Intégralité de l’interview exclusive de Pierre Osho : « Je souhaite pour le Bénin en 2011, un homme d’expérience, un vrai patriote et un vrai démocrate»
Pierre OshoFaim ou fin de débat ? Dans l’un ou l’autre, l’interview exclusive à nous accordée par l’ex ministre d’Etat en charge de la Défense Nationale sous le Président Kérékou, continue de susciter un engouement certain de la part des lecteurs. A leur demande, nous publions à nouveau l’intégralité de l’entretien de Pierre OSHO au cours duquel, il a passé au scanner sans ménagement les trois ans de gestion du pouvoir du Président Boni Yayi. L’hôte inhabituel des dictaphones a remis en cause avec des mots de son lexique d’historien, le mythe du « bilan économique inédit de Boni Yayi ». Avec amertume et désolation, il a souligné l’incapacité du gouvernement à enrayer le déclin politique et social des acquis de la Conférence des forces vives de la Nation. Dubitatif d’un éventuel effort de sursaut du régime du changement, Pierre OSHO a conclu que l’alternance en 2O11, plus qu’une nécessité est un impératif national car le « gouvernement manque de méthode, de rigueur et de sérieux dans la conduite des affaires publiques ». Aussi, s’engage-t-il à répondre aux nombreuses sollicitations dont il continue d’être l’objet, pour être au rang des prétendants à la magistrature suprême en mars 2011 ….Bonjour M. le ministre Pierre Osho. L’heure est au bilan du régime du changement. Pour vous qui avez une longue expérience de la gestion des affaires d’Etat, quelle appréciation faites-vous de ce bilan ?
Tant de choses ont déjà été dites ces dernières semaines, ces derniers mois, qu’une appréciation venant de moi à pareille date pourrait donner l’impression d’une redite sans intérêt. L’appréciation globale que je peux porter sur le régime actuel n’est pas très différente de ce qui en a déjà été dit par l’opposition de façon générale, et même par certaines personnalités de la mouvance présidentielle elle-même. Je retiens que ce bilan est assez nettement terni par l’actualité récente qui a projeté au devant de la scène une situation triste et affligeante. C’est le scandale de la Cen-Sad qui donne la mesure de la mauvaise gouvernance dont notre pays aujourd’hui subit les effets. Souvenez-vous de l’appréciation critique portée par le président Soglo déjà le 12 mars 2008 à Kouhounou ! Souvenez-vous de la réunion de Bohicon, en novembre 2008, et des déclarations très dures et très sévères, faites par les chefs de file de l’opposition réunis au sein des G et F ! Souvenez-vous, tout récemment encore, de la déclaration que vient de faire le président Soglo lors de sa tournée dans les structures de base de la RB, et qui stigmatisent un certain nombre de dérives et de déviances du pouvoir en place ! N’oublions pas le jugement sans appel porté par un ex-ministre du président Boni Yayi, en la personne du professeur Roger Gbègnonvi. La cause étant ainsi entendue, je constate tout simplement que, d’une manière générale, les appréciations portées sur le bilan à mi-parcours de ce gouvernement sont négatives. Il n’empêche qu’étant interpellé, je dois dire ma propre vision de la situation qui prévaut aujourd’hui dans notre pays.
On admet généralement que le bilan, c’est le tableau récapitulatif des actions et des résultats d’une entreprise, sur la base de projections et d’objectifs prédéterminés, pour une période donnée. L’Etat est comparable à une entreprise. Le gouvernement est une institution dont le fonctionnement est comparable à celui d’une entreprise. Sous ce rapport, on peut dire que le bilan de l’action gouvernementale, c’est l’inventaire quantitatif et qualitatif, secteur par secteur, des actions menées. Mais comment peut-on apprécier un tel inventaire, face à une absence totale de termes de référence, c’est-à-dire des objectifs prédéfinis, des projections prédéterminées par rapport auxquels on peut mesurer le chemin parcouru, les réalisations faites et les résultats obtenus ? Je dis cela parce que je me souviens que le président Boni Yayi, après la mise en place de son gouvernement, avait énoncé, au lendemain de la fête nationale du 1er août 2006, un certain nombre d’orientations cardinales pour la conduite de son action gouvernementale. Ayant eu l’honneur de le rencontrer peu après, je m’étais permis de lui suggérer de décliner ces orientations en forme de programme pour que l’action de son gouvernement puisse se déployer dans le temps et dans l’espace pendant la durée de son mandat. Mais, comme tous les citoyens, et comme vous-mêmes, hommes des médias sans doute, j’ai attendu, et à ce jour, je n’ai jamais vu un document portant en objet «Programme d’action gouvernementale du président Boni Yayi». Je sais qu’il existe dans certains départements ministériels des programmes sectoriels, des stratégies sectorielles. Mais les programmes sectoriels des ministères ne peuvent tenir lieu de programme d’action du gouvernement. Je dirais même qu’au plan méthodologique, il n’est ni possible, ni rationnel qu’un ministère ait un programme sectoriel, qui ne soit l’application dans son domaine de compétence des objectifs nationaux, globaux déterminés par l’équipe gouvernementale, sous l’autorité du Chef de l’Etat, à qui la Constitution confère la prérogative de déterminer et de conduire la politique de la Nation. Donc, à ma connaissance, le Président n’a pas de programme d’action. Mais ça ne signifie pas que le gouvernement ne fait rien. Le gouvernement travaille ; il mène des actions. Il pose des actes dans les divers secteurs. Mais ces actions n’obéissent pas à un plan d’ensemble cohérent. Ces actions ne suivent pas un fil conducteur. Et on n’a pas de repère pour apprécier si ce qui se fait s’inscrit dans une vision cohérente, en fonction des ressources nationales disponibles et dont l’utilisation permet de réaliser les objectifs déterminés, en liaison avec les acteurs concernés dans les divers secteurs d’activités, notamment, les collectivités locales, les organisation représentatives des différentes catégories socioprofessionnelles. J’ai constaté que ce qui se fait par le gouvernement, d’une façon générale d’ailleurs, c’est un peu la continuité de certains grands projets initiés et même ficelés par le gouvernement du président Kérékou, mais sans que l’actuel gouvernement le dise de façon explicite, ne serait-ce par courtoisie pour tirer le coup de chapeau qui convient à son illustre prédécesseur.
Est-ce qu’on peut avoir des exemples précis de projets initiés et ficelés par le régime Kérékou que le Dr Boni Yayi est venu voir et dont il réclame la paternité ?
Il y en a au moins deux. C’est le passage supérieur de Houéyiho et le passage supérieur de Steinmetz. Ce sont des dossiers qui avaient été initiés par le gouvernement Kérékou, qui étaient déjà en cours de bouclage et qui n’attendaient que le démarrage sur la base du financement dont le complément était en cours de recherche. Il y a également le projet de construction de la route carrefour de Godomey-Calavi. Et il y a bien d’autres projets qui étaient déjà en cours. Il faut d’ailleurs souligner que les deux passages supérieurs cités tantôt ont été réalisés dans un temps record. Il est impossible, lorsqu’on a une expérience des dossiers de l’Etat et de la manière dont les projets sont conçus, élaborés, préparés, étudiés techniquement, financièrement suivis de recherche de financement, de bouclage de financement, de lancement des appels d’offres, dépouillement, adjudication, sélection des sociétés et réalisation, il est impossible qu’en moins de deux ans, de tels projets aient pu être réalisés, si c’est le gouvernement actuel qui les a initiés et mis en œuvre de bout en bout.
Est-ce à dire que c’est une économie de vérité que de dire qu’on est venu trouver 200 millions de F Cfa seulement dans les caisses de l’Etat après le départ de Kérékou ?
