Relation Gouvernement/ Centrales syndicales : Les travailleurs du Bénin déterrent la hache de guerre ( L’envoi de l’Ige à la Bourse du travail serait une aventure inutile )

Publié le par MJPAC-ABT

Entre le gouvernement et les centrales et confédérations syndicales des travailleurs du Bénin, c’est désormais la lune de fiel. En tout cas, la sortie vendredi dernier des responsables syndicaux de la Cstb, la Csa-Bénin, la Cosi-Bénin, la Cgtb, l’Unstb et la Fesyntra-Finances, a indiqué le niveau du mercure. L’envoi de l’Inspection générale d’Etat à la Bourse du travail pour contrôler la gestion des contributions allouées à ces centrales entre 2004 et 2009, a été vertement critiqué.
Gaston Azoua, Dieudonné Lokossou, Georges Kakaï Glèlè, Pascal Todjinou, Emmanuel Zounon et Laurent Mètongnon n’ont pas raté l’occasion de la conférence de presse qu’ils ont organisée vendredi dernier à la Bourse du travail, pour dire ouvertement au gouvernement ce que les centrales et confédérations syndicales pensent de la gestion du pays. A travers une déclaration liminaire lue par le secrétaire général de la Cgtb, ils ont dénoncé les attaques quotidiennes du gouvernement contre les acquis démocratiques. Le mépris de l’Exécutif face à leurs revendications, la mauvaise gestion du dialogue social, la confiscation des libertés de réunion et d’expression, l’augmentation anarchique des prix des produits pétroliers et énergétiques, sans oublier les privatisations de sociétés étatiques, ont été les griefs portés contre le gouvernement du changement. Pour Gaston Azoua et ses collègues, il y a une remarque à faire dans la décision du gouvernement d’envoyer l’Inspection générale d’Etat à la Bourse du travail. « …Le chef de l’Etat tente aujourd’hui de régenter les syndicats en utilisant abusivement la loi….La création de cette commission de l’Ige, n’est ni plus ni moins qu’un harcèlement des leaders des syndicats de travailleurs et partant, une atteinte à la liberté syndicale consacrée par les Conventions 87 et 98 du Bit pourtant ratifiées par la République du Bénin et faisant partie intégrante de la législation nationale car publiées au journal officiel ». Par ailleurs diront-ils, «… l’Ige ne constitue nullement un épouvantail, encore moins une arme pour intimider les leaders syndicaux et déstabiliser les militants des différentes organisations syndicales… »  Au demeurant, ces responsables syndicaux estiment que le gouvernement, après s’être acharné contre les opérateurs économiques et les membres du patronnât béninois à travers un harcèlement fiscal, voilà encore qu’il éprouve l’envie d’aller contre tous ceux qui refusent de s’amarrer à ses politiques. Cela paraît une aventure inutile de plus pour le chef de l’Etat, ont-ils convenu, avant d’appeler leurs militants et sympathisants  à se tenir prêts pour des luttes contre des méthodes antidémocratiques.
Des syndicalistes ont parlé
Dieudonné Lokossou
S’il arrivait que le gouvernement de Boni Yayi supprime les subventions allouées aux centrales et confédérations syndicales, ce n’est pas un problème. Celui qui va arriver en 2011 va les rétablir et les payer avec des rappels…

Georges Kakaï Glèlè
Le chef de l’Etat doit savoir que le processus syndical n’est pas béninois. C’est un processus qui respecte des règles internationales. On ne s’érige pas responsable et il faut passer au travers d’un tamis pour mériter la confiance de ses militants.

Emmanuel Zounon
Nous allons nous battre farouchement contre toute tentative d’embrigadement. C’est pourquoi nous n’avons pas peur de l’Ige à la Bourse du travail. Si le chef de l’Etat commet l’erreur de toucher à un seul cheveu d’un syndicaliste, 2001 risque d’être très loin pour lui.

Pascal Todjinou
Parlant des subventions allouées aux centrales et confédérations syndicales, ce n’est pas l’initiative du Général Kérékou, encore moins celle de Boni Yayi. Il faut rendre honneur au professeur Albert Tévoédjrè qui a initié cela, après une large consultation des responsables syndicaux.
Laurent Mètongnon
Je confirme que le chef de l’Etat a dit qu’il ne vise pas 2011, mais avant de partir, qu’il mettra la barre très haute. Il l’a dit face aux responsables syndicaux et, en présence de quatre ministres dont celui de la défense, celui de l’agriculture, le ministre de l’intérieur et celui du travail. Pour ma part, je trouve que l’Ige est instrumentalisée contre les autres qui ne parlent pas le même langage que le pouvoir et c’est dangereux pour notre démocratie.

