Envoi de l’Ige à la Bourse du Travail: Gaston Azoua dégaine contre le régime Yayi

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

Le secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin (Cstb), M. Gaston Azoua s’est opposé à la mission de l’Ige qui s’est rendue à la Bourse du travail le 10 août dernier dans le cadre de la vérification de l’utilisation de la contribution de l’Etat aux dépenses de fonctionnement des syndicats pour la période de 2004-2009. Pour M. Gaston Azoua, se soumettre à ce contrôle dans ces conditions, c’est accepter que l’on puisse intimider quiconque lèverait la voix dans ce pays pour dénoncer la corruption d’un ministre, d’un député, du Président de la république !! C’est aussi cautionner la violation des conventions internationales 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical et la convention 98 sur le droit d’organisation et de négociation collective, conventions régulièrement ratifiées par le Bénin et publiées au Journal Officiel.

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Non aux harcèlements de Boni Yayi
Non aux tentatives de musellement des syndicats, des travailleurs et des peuples
 
Ce jour 10 août 2009, la Bourse du Travail a reçu la visite d’une Commission de l’Inspection générale d’Etat (IGE) « chargée » (sur instructions du Président de la République) « de vérifier l’utilisation de la contribution de l’Etat aux dépenses de fonctionnement des syndicats allant de 2004 à 2009 ». La commission devrait, en 45 jours, « entre autres,
- apprécier la répartition des contributions,
- recenser les bénéficiaires,
- vérifier l’utilisation des contributions ».
Cette intrusion rencontra l’opposition des responsables syndicaux. Et pour cause ! L’actualité récente montre bien, les propos du Chef de l’Etat à l’appui, qu’il s’agit d’un harcèlement et d’une intimidation des travailleurs et de leurs responsables afin qu’ils se taisent sur les nombreuses malversations financières et économiques commises par les dirigeants au sommet de l’Etat.
 
RAPPEL DE FAITS

- Le 17 juillet 2009, alors que les centrales syndicales avaient programmé une marche pour le 21 juillet 2009 elles ont été convoquées au Palais de la Présidence pour se voir signifier par Boni YAYI en personne qu’il fallait renoncer à cette marche. Et face à la résistance des responsables syndicaux, il se mit à les interpeller grossièrement : « mais vous, un tel, vous êtes propre ? »
- Le 21 juillet 2009, les travailleurs étaient dans la rue ; ils rencontrèrent des centaines de militaires, gendarmes et policiers déployés pour empêcher la marche. C’était sur ordre du Préfet de l’Atlantique Littoral et du Ministre de l’Intérieur, parce qu’il était interdit de parler de l’affaire CEN SAD ; ce fut le tollé dans le pays ; dénoncé, le gouvernement se mit à reculer ;
- Le 30, la marche eut lieu malgré le gouvernement et les manifestants couvrirent les ministres présents ainsi que le nom de Boni YAYI d’une clameur explicite « Olééééé » (aux voleurs !!!)
- Le premier août 2009, dans un entretien avec les journalistes de l’ORTB et de GOLFE TV, Boni YAYI a vertement menacé : puisque les syndicalistes réclament la bonne gouvernance, je vais faire vérifier leur gestion. Tout le monde avait compris. Ou les syndicats rentrent dans les rangs et embouchent les trompettes FCBE ou on les harcèlera. Même les journaux avaient titré : Boni YAYI s’attaque aux syndicats.
 