Ayant été membre du gouvernement du président Kérékou, j’ai entendu cette déclaration à l’époque et j’en ai été profondément choqué. Il est politiquement malsain et indigne de proclamer des contre vérités pour flétrir le gouvernement qu’on a remplacé et faire croire que c’est à partir de rien qu’on a pris en main la direction et la conduite des affaires de l’Etat. Il eut été possible de commettre un audit et d’en assurer les conditions de transparence et de clarté, de rendre public cet audit pour qu’on sache quel est le fondement de véracité d’une telle affirmation. Mais je peux déjà faire une remarque. Le même gouvernement qui prétend avoir trouvé les caisses de l’Etat vides, si vous vous souvenez, dans les semaines qui ont suivi son installation a été capable d’opérer un décaissement d’environ 13 milliards de F Cfa pour solder le dossier des cotonculteurs et des fournisseurs d’intrants qui n’avaient pas encore été payés. Le simple bon sens justifie que l’on s’interroge sur le point de savoir où le gouvernement a-t-il trouvé cet argent, puisqu’il n’a pas révélé à l’époque avoir bénéficié d’un financement exceptionnel pour faire face à cette exigence ? Je referme cette parenthèse pour revenir aux actions menées pour rappeler que c’est le propre d’un gouvernement de travailler. Seulement, à observer la façon dont les choses se passent chez nous, on dirait que le travail gouvernemental quotidien obéit aux pulsions de la frénésie et de l’improvisation. Je prends quelques exemples. La gratuité de l’enseignement primaire. Je me souviens que la décision d’instaurer la gratuité de l’enseignement au primaire et à la maternelle a été prise par le Chef de l’Etat à l’issue de la visite d’une école dans la zone de Sèmè-Kpodji, mais au mois de janvier ou février, c’est-à-dire postérieurement à la rentrée de 2007. Je ne comprends pas que cette décision soit prise au début de l’année scolaire plutôt qu’avant, pour en permettre la bonne préparation, cerner et maîtriser toutes les implications, les moyens à mettre en œuvre au niveau des écoles, au niveau du ministère de tutelle, que les parents d’élèves le sachent et s’y préparent. Il y a eu quelques cafouillages à l’époque. Les parents d’élèves qui avaient déjà payé les contributions scolaires ont demandé à être remboursés. Je ne sais pas si à ce jour, tous ont pu être remboursés puisqu’on continue encore d’enregistrer des plaintes. Le problème de la gratuité de la césarienne ne semble pas avoir été correctement mûri à mon avis. La césarienne a été proclamée gratuite, mais c’est seulement il y a quelques mois, donc plus d’un an après son annonce par le gouvernement que les modalités d’application ont commencé à faire l’objet de plusieurs séances de travail, de recherche de financements, d’autant que le budget général de l’Etat n’avait pas prévu l’incidence financière de cette mesure, en tenant compte par exemple du ratio de femmes enceintes qui subissent la césarienne sur 1000 accouchements dans notre pays. C’est à se demander si cette annonce gouvernementale ne procédait pas d’intention ou de visée ouvertement populiste ayant pour but de s’attirer les faveurs et le soutien de la gent féminine de notre pays. Mais à l’application et jusqu’à ce jour, ce problème de la gratuité de la césarienne continue de se poser. Le problème de la filière coton. A mon avis, la filière coton n’a pas fait l’objet d’une étude d’ensemble pour voir, par rapport à l’évolution générale, ce qu’il y a lieu d’envisager pour corriger ou rectifier les choses, au regard des réalités du terrain liées à l’appauvrissement des sols, à la baisse de rendement, au financement de la filière, au remboursement des cotonculteurs et des fournisseurs d’intrants, à la réorientation de la filière, en ce qui concerne notamment la privation de l’outil industriel de la Sonapra. Du jour au lendemain, on a enregistré l’annonce d’une privatisation avec la Sodéco, décision aussitôt remise en cause pour être reprise, réactualisée et remise en vigueur. Toutes ces actions montrent que le fonctionnement de l’équipe gouvernementale n’obéit pas aux exigences de rigueur, de méthode et de sérieux dans la préparation des dossiers de l’Etat.
Qu’est-ce qui peut être, selon vous être à l’origine de ce constat que vous venez ainsi de faire ?
L’expérience que j’ai personnellement de la gestion des dossiers de l’Etat m’amène à dire que le déterminant fondamental du bon fonctionnement d’un gouvernement, c’est d’abord le Chef lui-même. Lorsqu’on a un Chef qui est soucieux de rigueur, de méthode, de planification, de sérieux dans le travail, de précaution de tous ordres dans la conduite d’un dossier, un Chef qui se soucie de maîtriser tous les paramètres, toutes les données, toutes les implications avant que le gouvernement prenne une décision ayant un caractère engageant pour l’ensemble de la Nation, on est assez naturellement enclin à s’imposer les mêmes principes, les mêmes règles, les mêmes exigences au niveau ministériel, dans la manière traiter les dossiers. Le Chef est un modèle et le disciple est à l’image du maître. La deuxième chose qui me paraît aussi être une évidence universellement admise, c’est que, la gestion des affaires d’Etat est une entreprise d’une telle complexité, d’une telle exigence, qui requiert tant de qualités, d’aptitudes et de compétences que lorsque, d’une manière ou d’une autre, on n’y a pas été préparé par une bonne imprégnation au sein de l’administration publique, à travers ses rouages, son fonctionnement, ses pesanteurs et ses circuits, les cadres qui l’animent, la manière dont ils travaillent, dont ils traitent les dossiers, dans cet environnement socioculturel qu’on appelle les réalités béninoises, si on n’a pas un minimum d’expérience des services publics, qu’on n’a pas eu l’expérience d’un mandat administratif, d’un mandat politique soit à la députation, soit au niveau d’une collectivité locale, soit à un poste de Directeur général d’une société, ou de Directeur de cabinet, ou de Directeur technique d’un ministère, la garantie du succès dans l’exercice dune charge étatique est assez aléatoire. L’administration des hommes et la gestion des choses qui caractérisent le fonctionnement général de l’Etat sont si complexes que la bonne volonté ne suffit pas, le désir de réussir n’est pas suffisant, les prestigieuses références qui figurent en mention dorée sur les CV, les séjours exquis dans de grandes institutions internationales ne peuvent se substituer au parcours du combattant de l’administration béninoise, au savoir-faire et au savoir-être spécifiquement béninois qui s’apprennent et s’acquièrent avec la pratique des réunions interministérielles, des commissions interministérielles, de la préparation des communications en conseil des ministres, les mille et une précautions qu’on prend avant d’entraîner le gouvernement et son Chef dans des décisions majeures pour le pays.
Est-ce à dire que le Président Boni Yayi doit retourner à une école pour apprendre tout ce que vous venez de dire ?
Ce serait outrecuidant et irrévérencieux de ma part de dire une telle chose ! En tant que citoyen béninois, je me dois d’être respectueux du choix souverain porté par l’électorat national sur la personnalité qui a été jugée digne de présider à ses destinées. Cette décision, le peuple béninois l’a prise en toute connaissance de cause, en choisissant celui qui paraissait présenter à ses yeux le meilleur profil, dans les conditions de 2006, pour être porté à la magistrature suprême. Ce que je dis aujourd’hui, exprime le regard rétrospectif que je porte sur l’expérience acquise après trois années de pratique gouvernementale. Outre ce que j’ai appelé les improvisations, il y a également le style de travail et la méthode de direction qu’on observe dans la manière de gérer les relations interinstitutionnelles. Voyez-vous, dès le départ, n’oubliez pas qu’on avait enregistré, au sein de la mouvance en gestation effervescente autour du Chef de l’Etat, des proclamations d’ostracisme, à savoir : «il faut balayer de la classe politique et de l’entourage du Chef de l’Etat tous les anciens, tous ceux qui avaient participé aux équipes gouvernementales antérieures et ne retenir que des visages neufs à la tête de l’Etat». Déjà, cet état d’esprit, cette disposition mentale dans la manière de concevoir la gestion des affaires publiques posaient problème. De toute évidence, cette prétention procédait d’une volonté de marginalisation, d’exclusion et d’appropriation exclusive du pouvoir de la part de ceux qui se considèrent comme les seuls acteurs de la victoire de Boni Yayi. Ce qui n’était pas le cas puisque les 75 % réalisés par le président Boni Yayi, c’est l’addition des scores réalisés par un grand nombre de candidats qui se sont ralliés pour le soutenir au second tour. Ces forces politiques, légitimement, s’attendaient à être associées à la gestion du pouvoir. Faute de cela, et constatant au contraire une volonté de main mise exclusive et monopolistique sur le pouvoir fraîchement acquis, bon nombre d’alliés potentiels et disponibles ne pouvaient que ressentir des frustrations.