Gaston Azoua
Si vous voulez que je donne mon avis sur l’Ige, je dirai que cette commission est utilisée contre les vrais démocrates, les vrais nationalistes. Le président Boni Yayi veut divertir le peuple avec son Ige. La trouvaille n’est pas encore efficace pour faire trembler notre forteresse syndicale. Nous trouvons simplement que le contexte dans lequel l’Ige est envoyée à la Bourse du travail est maladroit. Un contrôle technique par l’Inspection des finances pourrait être envisagée, quoique cela aille contre des dispositions de la convention collective des organisations internationales du travail. Disons simplement qu’il y a suspicion juridique et soupçon de nuire.

Quelques extraits de la déclaration liminaire
Les dirigeants et militants des confédérations, centrales et autres organisations syndicales du Bénin, inquiets et exaspérés par la déchirure sociale qu’engendre depuis quelques temps la situation politique et économique nationale, avaient convenu d’organiser et d’observer dans la ville de Cotonou une marche pacifique le 21 Juillet 2009.
Il était temps de protester contre le développement des aspects les plus importants et les plus nuisibles de cette situation que sont:
- les attaques contre les différents acquis sociaux des travailleurs dont les primes de motivation, notamment dans les secteurs de l’éducation et de la santé, ainsi que la mauvaise volonté manifeste et évidente du Gouvernement de ne pas résoudre les problèmes légitimement soulevés par les travailleurs, dont la prime de risque de secteur de la san1é et ses prolongements collatéraux dans tous les secteurs;
- le mépris, par le Gouvernement, des préoccupations exprimées par les travailleurs au sujet de leurs conditions de vie et de travail;
- la gestion hypocrite du dialogue social par le Gouvernement;
- la volonté affichée du pouvoir, dit du changement, mais en réalité de plus en plus révélé au grand jour comme fasciste, de bâillonner les libertés démocratiques et d’interdire les manifestations des organisations qui ne le soutiennent pas dans ses incohérences et improvisations;
- l’augmentation anarchique et à des proportions insoutenables des prix d’électricité, d’eau et des produits pétroliers;
- l’engagement déjà pris devant les bailleurs de fonds et autres puissances capitalistes dont le Groupe Boloré, de privatiser et de brader les Sociétés stratégiques et de service d’utilité publique;
- la promotion active par le régime des actes de mauvaise gestion des biens publics, de corruption et de concussion au sommet de l’Etat dont l’affaire Cen-Sad n’en est qu’un petit bout de la longue chaîne.
En réponse à la lâche interdiction par le Gouvernement de la marche du 21 Juillet 2009, les syndicats ont observé une grève de quarante huit heures largement suivie les 28 et 29 Juillet 2009 et une marche gigantesque à travers la ville de Cotonou le 30 Juillet 2009…..
Cette détermination des dirigeants et militants syndicaux a amené le régime de YAYI BONI, qui traverse actuellement une crise multidimensionnelle devenue chaque jour plus aiguë, à déployer sa stratégie machiavélique pour faire capituler le dernier rempart démocratique que constitue le mouvement syndical et qui fait obstacle à sa politique de confiscation des libertés démocratiques, de muselage des groupes organisés et de prédation des ressources nationales.
C’est dans ce cadre que s’inscrivent tour à tour:
- le recours, dans une propagande à l’hitlérienne, aux basses besognes de certains organes de presse payés pour vilipender les dirigeants syndicaux et les accuser d’être de commerce à gros sous, avec un potentiel candidat aux élections de 2011 ;
- la sollicitation, l’utilisation et la diffusion dans les médias publics et privés de fumeux et fumistes points de vue d’anciens militants du mouvement démocratique et syndical retournés contre les idéaux qu’ils prétendent défendre et prêts à livrer, pour quelle rémunération on ne sait, leurs anciens camarades à un pouvoir en quête de prétexte pour des répressions;
- le rassemblement populiste, par le pouvoir et à grands frais, des enseignants et autres travailleurs, dans le double but de leur caporalisation dans des organisations fantoches impudiquement surnommées patriotes et de celui de leur arracher leur soutien à sa prétendue politique d’émergence;
- le harcèlement des leaders des syndicats des travailleurs par l’intrusion de l’Ige, sous le fallacieux prétexte de la vérification des aides faites aux confédérations et centrales syndicales, dans les affaires et finances syndicales….