Les syndicats apparaissent donc comme des « empêcheurs de bouffer tranquillement » et il faut s’attaquer à eux pour avoir la paix. Il faut les distraire et distraire les peuples de ce qui se passe aujourd’hui au sommet de l’Etat.
Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que :
- le dossier CEN-SAD n’est qu’un petit bout de la chaîne de corruption au sommet de l’Etat ;
- les criminels économiques d’hier et d’aujourd’hui paradent et narguent le peuple ;
- les gens détruisent et dépouillent les Unités de Production, les sociétés d’Etat au profit de leurs poches et le peuple paie la facture à travers la cherté de la vie, les licenciements et le chômage ;
- à travers des contrats opaques et aux dessous inconnus et malodorants, on vend le patrimoine national comme le Port Autonome de Cotonou (PAC) à BOLORE,
C’est à propos de ces dossiers et de bien d’autres encore que Boni YAYI et son gouvernement sont interpellés et doivent répondre. Mais pour faire diversion, détourner l’attention et surtout pour intimider et faire taire, Boni YAYI s’attaque aux organisations des travailleurs, aux syndicats.
Que l’Etat bailleur veuille vérifier la destination des fonds qu’il attribue à des organisations, cela paraît a priori normal. Mais Boni YAYI et ses conseillers et soutiens oublient qu’il n’est pas du droit du gouvernement de vérifier et de juger du bien-fondé des choix, des actions, des politiques des syndicats.
C’est petit, infantile et mesquin. C’est contre la nouvelle éthique de bonne gouvernance que veut et tisse le peuple. Car ce comportement est un signal, un message.
Boni YAYI apparaît donc comme un dictateur déterminé à utiliser tous les moyens pour faire taire. On se rappelle que le 08 mai 2009 déjà, à une réunion (privée) des Centrales syndicales avec les groupes G et F, Boni YAYI avait infiltré deux agents de police que seule la vigilance des travailleurs avait permis de démasquer ; on se rappelle qu’en 2007 déjà le gouvernement avec Mathurin Nago comme ministre de l’enseignement supérieur avait tenté, à la Présidence de la République, de faire taire les syndicats étudiants en lutte en leur distribuant chacun un million de francs comme frais de taxi » ; on se rappelle encore, les tentatives de musellement du comité des travailleurs de la douane et de son premier responsable Antonin SEKEDE par des affectations, des tentatives d’arrestation par la police politique du Petit Palais et par des procès.  Aujourd’hui, ce sont les centrales syndicales qu’il faut faire taire pour arrêter les luttes, les marches programmées contre les braderies et le pillage du patrimoine national.
Est-il normal que la morale qui nous gouverne soit celle-là ? Est-il normal que le Président de la République s’arroge le droit à lui et à son gouvernement de piller le pays en disant « si l’on fouille, on verra bien que ceux qui ne sont pas d’accord avec ma gestion du pays ne sont pas aussi propres que çà ; alors taisez-vous, ne parlez pas de moi » ? C’est donc pour cela que trois ans durant, il a passé le temps à dire : Au Bénin, tout le monde se tient ; nous sommes tous coupables. Il faut arrêter cette pratique. C’est une question d’éthique.
 
Il faut arrêter cette pratique qui consiste à lancer aux trousses de quiconque ose critiquer sa gestion, la police, les magistrats, les inspecteurs des impôts, les inspecteurs d’Etat, tentant ainsi de semer la terreur non chez ceux qui sont ainsi harcelés mais chez tous ceux qui observent et écoutent afin que ceux-ci se taisent, afin qu’ils perdent à jamais l’envie d’oser dénoncer les vols au sommet de l’Etat. Cette méthode éculée, quand elle finit par échouer, et elle échoue inévitablement, se double ou laisse place chez son utilisateur à l’usage des armes et au recours aux milices. Une nouvelle ère, de nouveaux types de combats commencent donc pour la probité. Car la probité suppose l’utilisation des instruments de contrôle non pour assouvir des vengeances personnelles, des règlements de comptes, des intimidations et des harcèlements, mais pour une gestion saine au service des peuples. C’est pour cela que nous osons encore croire, bien que cela soit de plus en plus difficile, nous osons croire que l’IGE est autre chose qu’un gros bâton pour assommer les adversaires de Boni YAYI ; j’ose croire que l’IGE est autre chose qu’un fantôme aux mains de Boni YAYI pour intimider les travailleurs et le peuple.
Se soumettre à ce contrôle dans ces conditions, c’est accepter que l’on puisse intimider quiconque lèverait la voix dans ce pays pour dénoncer la corruption d’un ministre, d’un député, du Président de la république !! Se soumettre à ce contrôle, ce serait la voie ouverte à l’impunité.
S’opposer à ce contrôle, ce n’est pas refuser le contrôle de la gestion des biens publics, c’est dénoncer l’immoral et l’arbitraire qui cachent mal une revendication du droit à l’impunité de la part de nos dirigeants, le Président de la République en tête.
Se soumettre à ce contrôle, c’est cautionner la violation des conventions internationales 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical et la convention 98 sur le droit d’organisation et de négociation collective, conventions régulièrement ratifiées par le Bénin et publiées au Journal Officiel
C’est pour toutes ces raisons que courageusement et fermement la CSTB :
- s’oppose à ce contrôle et appelle toutes le s Centrales à faire de même ;
- appelle le peuple à se lever pour barrer la voie à toutes les méthodes fascistes d’intimidation du peuple et de ses organisations.
- exhorte les travailleurs à poursuivre leurs luttes pour : l’arrêt des attaques contre les acquis des luttes des travailleurs ;  l’arrêt des privatisations (pas de cession du Port à Bolloré) ; l’arrêt de la mise à l’index des travailleurs ; l’arrêt des NPE ; l’élection et la révocabilité des DG de sociétés et autres dirigeants pour contrer le pillage des deniers publics.

Cotonou, le 12 Août 2009

Le Secrétaire
Général Confédéral

Gaston K. AZOUA

Journal LA PRESSE DU JOUR  18/08/09
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Publié dans Politique nationale

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