Mais on a remarqué que le Chef de l’Etat s’est repris plus tard en appelant à ses côtés des gens comme Amos Elègbè, Maxime Houédjissin, Martin Dohou Azonhiho qui n’étaient pas au début d’accord avec lui et qui l’avaient même pourfendu.
Oui ! Si nous prenons l’exemple de M. Amos Elègbè que vous venez de citer, je ne sais pas l’appréciation pertinente qu’on peut porter sur son cursus. Il est un camarade à moi, un ami personnel. Mais l’amitié ne vous dispense pas de dire la vérité et d’être honnête. C’est une exigence d’honnêteté intellectuelle. Amos Elègbè a été un haut cadre sous le régime du Prpb, Directeur général de l’Onatho sous le régime du Prpb. Il a été aussi député à l’Assemblée Nationale au cours de la 2è législature. J’ai le souvenir très net des critiques virulentes qu’il portait contre le président Kérékou. Mais une fois le président Kérékou revenu aux affaires en 1996, il a opéré un nouveau rapprochement Il est devenu conseiller technique ou chargé de mission avant d’être nommé ministre du commerce. Quand il est sorti du gouvernement, il a continué de collaborer avec le gouvernement du président Kérékou. Mais depuis l’avènement du président Boni Yayi, le même Amos Elègbè se trouve aujourd’hui être l’un des zélateurs du nouveau régime, un des nouveaux thuriféraires du nouveau pouvoir. Et on l’entend disserter et gloser abondamment comme un expert en conseil politique. Je ne sais en quoi peut être positif ou contributif un tel personnage qui n’est pas constant dans ses opinions, qui n’est pas constant dans ses prises de position, qui n’est pas constant et rigoureux dans ses choix politiques. La fidélité en politique est une vertu rare. C’est une vertu à laquelle personnellement je suis très attaché et quand elle vient à manquer, on ne peut pas parler alors de personnalité crédible.
A suivre tout le développement que vous venez de faire, est-ce que vous ne voyez pas que la classe politique, la société civile, les médias et d’une manière générale l’ensemble des composantes de la Nation a eu chacun sa part de responsabilité dans ce déclin que nous amorçons ?
La vie politique nationale est animée par les partitions à la fois diverses et spécifiques que jouent les différentes institutions de la Nation. La classe politique joue son rôle. La société civile aussi. Les hommes des médias, vous autres, également. Donc la réponse est oui. Mais le tout est de savoir comment ces composantes ont joué leur rôle, et avec quel résultat. Pour porter une appréciation aussi pertinente que possible, je pense qu’il faut retourner à la Constitution du 11 décembre 1990. Que dit cette Constitution ? La Constitution nous dit que la classe politique, c’est l’ensemble des membres, des acteurs et des animateurs des organes du pouvoir, des institutions de l’Etat et des partis politiques. N’oubliez pas qu’une disposition formelle de la Constitution dit que les partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Donc la classe politique c’est l’ensemble de ces acteurs là. La société civile, c’est une grande nébuleuse qui a un caractère inorganique et informel, mais qui est en quelque sorte l’agrégat de toutes sortes d’associations qui ont fait usage des libertés fondamentales affirmées dans la Constitution pour s’investir dans un secteur de leur choix. Et généralement ce sont des organisations non gouvernementales qui s’organisent autour des questions aussi diverses que variées telles que l’enfance déshéritée, la promotion de la femme, la scolarisation, la santé de la reproduction…Les médias, c’est vous autres. Depuis 1990, depuis la Conférence nationale, nous avons fait l’option que le monde des médias va s’autorégir selon les règles de la liberté de presse, de la liberté d’expression et que les organes de presse, les médias doivent fonctionner comme un contre pouvoir, comme le 4è pouvoir. Si nous récapitulons ces définitions sommaires, je m’interroge sur le point de savoir si la classe politique a bien fonctionné dans notre pays. Globalement, tout le monde s’accorde à dire, y compris le Président que la situation actuelle de ce pays est assez préoccupante, caractérisée par une morosité ambiante, un réel malaise politique, l’explosion des frustrations et des mécontentements, des critiques toujours acerbes portées par l’opposition, les commentaires désenchantés du commun des citoyens, les tensions récurrentes qu’on observe à l’hémicycle depuis deux ans, la cristallisation d’un mécontentement consécutivement à l’interdiction d’une marche qui ne menaçait en rien l’ordre public et la sécurité d’Etat. Les informations qui me parviennent font état de ce que la presse est menacée de strangulation, d’étouffement, de garrottage, de privation de liberté dans la mise en œuvre de ses règles internes de fonctionnement conformément à la déontologie qui est la sienne, c’est-à-dire la non affiliation à des forces politiques. Il paraîtrait que bon nombre de nos organes de presse émargent auprès du trésor public avec des contrats alors que l’Etat, pour faire connaître son action et ses réalisations dispose sans limite des prestations de l’Ortb et du quotidien la Nation. On peut se demander quelle est la motivation d’un gouvernement qui cherche ainsi à s’assujettir les organes de presse privés ! Je me pose la question de savoir si l’information qui est servie dans ces journaux, dans ces médias sous contrat est une information crédible et saine, c’est-à-dire non partisane ? Cette méthode qui consiste à clientéliser la presse privée est l’une des pires illustrations des déviances éthiques de la gouvernance politique que vit notre pays.
Pour me résumer, je dirai que le déterminant du bon fonctionnement des différentes composantes de la Nation que sont la classe politique, la société civile, les syndicats et les médias doit nous permettre de cerner deux éléments fondamentaux. Le premier élément, c’est la qualité et l’éthique du leadership de chacune de ces composantes. Si le leadership de notre classe politique nationale, de notre société civile, des médias, si la qualité des dirigeants qui les animent, leur éthique, leur force de caractère, leur indépendance d’esprit, leur esprit patriotique les met au-dessus de toute compromission, et les amène à refuser tout assujettissement, ces différentes institutions fonctionneraient mieux. Le 2è élément, c’est ce que j’appellerais les effets induits sur ces différentes composantes par la gouvernance politique qui est aux commandes de l’Etat. Si la gouvernance du pays ne se soucie que d’avoir à sa botte la société civile, si la gouvernance du pays n’a d’autre souci que de contrôler et manipuler la presse privée, si le souci de la gouvernance, c’est de grossir à l’infini le nombre de ses sympathisants, y compris par le débauchage politique des autres formations politiques, cela ne peut que compromettre le fonctionnement de ces composantes. Dans le premier cas, si la relation qu’entretient la gouvernance aux commandes du pays avec ces composantes, est saine, positive et exempte de toute visée phagocytaire ou monopolistique, alors les résultats seront stimulants, synergiques et épanouissants. Mais si par contre, la relation entre le pouvoir et ces composantes est une relation d’assujettissement, d’embrigadement, de monopole ou de phagocytose, alors les résultats sont pervers, déstructurants et déstabilisants pour ces composantes-là. Je pense que c’est ce qu’on observe aujourd’hui. Dans le premier cas, si la gouvernance se soucie du respect des règles du jeu démocratique, du respect de contre pouvoir, du respect de l’autonomie de la société civile, du respect des dispositions organiques des autres formations politiques différentes de la mouvance, cela renforcera la cohésion nationale, la paix sociale, le consensus national : la démocratie apaisée sera alors le terreau fertile du progrès et du mieux-être de l’ensemble du pays. Mais dans le 2è cas, lorsque cette relation est perverse, c’est-à-dire dominatrice et manipulatrice, alors cela n’engendre que le malaise politique, des dysfonctionnements institutionnels, la crispation, les tensions politiques, la fracture sociale, la mise en péril du consensus national.
