’Endosulfan dans les champs de coton de la commune de Banikoara ne partiront pas. Ils resteront à leur poste aussi longtemps que le voudra le Chef de l’Etat, le Dr Boni Yayi qui vient d’ailleurs d’instruire le ministre intérimaire de l’agriculture à prendre une décision les réhabilitant. Les choses sont allées tellement vite qu’on ne comprend plus rien. Relevés le jeudi 13 août 2009 par leur ministre de tutelle, ces deux cadres du ministère de l’agriculture ont été réhabilités avec la bénédiction de la Haute autorité le 14 août 2009 et ceci, en l’absence de Grégoire Akoffodji en voyage à l’extérieur du Bénin. Selon des recoupements faits, la couleur politique de ces deux cadres dont la responsabilité dans cette frauduleuse transaction aurait été établie par le ministre Grégoire Akoffodji aurait fortement orienté la décision du Chef de l’Etat. Le directeur de l’agriculture est membre de l’Uds (parti du ministre Sacca Lafia). Le chef du service protection des végétaux, quant à lui est membre des Forces cauris pour un Bénin émergent. Il s’agit de deux formations politiques proches du Chef de l’Etat. Après l’effet négatif enregistré avec la Cen-Sad Gate, on constate donc que le Chef de l’Etat ne veut plus prendre de risque en frappant dans son entourage immédiat. Non seulement cette décision prise par le Président de la République par ministre interposé met à mal l’autorité du ministre Akoffodji, mais aussi et surtout remet en cause les engagements pris par le Dr Boni Yayi au cours de l’entretien qu’il a eu avec la presse en marge de la célébration de la fête du 1er août 2009. L’évidence est malheureusement établie. La lutte contre la corruption à l’ère du changement est et sera à double vitesse. Seuls seront frappés ceux qui ne sont pas avec le Chef de l’Etat.
Une chose et son contraire
Tout au début de son mandat, on a vu comment le Chef de l’Etat a agi lorsque des produits phytosanitaires de mauvaise qualité ont été mis en place à Banikoara. Lorsqu’il a voulu réagir face aux ravages occasionnés par ces produits, le Président Boni Yayi a renvoyé de son gouvernement le ministre Gaston Dossouhoui, alors en charge de l’agriculture. Ce dernier n’aurait pas pris ses responsabilités. C’était la raison évoquée. Maintenant que le ministre Akoffodji a choisi de ne pas tomber dans le même piège, surtout que le Directeur général de la Sodéco est monté au créneau pour dénoncer ces produits mis en place, voilà comment le Chef de l’Etat traite sa décision. Finalement, on se demande ce que veut le Chef de l’Etat. Il a tout simplement choisi de saper le travail fait par le Préfet des départements de l’Alibori et du Borgou, la Brigade de gendarmerie de Banikoara et les producteurs, puisque le ministre qui assure l’intérim de Grégoire Akoffodji ne peut pas réhabiliter ces deux cadres du ministère de l’agriculture dans ce dossier aussi sérieux s’il n’a pas l’aval du Chef de l’Etat. On peut dire qu’avec le changement, les mêmes causes dans les mêmes conditions peuvent ne pas produire les mêmes effets. Pour ceux qui ont suivi l’évolution de ce dossier, il y a forcément des non dits. Le premier, c’est que le Chef de l’Etat au finish ne serait pas contre l’introduction de ce produit à Banikoara. De même, il devient évident que des cadres de notre administration sont plus puissants que des ministres. Actuellement absent du territoire national, on peut se demander comment le ministre Akoffodji va prendre ce désaveu, lui qui n’a même pas encore eu le temps de connaître ce département ministériel. Bien entendu qu’on n’attend pas de lui qu’il démissionne puisque ce n’est pas de nos habitudes. Il n’en demeure pas moins qu’il a subi un désaveu qui ne fera que l’affaiblir davantage dans ce ministère. Il sera en effet perçu désormais comme un ministre sans poids.
Les faits
Dans la nuit du samedi 1er au 2è août 2009, des cargaisons d’Endosulfan ont été clandestinement introduits dans la commune de Banikoara, haut lieu de production du Coton au Bénin. L’habileté des producteurs et de la Brigade de gendarmerie a permis d’éviter le pire. Mais très vite, la société qui a mis en place ces produits de traitement du coton a réagi en se lavant les mains. Elle a dit avoir reçu toutes les autorisations de la part des structures impliquées dans le contrôle de la qualité des produits phytosanitaires de traitement du coton pour importer le produit mis en cause et le convoyer à Banikoara. Le tôlé suscité par cette affaire a amené le ministre Akoffodji à prendre ses responsabilités. Mais hélas ! Il y a plus fort que lui. C’est le Chef de l’Etat qui a le pouvoir d’apprécier en dernier ressort, selon son intime conviction, même si cela porte atteinte à la lutte contre la mal-gouvernance qu’il prône pourtant.
Euloge Badou
Une administration politisée
L’administration publique béninoise est fortement politisée. Le rapport déposé en son temps par Mme Marie Angélique Savané du Mécanisme africain d’évaluation par les paires (Maep) et bien d’autres études l’ont révélé. Et le comble, c’est que les actes que pose le Chef de l’Etat aujourd’hui sont loin d’inverser la tendance. Avec Boni Yayi, la moralisation de la vie publique, c’est pour les autres pour autant qu’on sera dans une formation politique qui lui soutient.
E.B.
Journal LA PRESSE DU JOUR 17/08/09
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