Trois jours seulement après cette sortie médiatique calamiteuse, le Chef de l’Etat a mis en application sa menace de contrôle de la gouvernance des syndicats qui osent le défier sur les enjeux socio économiques nationaux. En effet, par Décision N°035 /PR/IGE du 4 Août 2009, il est créé par l’Inspecteur Général de l’Etat qui lui en devait compte rendu, «une commission chargée de vérifier l’utilisation de la contribution de l’Etat aux dépenses de fonctionnement des syndicats pour la période allant de 2004 à 2009. »…..
…Il n’y a pas de doute, la création de cette commission n’est ni plus ni moins qu’un harcèlement des leaders des syndicats de travailleurs et partant une atteinte à la liberté syndicale consacrée par les Conventions 87 et 98 du BIT pourtant ratifiées par la République du Bénin et faisant partie intégrante de la législation nationale car publiées au Journal officiel.
Du fait du contexte sociopolitique qui l’a vue naître, cette commission n’offre aucune garantie d’objectivité, toute chose contraire aux règles et normes de contrôle dans une république. De même en acceptant de jouer ce rôle dans un tel contexte, le grand expert comptable auditeur qu’est Jacques Alidou Koussé n’a pas fait preuve de professionnalisme, encore moins de responsabilité. Il verse ridiculement et de façon partisane dans un opportunisme intellectuel……..
…En réalité et dans le fond un tel contrôle ne se justifie pas dans le contexte actuel au vu de la nature de l’aide accordée aux syndicats dotés de la liberté de définir eux-mêmes leurs programmes et actions, pas plus qu’une reddition des comptes dont les termes n’ont pas été auparavant définis ne puisse leur être exigée.
Du reste, l’Ige ne constitue nullement un épouvantail, encore moins une arme pour intimider les leaders syndicaux et déstabiliser les militants des organisations syndicales. Seul le respect des travailleurs et militants contribuables, pour lesquels le cahier de charge du mouvement syndical constitue un véritable contrat social entre lui et le monde du travail, peut motiver chacune de ses composantes à réserver de façon autonome et selon son orientation, l’accueil qu’elle juge appropriée à cette intrusion de l’Ige, pour autant que celle-ci se limitera au respect des libertés démocratiques et au droit syndical.
Pour l’heure, il faut faire échec aux velléités du pouvoir à intimider les travailleurs et le peuple et déstabiliser les organisations syndicales, les associations de la société civile et tous les groupes organisés contre les atteintes aux libertés démocratiques; le pillage des ressources nationales et gabegie qu’encourage le régime de YAYI Boni.
C’est pourquoi les Confédérations et organisations syndicales signataires de la présente déclaration:
- félicitent les travailleurs pour leur mobilisation réussie et victorieuse des 28, 29 et 30 Juillet 2009 ;
- remercient les associations de la Société Civile agissant pour la bonne gouvernance; la promotion des droits de l’homme et la paix, ainsi que toutes les forces démocratiques et la partie la plus saine de la presse qui leur ont apporté leur soutien lors de ces mouvements de protestation;
- se félicitent et remercient le mouvement syndical international pour le soutien militant, à travers notamment, les chaleureux messages de la Confédération Syndicale Internationale (Csi) et de la Confédération Générale du Travail (Cgt, France), qu’il leur a apporté dans cette situation de regain de l’anti syndicalisme primaire dans notre pays,
- appellent le peuple à se lever pour barrer la voie à toutes les méthodes fascistes d’intimidation des citoyens et de leurs organisations;
- encouragent les travailleurs des secteurs de la Fonction Publique, des Finances, de l’Administration des trois ordres de l’enseignement, de la Communication, des Affaires Etrangères etc., dans leurs diverses actions de protestation et de luttes:
· contre les mauvaises conditions de travail dans les locaux actuels du Ministère du Travail et de la Fonction Publique;
· contre le non respect des engagements pris par l’Administration, notamment en matière d’indemnités spéciales;
· contre la gestion inique et sans discernement de la procédure disciplinaire;
- exhortent tous les travailleurs à poursuivre leurs luttes pour exiger:
· l’arrêt des attaques contre les acquis des luttes passées des travailleurs;
· l’arrêt des privatisations et bradage des parties stratégiques du patrimoine national;
· l’arrêt de la mise à l’index des travailleurs et des leaders syndicaux

Fait à Cotonou le vendredi 21 Août 2009

Journal LA PRESSE DU JOUR  24/08/09
Publicité

Publié dans Politique nationale

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article