Tout à l’heure, vous avez parlé de garrottage de la presse, de strangulation, de restriction des libertés syndicales, de tensions politiques créées par les débauchages…Vu ce tableau sombre renforcé par tout le développement que vous avez fait, est-ce qu’on peut dire que la démocratie béninoise constitue toujours un modèle ?
L’éclatant succès de la Conférence des forces vives de la nation de février 1990, la conduite efficace du régime de transition qui, à l’époque, fut assurée par une sorte de triumvirat à la béninoise, à savoir Mathieu Kérékou, Chef de l’Etat, Mgr Isidore de Souza, président du Haut conseil de la République, et Nicéphore D. Soglo, premier ministre, Chef du gouvernement de transition, constitue un des événements les plus marquants de toute notre histoire nationale depuis 1990. Pour la première fois, nous avons eu à la tête de l’Etat un trio d’hommes de grande valeur qui, en travaillant ensemble, dans un esprit de conciliation, de responsabilité et de réel consensus, ont su redonner espoir et confiance au peuple béninois. Et c’est cela qui, ajouté au patriotisme ardent de tous les délégués ayant participé à la Conférence nationale, a permis d’opérer de manière harmonieuse et pacifique la délicate transition du régime unique du Prpb à un nouveau régime dont les fondements et les principes de fonctionnement ont été définis sur une base authentiquement démocratique et consensuelle. Cela a concrètement abouti à la mise en forme d’un projet de Constitution qui sera adopté le 11 décembre 1990. Dans ce nouveau contexte, le président Soglo a mis en place un gouvernement. Il s’est mis au travail. Le pays s’est remis au travail. Il avait un programme d’action. Ce programme a été mis en œuvre. Des résultats concrets et tangibles ont été obtenus. Même si sous son mandat il y avait une opposition, on n’a jamais connu une crispation de même gravité que celle qui caractérise les tensions actuelles à l’hémicycle. Il y avait une opposition contre le président Soglo. Mais, on n’a pas connu de morosité aussi grave. Le président Soglo a conduit son mandat jusqu’à son terme. Il s’est représenté aux élections et mon Chef, le président Kérékou a été élu contre lui en 1996. Le président Kérékou, de 1996 à 2006 a exercé deux mandats entièrement couronnés de succès. Les réalisations ont été nombreuses. Il n’y a pas de comparaison entre les infrastructures réalisées par les présidents Soglo et Kérékou avec ce qu’on nous chante aujourd’hui comme les grandioses réalisations de l’ère du changement. En importance, en quantité et en qualité, il n’y a pas de comparaison possible. Pour moi, les bilans incontestablement positifs des quinquennats exercés par les présidents Kérékou et Soglo ont contribué grandement à assurer le rayonnement de la démocratie béninoise sur l’ensemble du continent africain et ailleurs dans le monde. Notre pays a conquis une place de choix dans le concert des nations libres et démocratiques de la planète. Notre pays a été souvent cité en exemple, en modèle et cela déjà par le président François Mitterrand, au sommet de la Baule en 1990. La démocratie béninoise, du fait de la bonne marche du processus du renouveau démocratique qui a été amorcé il y a 20 ans a permis à notre pays d’être auréolé d’un grand prestige et cela a été unanimement reconnu. Mais peut-on dire encore autant aujourd’hui en 2009, avec le spectacle de mauvaise gouvernance, de tensions interinstitutionnelles, de transhumance politique, de liquidation et de sabordage des acquis du renouveau démocratique auquel on assiste, devant les atteintes graves aux libertés, bref face au concert de critiques et de griefs inondant l’arène politique nationale que la démocratie n’est pas en danger au Bénin ? Il m’est difficile personnellement de dire ou de croire, malgré l’amour que j’ai pour mon pays, malgré la fierté que j’ai d’être béninois, que la démocratie béninoise est seule à briller au firmament de la démocratie africaine. Le Bénin d’aujourd’hui conserve certes encore une part de l’auréole qui l’a entourée depuis 1990, mais pendant que s’opère sous nos yeux le gâchis des acquis de la conférence nationale, pendant que les règles du jeu démocratique sont délibérément faussés, que des atteintes graves sont ouvertement portées aux dispositions constitutionnelles et légales, que les dispositions électorales sont bafouées et que des violations de la Constitution s’opèrent avec une fréquence de plus en plus inquiétante, d’autres pays de la sous région se construisent dans le respect des règles du jeu démocratique, réalisent des avancées notables dans le processus démocratisation et s’auréolent d’un prestige de plus en plus marqué et de plus en plus reconnu par la communauté internationale. Regardez dans notre sous région ce qui se passe, et vous verrez que des pays voisins du nôtre sont en train de se remettre en ordre de marche, de se réorganiser, de rétablir les bases d’un bon fonctionnement démocratique : leur courage, leurs efforts et leurs performances sont salués par la communauté internationale. Ils sont d’ailleurs les nouveaux exemples d’un système démocratique apaisé où la recherche de consensus national, la fin de crise constituent une grande priorité. Je pense à nos frères de la Côte d’ivoire qui déploient de grands efforts et de grands sacrifices pour mettre fin à la crise et marcher vers la réconciliation nationale et l’organisation d’élections libres. Il en est de même des efforts que déploie inlassablement le président Faure Gnassingbé du Togo pour que son pays revienne à un ordre de fonctionnement démocratique normal, pour que l’apaisement et la réconciliation nationale deviennent une réalité. Il y a le Ghana voisin dont les performances à la fois économiques et démocratiques en font le nouveau fleuron de la démocratie africaine dans notre sous région, saluée et reconnue comme telle par l’ensemble de la communauté internationale. Par conséquent, cela signifie que nous ne devons pas continuer de croire que nous sommes les meilleurs. Nous avons été le point de départ, l’épicentre du séisme démocratique qui a ébranlé l’ensemble du continent africain, mais nous ne sommes plus seuls à bien fonctionner démocratiquement. Cela interpelle l’ensemble de la classe politique béninoise, de la société civile pour que dans un sursaut patriotique et d’orgueil national légitime, nous nous donnions comme exigence impérieuse de sauver le renouveau démocratique, de le remettre sur les rails pour que notre pays reconquiert sa place au firmament de la démocratie africaine.
Ne pensez-vous pas que les institutions de contre pouvoir que sont la Cour Constitutionnelle, la Cour Suprême, la Haac…ont une responsabilité dans cette menace qui pèse sur la démocratie béninoise parce que je ne trahis aucun secret lorsque je dis que des Béninois font de moins en moins confiance aux décisions que rendent ces institutions ?
