Yayi et le coup de dent des Soglo
Jamais, les relations entre les Soglo et Yayi n’ont paru aussi exécrables. La récente tournée d’information politique et de prise de contact de la direction de la Renaissance du Bénin (RB) donne aujourd’hui la mesure de la dégradation poussée des rapports entre le président Nicéphore Soglo et Boni Yayi, son ancien chargé de mission. « Je ne vais jamais laisser le pays dans les mains d’un casseur », aurait-il menacé en présence des siens rassemblés pour la circonstance à la Maison des jeunes et de la culture d’Abomey. Le lieu, comme le public était donc tout indiqué pour cette forme de rhétorique.La preuve, le plaidoyer en faveur de Galiou Soglo, le fils prodigue n’a pu être présenté jusqu’à son terme. Il a été vite chahuté par l’auditoire qui, visiblement, s’est aligné sur la position de Soglo, père, sans craindre d’offusquer « Maman ».
Au-delà des symboles, Soglo n’est pas moins remonté contre Yayi. Conformément à ses habitudes, « Hercule » ne s’est pas privé de rappeler publiquement devant ses militants ses nombreux griefs à l’encontre de son ancien poulain. Il y a eu d’abord la formation du premier gouvernement, où Yayi avait délaissé les propositions des Soglo pour se faire un gouvernement à sa convenance. A cela, s’ajoute le flirt avec Candide Azannaï, cet ancien pensionné des Soglo, puis la tentative d’OPA (Offre publique d’achat) lancée sur le parti par l’intermédiaire de ce dernier. La volonté, maintes fois manifestée, de débaucher des « Houézèhouè », une volonté doublée de celle de déloger les Soglo de la mairie de Cotonou sont à ranger au registre des récriminations des Soglo contre le chef de l’Etat.
La récente promotion de Maxime Houédjissi, un autre ancien de la RB à la tête de l’Agence pour la réhabilitation de la ville d’Abomey (ARCHA) a été perçue à la RB comme de la provocation et une manière comme une autre de susciter des courants fractionnistes au sein du parti.
Last, but not the least, la présence de l’Inspection générale d’Etat (IGE) dans les murs de la mairie de Cotonou. Même si le sujet est abordé à mots couverts, il est considéré comme un affront, un affront gravissime à la personne du président maire, lui-même un inspecteur des finances.
A présent, on comprend que les apparitions publiques bras dessus bras dessous entre Yayi et son ancien mentor ne sont que de la civilité. Et rien d’autre. Il faut plus pour faire passer tous ces griefs par pertes et profits et envisager des alliances où chacun trouverait son compte. En l’absence de toute initiative de rapprochement des deux chefs et de leurs lieutenants, il faut craindre qu’à terme les suites de l’audit de l’IGE en viennent à exacerber les passions. Chacun voudra interpréter les résultats selon les intérêts de son camp.
En attendant, Soglo passe en revue ses troupes et faire partager ses rancœurs. Les militants, sans doute attentifs aux propos du chef, accepteront-ils de le suivre jusqu’au bout même dans des choix difficiles et contre-nature comme celui de s’aligner derrière n’importe quel candidat à la présidentielle, fût-il l’unique candidat du G4 ?
Philippe Hado
Journal NOUVELLE EXPRESSION 24/08/09
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