Il n’existe dans aucun pays d’institutions dont le fonctionnement à un moment ou à un autre ne suscite des problèmes. Si vous prenez les pays de vieille démocratie, il arrive que les hautes institutions prennent des décisions qui posent problème par rapport à toute la jurisprudence antérieure. Mais si le problème est résolu sans crise, c’est parce que les dirigeants qui ont été investis d’un mandat pour présider aux destinées de la Nation savent s’imposer le devoir absolu et impérieux de s’y conformer. Le problème sur le plan de la philosophie politique est un peu compliqué, parce que les hommes étant des êtres faillibles, la capacité de jugement des hommes n’étant pas à l’abri de l’erreur, en théorie on peut considérer qu’il peut arriver qu’une Cour Constitutionnelle prenne une décision qui pose problème. Que doivent faire les responsables politiques ? La mort dans l’âme, ils doivent s’y conformer et s’y plier. C’est cela qui assure la stabilité d’un système institutionnel. Ce qui pose problème, ce n’est pas qu’une Cour Constitutionnelle se trompe ou commette des erreurs d’appréciation et de jugement dans une décision. Ce qui à coup sûr pose problème, c’est le refus de l’exécuter, c’est le refus de s’y conformer, parce que, à ce moment là, inévitablement une crise s’installe dans le pays et étant donné que nulle autre institution autre que la Cour Constitutionnelle ne peut dire le droit et interpréter la Constitution, on se trouve très rapidement dans l’impasse. Cela dit, je crois comprendre que vous faites allusion à la situation un peu singulière que nous avons connue en matière jurisprudentielle, au sujet de la question assez délicate et récurrente de la configuration politique de l’Assemblée nationale. Cette question revient tout le temps, et je dois avouer personnellement que je n’ai pas compris. Mais je ne peux pas me permettre de dire que je conteste la décision de la Cour Constitutionnelle. Je n’en ai pas le droit. Mais je dis seulement que je n’ai pas compris comment la décision de la Cour Constitutionnelle qui avait prévalu sous la présidente Ouinsou Conceptia, comment cette jurisprudence là s’est trouvée modifiée avec une nouvelle décision de la nouvelle Cour Constitutionnelle, à propos du même problème de la configuration politique de l’Assemblée nationale. Il y a là un problème. Ce qui pourrait être envisagé (mais il s’agit là d’une approche strictement théorique), c’est que le Chef de l’Etat qui est le garant de l’application de la Constitution dans notre pays, prenne l’initiative d’une concertation interinstitutionnelle avec les responsables des hautes institutions de la République, pour explorer les modalités consensuelles de sauvegarde de l’harmonie et de la continuité fonctionnelle des mandatures qui s’enchaînent les unes avec les autres.
Dans le même esprit, je pense que notre intelligentsia nationale, nos chercheurs, nos professeurs de sociologie politique, de sciences politiques, nos constitutionnalistes, nos doyens qui ont une grande capacité d’analyse peuvent et doivent contribuer à la réflexion nationale en produisant des écrits, en faisant des analyses, en faisant des commentaires et des suggestions. Nous avons d’éminents constitutionnalistes qui ne sont pas tous aujourd’hui à la Cour Constitutionnelle, mais qui peuvent apporter des éclairages contributifs et positifs pour que, dans le fonctionnement de notre système institutionnel national, toutes les conditions soient réunies pour que, avec les années qui passent, avec les mandatures qui se succèdent, il y ait de l’harmonie et de la continuité, et surtout la réalisation des conditions d’un fonctionnement optimal de nos institutions qui permette justement d’instaurer et consolider une démocratie apaisée avec des institutions qui fonctionnent sans rien sacrifier à la légalité constitutionnelle.
On vous annonce pour le rendez-vous présidentiel de 2011. De larges consultations ont d’ailleurs commencé. Et sur le terrain, des actions sont tangibles. Pourquoi 2011 et non de 2006 ?
A travers votre question, je comprends que vous me demandez de revenir aujourd’hui et une fois encore sur les raisons de mon abstention en 2006. Je ne vais pas me dérober à cet exercice. En 2006, j’ai été amené à démissionner du gouvernement du président Mathieu Kérékou, et je rappelle qu’à l’époque, ma lettre de démission en date du 11 janvier a été rendue publique par la presse. Aujourd’hui, plutôt que de répéter les mêmes choses, je préfère vous en donner une copie pour que vous voyiez les termes exacts dans lesquels j’ai justifié ma démission lorsque je me suis adressé à mon Chef. J’avais expliqué en son temps que face à la conjoncture qui prévalait, « je n’avais pas d’autres choix que de prendre mes distances à l’égard d’une équipe gouvernementale dont les incohérences et les agissements attentatoires à la légalité constitutionnelle de certains de ses membres, ont gravement compromis la gestion rigoureuse, responsable et transparente du dossier électoral de l’échéance de mars 2006 en contradiction flagrante des assurances formelles et des engagements solennels de votre Haute autorité ». Voilà ce que j’avais dis. Mais ce qui est une vérité aussi puisque vous venez de l’évoquer, c’est que, au cours du 2è semestre de l’année 2005, des manifestations avaient été initiées par des personnalités de la société civile, des partis politiques, mouvements et organisations proches de la mouvance au pouvoir pour susciter ma candidature. Je ne jouerai pas l’hypocrite en vous faisant croire que j’ignorais à l’époque que la question de ma candidature était posée. Des meetings populaires géants ont été organisés à Kandi, à Natitingou, à Lokossa, à Abomey, à Malanville, à Savalou …pour susciter ma candidature. Il se trouve que, alors que ma candidature était envisagée, j’ai démissionné à la surprise générale le 11 janvier 2006. Les termes de ma lettre de démission que je viens de vous citer indiquent les motifs que j’ai invoqués à l’appui de ma décision. Mais il y a des éléments sur lesquels je n’avais jamais fait de déclarations publiques et qui sans doute aujourd’hui, méritent d’être portées à l’attention de l’opinion publique, sinon, la compréhension ne sera pas complète. Lorsque je parle d’agissements attentatoires à la légalité constitutionnelle, et que je dis que certains des membres de l’équipe gouvernementale se rendaient coupables de tels agissements, de quoi s’agit-il. La situation réelle dans laquelle je me suis trouvé, c’est que, au sein du gouvernement, entre septembre et décembre 2005, certains membres du gouvernement et certains éléments du cabinet présidentiel étaient en concertation, et organisaient des dispositions préparatoires dans le sens de la mise en œuvre d’une stratégie consistant à ne pas tenir les élections de mars 2006, et à prolonger le mandat du Chef de l’Etat de deux ou trois ans, sur la base d’une disposition constitutionnelle transitoire que l’on ferait adopter à l’Assemblée Nationale dont certains députés, d’après mes informations, avaient été acquis à ce schéma. Ainsi, en 2008, ou en 2009, on procèderait au couplage des élections sous la forme d’élections générales, c’est-à-dire présidentielles et législatives en une seule fois, dans un souci d’économie d’argent et de moyens pour l’Etat A cet égard, à l’époque, souvenez vous et n’oubliez jamais que le ministre des finances Cosme Sèhlin déclarait qu’il n’y avait pas d’argent pour exécuter le premier décaissement de 1 milliard de F Cfa prévu dans le collectif budgétaire de 2005, pour permettre à la Cena déjà constituée le 30 septembre de se mettre au travail, en attendant la mise en exécution du budget de 2006 en janvier. La situation dans laquelle je me suis trouvé, c’est que dans le gouvernement et autour de notre Chef, j’observais les manœuvres et des conciliabules dont l’objectif était de déroger à la Constitution et à mettre en exécution un schéma politique électoral contraire aux dispositions de la Constitution. Naturellement je me demandais par quel tour de force les 4/5 requis à l’Assemblée nationale pour voter une modification de la Constitution seraient obtenus pour permettre l’application ou la faisabilité d’un tel schéma. Comme vous vous en doutez, en raison de mon attachement à la légalité constitutionnelle et au respect scrupuleux des lois de la République, j’ai tenté, de plusieurs manières de prendre contact avec notre Chef pour l’amener à désavouer publiquement et formellement le schéma qui était en train de se concocter dans son dos, mais en son nom et à son profit. Je vous rappelle qu’à l’époque, le Général avait été d’une clarté lumineuse en déclarant à plusieurs reprises que les élections auront lieu à bonne date. Surtout son discours depuis l’Elysée qui a été relayé ici au Bénin. Vous mesurez à quel point, j’étais perplexe face aux assurances du Président auxquelles s’opposait le blocage du ministre des finances. Mais ayant pris la mesure éminemment inquiétante des grenouillages anticonstitutionnels d’un groupuscule de ministres et de conseillers techniques très proches du Chef de l’Etat, je me suis dis – c’est peut-être là une insuffisance de jugement de ma part – n’ayant pas réussi à rencontrer mon Chef au cours de ces dernières semaines de l’année 2005, pour m’entretenir franchement avec lui afin d’arrêter la préparation d’un tel complot anticonstitutionnel contre et faire injonction au ministre des finances de s’exécuter, n’ayant pas réussi cela, j’ai estimé que je ne pouvais pas continuer d’être membre du gouvernement et maintenir le principe de ma candidature Il était clair à mes yeux : premièrement que tout se préparait pour que les élections n’aient pas lieu ; et deuxièmement dans l’hypothèse où cela aurait lieu, je me trouverais en porte à faux par rapport à la frange de la mouvance qui travaille prétendument au nom de mon Chef, au profit de mon Chef ; et par conséquent, je ne voulais pas me retrouver en affrontement direct avec mon Chef. Tels sont les motifs qui m’ont amené à me retirer de la course à la présidentielle de 2006 : je ne pouvais que me retirer pour ne pas avoir à affronter mon Chef. C’est ma conception du loyalisme républicain. On n’a pas le droit d’affronter son Chef, d’être l’adversaire frontal de son Chef. Telle est ma conception de la collaboration avec son Chef. A l’époque, lorsque j’ai démissionné et que ma lettre a été rendue publique, j’ai réuni les représentants des organisations et des mouvements qui suscitaient ma candidature. Je les avais réunis pour leur expliquer que je ne pouvais pas maintenir ma candidature, mais sans aller jusqu’à dévoiler ce que je ne pouvais pas dire et qui relevait en quelque sorte du secret interne, des contradictions internes du gouvernement. Ce fut une séance longue et difficile. Beaucoup n’ont pas approuvé ma décision, mais je l’ai maintenu et je n’ai plus été candidat. Mais comme je tiens à assurer la pérennité et la réalité des faits historique, j’ai mis par écrit sous la forme d’une «Lettre ouverte à mes Sympathisants», les convictions qui étaient les miennes. Certains passages de cette lettre ouverte ont un caractère prémonitoire. Je pense que cela vous sera utile pour éclairer l’opinion nationale et internationale, pour qu’on en finisse avec cette question récurrente liée à mon désistement en 2006.
Seriez-vous au rendez-vous de 2011 ?
Le 1er février 2006, dans ma lettre ouverte dont je vous laisse copie sous sa présentation originale, je demandais à mes sympathisants d’être sereins, confiants et patients. J’écrivais ce qui suit : «Quand viendra la prochaine échéance, déjà programmée au calendrier de notre vie constitutionnelle nationale, il sera encore temps de nous retrouver, de nous mettre ensemble, et de conjuguer nos forces, pour infléchir le cours des choses dans le sens de l’édification d’un Bénin démocratique, moderne et prospère». Les années se sont écoulées, et nous nous approchons de cette échéance fatidique. 2011 sera différent de 2006. L’histoire ne se répète jamais, elle bégaie. En 2006, nous avons fait l’expérience d’un mode d’accession à la magistrature suprême qui a consisté à utiliser le tremplin d’une grande organisation africaine sous régionale. La question est de savoir si les Béninois, aujourd’hui en appréciant les résultats obtenus vont rééditer la même expérience en 2011, au regard des informations qui circulent déjà sur de potentielles ou probables candidatures. Pour ma part, je dirai que 2011 sera différent de 2006 parce que le défi crucial que pose cette échéance à l’ensemble de la classe politique béninoise, toutes tendances confondues, à la société civile, aux organisations syndicales, aux personnalités politiques de diverses sensibilités, aux mouvements et associations de toutes catégories, au sages et notables de nos villes et de nos campagnes, en un mot, à tout le peuple béninois, c’est de savoir si nous pouvons nous mobiliser et nous organiser efficacement et massivement pour mettre fin à l’imposture politique qui, par ses dérives multiples, met en péril les précieux acquis de la Conférence nationale et, compromet le consensus national, la cohésion et la paix sociales, si nous pouvons écarter les graves menaces qui planent sur le Renouveau démocratique. C’est cela le défi majeur que tous les patriotes, tous les démocrates dignes de ce nom doivent relever. Je considère personnellement que c’est la responsabilité de tous les patriotes et de tous les démocrates béninois de rechercher les voies et moyens d’une saine et sainte alliance patriotique pour sauver l’héritage politique légué par les Présidents Kérékou et Soglo, pour restaurer l’espoir et rétablir le Renouveau démocratique dans la pureté et la plénitude du sens qu’en ont donné leurs illustres initiateurs. Œuvrer à l’avènement d’une vraie alternative en 2011, c’est ma conviction et c’est le sens particulier que revêtira, mon engagement personnel pour l’échéance de 2011.
Quel Président souhaiteriez-vous pour le Bénin en 2011 ?
Je souhaite pour mon pays en 2011, un vrai patriote connu et apprécié des larges masses populaires ; un homme d’expérience, rompu et chevronné en matière de gestion des affaires d’Etat, et qui donne les meilleurs gages sur sa capacité à incarner les aspirations profondes et légitimes du peuple béninois, à assumer dans la cohésion, et la paix sociale, la plénitude de son grand destin national et panafricain.
Je souhaite pour mon pays, un vrai démocrate soucieux de préserver le précieux héritage hérité de la Conférence Nationale, et du régime de transition remarquablement conduit par le mémorable triumvirat Mathieu Kérékou, Monseigneur Isidore De Souza et Nicéphore D. Soglo. Donc, un homme de foi et de conviction, capable d’imprimer une dynamique nouvelle au processus du Renouveau démocratique, et de faire rayonner notre pays, le Bénin, au firmament de la démocratie africaine.
Je souhaite pour mon pays, une personnalité marquante dont l’expérience, la probité et la force de caractère augurent de sa détermination inébranlable à mettre en œuvre une éthique nouvelle de la gouvernance politique dans notre pays, qui redonne espoir et confiance au peuple. Notamment, grâce à un certain nombre d’engagements déterminants. Premièrement, le respect scrupuleux en tout temps de la légalité constitutionnelle et de l’application rigoureuse des lois de la République. Le Chef de l’Etat ne devant faire prévaloir, en aucune circonstance, ses visées et stratégies politiciennes et partisanes propres sur les dispositions légales en vigueur dans le pays. Dans cet esprit, le Président, le Chef de l’Etat que je souhaite pour mon pays doit être un homme de caractère et de hauteur capable, par ses propres comportements et les actes qu’il pose, de donner des gages du respect des règles du jeu démocratique en s’interdisant lui-même de s’adonner aux jeux de la politique.
Deuxièmement, je souhaite à la tête de l’Etat un homme capable de promouvoir de façon active et résolue, sans a priori, sans préjugés et sans parti pris, un dialogue franc et sincère dans un esprit de conciliation et de compromis, pour consolider la cohésion et la paix sociale, la stabilité politique et le consensus national. Tels doivent être l’esprit et la finalité du dialogue interinstitutionnel, du dialogue avec les organisations sociales, les organisations syndicales et la société civile. Cette personnalité forte et intègre doit être résolue à imprimer une réorientation sélective et mieux ciblée de la lutte contre la corruption et l’impunité, au sommet de l’Etat et au niveau de la sphère dirigeante de l’administration publique. C’est à ce niveau suprême, que l’exemple doit être donné au quotidien.
A cet égard, et à titre d’exemple, je rappelle, que la loi 86-013 en vigueur depuis plus de 20 ans et d’autres lois de différentes corporations socioprofessionnelles, prévoient des sanctions et des peines infâmantes, qui, à ma connaissance n’ont jamais été appliquées dans notre pays, pour sanctionner les faits de corruption, par la révocation pure et simple, la rétrogradation d’échelle ou d’échelons, la déchéance politique ou la déclaration d’inéligibilité politique, soit pour un mandat exécutif, soit pour un mandat électif ou un mandat judiciaire. Si de telles sanctions sont appliquées, beaucoup de hauts responsables y regarderaient par deux fois avant de se laisser aller à des actes de corruption. A ce sujet, je crois savoir qu’un projet de loi contre la corruption est en instance à l’Assemblée Nationale : c’est le moment plus que jamais d’accélérer la procédure de son adoption, en y incluant si possible, une disposition relative à l’autosaisine du Procureur de la République ou du Procureur général.
Ce que je souhaite du prochain premier magistrat de la Nation, c’est que par sa gouvernance à la tête du pays, il imprime une revalorisation de la discipline, de la rigueur et de la productivité du travail, pour redonner à notre administration, son caractère authentiquement républicain au service de la nation, et non à la solde du pouvoir. C’est-à-dire une administration ayant le culte de notre devise national «Fraternité, justice, travail». L’administration ne doit pas être au service du pouvoir et de la mouvance présidentielle. La fonction de l’administration, c’est d’animer le service public au bénéfice de la nation et des citoyens. L’administration préexiste et doit survivre au pouvoir qui se renouvelle à la tête de l’Etat. C’est cela une administration moderne et républicaine.
C’est au pouvoir qu’il revient de donner par lui-même l’exemple, en privilégiant la compétence, l’efficacité, l’expérience et le dévouement des cadres qui sont nommés sans tenir nul compte de leur sensibilité politique, de leurs opinions politiques…L’opinion d’un Directeur ne doit pas être le critère décisif des nominations. L’essentiel est qu’il présente le profil de compétence et le loyalisme républicain garantissant que la feuille de route qui lui a été donnée, la lettre de mission qui lui a été prescrite, soit exécutée au mieux des résultats attendus, et pour lesquels il est payé.
Je souhaite un homme crédible et rassembleur qui dit ce qu’il est fait ce qu’il dit. Et là se pose la problématique non négligeable du discours du chef. Le discours du Chef, voyez-vous, a des effets déterminants dans le psychisme collectif, dans ce qu’on appelle l’opinion publique. Ce que dit le Président de la République, le discours qu’il tient, les convictions qu’il exprime et la manière dont il les formule ont un impact incommensurables : notre peuple désormais mûr est en droit d’attendre de son chef, un discours clair, simple, précis et circonscrit, débarrassé des lamentos et trémolos qui semblent inspirer d’un élan de contrition ou de repentance qui, de mon point de vue, sont totalement inappropriés pour la Haute Autorité investie de la légitimité populaire.
Le Président de la République ayant déjà prêté serment sur la Constitution devant le peuple, devant Dieu et les mânes de nos ancêtres, point n’est besoin pour lui de jurer sans cesse, au gré des déclarations circonstancielles et autres points de presse.
Une autre considération essentielle à ne pas négliger dans notre pays, voyez-vous, c’est que le Président de la République est le chef du gouvernement. Tous les scandales dont se rendent coupables, les membres de son gouvernement, posent inéluctablement la question de sa propre responsabilité, parce qu’il est le chef du gouvernement. Et il ne suffit pas de dire qu’il n’a pas eu à présider le conseil des ministres, que telle ou telle situation lui a échappé. Il m’est arrivé de présider sur instruction du Président de la République le conseil des ministres. Mais le fonctionnement interne du gouvernement auquel j’ai appartenu m’imposait de faire le compte rendu exhaustif permettant au Chef de l’Etat d’assumer la plénitude de sa prérogative exclusive de Chef de Gouvernement. Donc, la responsabilité du chef du gouvernement ne peut pas être évacuée de cette manière. Et il ne suffit pas de dire qu’on n’est responsable mais pas coupable. D’ailleurs à ma connaissance, personne n’a le pouvoir de mettre en accusation le Chef de l’Etat en dehors de la Haute Cour de Justice. Personne ne l’a déclaré coupable. Mais si lui-même se déclare responsable mais pas coupable, je ne peux qu’en prendre acte, en constatant qu’il fait son mea culpa sur la poitrine de ses ministres indélicats ou défaillants.
Je souhaite de tout cœur pour notre pays en 2011, un Président qui va rétablir un principe de gouvernance élémentaire, basique et incontournable, auquel le peuple béninois est habitué depuis les présidences de Kérékou et Soglo : celui de l’élaboration, et de la mise en œuvre correcte d’un Programme d’action gouvernementale. Un PAG qui intègre dans une vision prospective cohérente, à la fois réaliste et ambitieuse, les objectifs quantitatifs et qualitatifs de développement national, dans les différents secteurs d’activité, permettant de placer le Bénin sur les rails du progrès et de la modernité, dans l’optique consensuellement déterminée par les Etudes nationales de perspectives à long terme, (Bénin Alafia 2025). Le peuple béninois a déjà dit ce qu’il veut. Le rôle de nos gouvernements, les uns après les autres, c’est d’élaborer des programmes qui s’inscrivent dans la mise en œuvre de cette volonté déjà exprimée, en matière d’éducation, d’hydraulique villageoise, de santé, d’infrastructures, d’agriculture, de gouvernance locale…
Je souhaite pour mon pays, un Président dont le style de travail et les méthodes de direction favorisent une réelle participation de toutes les composantes de la Nation à la gestion des affaires publiques, sans exclusive et sans velléités de monopoles, et ce, dans le respect de la diversité des sensibilités politiques, conformément au principe du multipartisme intégral qui est une disposition formelle de la Constitution, dans le respect de l’équilibre inter régional. Le pouvoir ne doit pas chercher à contrôler majoritairement, chacune des institutions de la République parce que si telle est sa motivation, il limite jusqu’à la rendre nulle la possibilité pour les autres sensibilités du pays, d’avoir un espace de participation à la gestion de la vie sociopolitique. Ce qui n’est pas bon pour le renforcement de la cohésion nationale.
Je souhaite un Président qui placera son mandat sous le signe d’une accélération du processus de décentralisation qui aujourd’hui marque le pas. Car mon intime conviction, c’est que l’approfondissement et le bond qualitatif de la démocratie béninoise résulteront de l’application rigoureuse et sans faille des lois de la décentralisation, grâce au transfert réel des compétences, grâce à l’organisation et à l’émergence du pouvoir démocratique au niveau local, grâce à la mise en place de conseils communaux qui organisent et planifient le développement de nos collectivités à la base, selon la volonté, et les aspirations des populations locales ; grâce aussi à la réalisation de plans de développement régionaux en partenariat étroit avec l’Etat. C’est la décentralisation qui va insuffler une nouvelle dynamique ascendante à la démocratie béninoise. Tant que les conseils communaux, le pouvoir local ne deviendront pas réalité, nos populations au niveau local ne se sentiront pas concernées par l’organisation des activités, les choix stratégiques qu’implique l’œuvre de construction nationale. Le gouvernement du Président Kérékou a eu le mérite de démarrer la décentralisation avec le
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s élections de 2003. Cela ne fut pas simple parce que c’était une innovation. Il faut continuer, parce que les lois de la décentralisation doivent être appliquées. Les transferts de compétences doivent être opérés, et l’Etat doit convenir de programme de partenariat avec les communes à qui il revient de déterminer de manière autonome et souveraine, leurs priorités et leurs objectifs dans les différents secteurs, à charge pour l’Etat de les aider à les formaliser de manière cohérente et opératoire. La mise en œuvre de la fiscalité locale, de l’exploitation des ressources locales, doit permettre à ses communes d’avoir un minimum qui nécessairement demandera à être complété par un apport du gouvernement central. Ce partenariat doit permettre avec le complément qui est mobilisé au niveau de l’aide extérieure de mettre en œuvre de réels grands chantiers dans nos communes, sous le regard de planification d’ensemble du ministre qui sera chargé du plan et de l’aménagement du territoire en liaison avec le ministre de la décentralisation. Mais aujourd’hui qu’est ce que nous observons ? Je vous donne un exemple. Les stations d’essence que vous voyez partout et qui se sont multipliées dans les VONS, personnellement, je trouve que c’est une bonne chose, parce qu’il y en a une derrière l’Eglise Sainte Hélène, à deux cent mètre de ma maison. Mais cela a été installé par le ministère du commerce. Ce n’est pas l’initiative de la Mairie de Cotonou. Or de telle disposition doit impliquer la Mairie de Cotonou. Il y a ainsi des choses qui induisent une collaboration nécessaire étroite et permanente entre le pouvoir central et nos collectivités territoriales décentralisées.
Est-ce le programme d’action que vous comptez défendre en 2011 ?
Pour l’heure, je m’emploie à multiplier les contacts, à faire de larges consultations pour amener toutes les personnalités, les forces qui avaient collaboré avec mon chef, le Président Kérékou, à prendre la mesure de la situation préoccupante qui prévaut dans le pays, parce que je considère que le devoir incombe à nous, anciens collaborateurs du président Kérékou, anciens ministres et collaborateurs à divers niveaux, nous qui avons collaboré avec ce grand homme, et qui, à ses côtés, avons acquis une certaine expérience dans la manière de gérer le pays, dans la manière de gouverner le pays, dans la manière d’administrer le pays, dans la manière de gérer les contradictions nationales, dans la manière d’‘organiser l’ouverture avec toutes les forces qui participent à la gestion du pouvoir dans l’intérêt supérieur de la nation, nous qui avons appris à ses côtés comment on surmonte les tensions sociales, nous qui avons appris à ses côtés comment on organise le dialogue social, le dialogue national, comment on a pu réussir à opérer le changement pacifique, sans violence et sans heurt d’un régime de parti unique au multipartisme, nous avons acquis un capital d’expérience qui peut et doit servir la cause du peuple. Notre Chef a laissé un capital précieux de réalisations. Il y a très peu de choses dans le pays qui ne portent pas la signature du Président Kérékou. A l’exception du vieux pont de Cotonou et de celui de Porto-Novo, tous les autres ponts ont été construits par le Président Kérékou. Le Président Kérékou a réalisé des milliers de routes bitumées. L’autoroute Sèmè-Kraké, c’est son œuvre. Tant de routes bitumées et pavés on a faites dans tous les départements. Les statistiques existent. La propagande du régime actuel est tellement frénétique, il y a tant de matraquage que cela induit une sorte d’amnésie involontaire dans la mémoire des Béninoises et des Béninois. La vérité aussi, c’est qu’il n’y a pas de comparaison entre ce qui se fait aujourd’hui et ce que le Président Soglo avait réalisé pendant son mandat. Au total, j’estime que nous autres qui sommes les élèves, les disciples et collaborateurs de Kérékou, n’avons pas le droit de continuer d’assister, indifférents ou passifs au spectacle de gâchis et de sabordage de l’œuvre immense réalisée par notre chef. Nous devons intervenir dans le débat national, organiser nos forces autour du profil qui paraît aux yeux de la majorité, le plus apte à assurer la relève et la continuité, et nous lancer dans la compétition, animés de la seule et saine ambition de gérer le pays comme nous avons appris à le faire, dans l’intérêt supérieur de la Nation.
Je suis en train de faire des consultations dans ce sens. Des mouvements, et des initiatives s’organisent dans les différentes régions, dans les différents départements ; vous en avez eu des échos. D’autres actions sont en cours. Cela participe d’une stratégie de concertation et d’ouverture. Dans cette entreprise, il faut une politique d’ouverture la plus large possible, qui doit inclure bon nombre de nos concitoyens qui sont aujourd’hui dans la mouvance, et qui, désorientés et perplexes sont en quête légitime de nouveaux repères face à l’imminence de l’enjeu, et à l’inéluctabilité de l’alternance qui s’annonce. Nous sommes ouverts à toutes les forces. Ce qui va l’emporter demain, ce n’est pas l’esprit partisan, mais l’esprit patriotique. Et l’histoire de notre pays a montré que jamais un parti politique n’a réussi à accéder à la magistrature suprême seul. Les enseignements de l’histoire constituent la meilleure source d’inspiration et d’action, pour avancer avec assurance et confiance vers 2011 qui marquera, j’en suis convaincu, l’avènement d’un nouveau chapitre de l’ère du Renouveau démocratique, dans notre cher et beau pays, le Bénin.
Réalisé par Affissou Anonrin et Herbert Houngnibo
Journal LA PRESSE DU JOUR 26/08/09
Est-ce le programme d’action que vous comptez défendre en 2011 ?
Pour l’heure, je m’emploie à multiplier les contacts, à faire de larges consultations pour amener toutes les personnalités, les forces qui avaient collaboré avec mon chef, le Président Kérékou, à prendre la mesure de la situation préoccupante qui prévaut dans le pays, parce que je considère que le devoir incombe à nous, anciens collaborateurs du président Kérékou, anciens ministres et collaborateurs à divers niveaux, nous qui avons collaboré avec ce grand homme, et qui, à ses côtés, avons acquis une certaine expérience dans la manière de gérer le pays, dans la manière de gouverner le pays, dans la manière d’administrer le pays, dans la manière de gérer les contradictions nationales, dans la manière d’‘organiser l’ouverture avec toutes les forces qui participent à la gestion du pouvoir dans l’intérêt supérieur de la nation, nous qui avons appris à ses côtés comment on surmonte les tensions sociales, nous qui avons appris à ses côtés comment on organise le dialogue social, le dialogue national, comment on a pu réussir à opérer le changement pacifique, sans violence et sans heurt d’un régime de parti unique au multipartisme, nous avons acquis un capital d’expérience qui peut et doit servir la cause du peuple. Notre Chef a laissé un capital précieux de réalisations. Il y a très peu de choses dans le pays qui ne portent pas la signature du Président Kérékou. A l’exception du vieux pont de Cotonou et de celui de Porto-Novo, tous les autres ponts ont été construits par le Président Kérékou. Le Président Kérékou a réalisé des milliers de routes bitumées. L’autoroute Sèmè-Kraké, c’est son œuvre. Tant de routes bitumées et pavés on a faites dans tous les départements. Les statistiques existent. La propagande du régime actuel est tellement frénétique, il y a tant de matraquage que cela induit une sorte d’amnésie involontaire dans la mémoire des Béninoises et des Béninois. La vérité aussi, c’est qu’il n’y a pas de comparaison entre ce qui se fait aujourd’hui et ce que le Président Soglo avait réalisé pendant son mandat. Au total, j’estime que nous autres qui sommes les élèves, les disciples et collaborateurs de Kérékou, n’avons pas le droit de continuer d’assister, indifférents ou passifs au spectacle de gâchis et de sabordage de l’œuvre immense réalisée par notre chef. Nous devons intervenir dans le débat national, organiser nos forces autour du profil qui paraît aux yeux de la majorité, le plus apte à assurer la relève et la continuité, et nous lancer dans la compétition, animés de la seule et saine ambition de gérer le pays comme nous avons appris à le faire, dans l’intérêt supérieur de la Nation.
Je suis en train de faire des consultations dans ce sens. Des mouvements, et des initiatives s’organisent dans les différentes régions, dans les différents départements ; vous en avez eu des échos. D’autres actions sont en cours. Cela participe d’une stratégie de concertation et d’ouverture. Dans cette entreprise, il faut une politique d’ouverture la plus large possible, qui doit inclure bon nombre de nos concitoyens qui sont aujourd’hui dans la mouvance, et qui, désorientés et perplexes sont en quête légitime de nouveaux repères face à l’imminence de l’enjeu, et à l’inéluctabilité de l’alternance qui s’annonce. Nous sommes ouverts à toutes les forces. Ce qui va l’emporter demain, ce n’est pas l’esprit partisan, mais l’esprit patriotique. Et l’histoire de notre pays a montré que jamais un parti politique n’a réussi à accéder à la magistrature suprême seul. Les enseignements de l’histoire constituent la meilleure source d’inspiration et d’action, pour avancer avec assurance et confiance vers 2011 qui marquera, j’en suis convaincu, l’avènement d’un nouveau chapitre de l’ère du Renouveau démocratique, dans notre cher et beau pays, le Bénin.
Réalisé par Affissou Anonrin et Herbert Houngnibo
Journal LA PRESSE DU JOUR 26/08/09