Chronique du jour: L’autre carte de Yayi
Sauf cataclysme politique et coup de tonnerre, le président Boni Yayi devrait être candidat à sa propre succession. La légitime ambition du renouvellement de mandat en 2011 nécessite du chef de l’Etat, leader charismatique des Cauris une course de fond soumise à des normes qui ne sont plus décrétées par les seuls arguments politiques. Le réchauffement des querelles entre camps antagonistes et la cristallisation des rancœurs anéantissent les possibilités de rapprochement murmurées et servies pour nourrir l’espoir des nouvelles noces du changement.Les faits et les derniers développements qui ont émaillé et rythmé la politique ces dernières semaines érodent dangereusement le capital politique acquis en mars 2006 par le chantre du changement plébiscité au second tour de la présidentielle. La signature du protocole d’union des G et F, récente salve de la troupe anti Yayi, consacre la naissance du bloc de l’opposition et écrase les songes ambiants dans la famille cauri et les allées de l’Umpp. Le Parti du renouveau démocratique (Prd), la Renaissance du Bénin(Rb), le Parti social démocrate (Psd), le Mouvement africain pour la démocratie et le progrès (Madep), et Force clé brandissent leur capuche viscéralement anti Yayi et une intention modelée de corriger le changement. Cette volonté est compatible avec le vent Tchané soufflant à intensité croissante. L’isolement politique du successeur du Général Kérékou semble se construire avec des matériaux inoxydables. Reste, Force cauri pour un Bénin émergent (Fcbe), en proie à une saignée, et la nouvelle Umpp hybride pour hisser l’étendard du changement.
Pour façonner le cours des évènements et se forger un destin lumineux en 2011, Boni Yayi doit s’offrir d’autres munitions et surfer sur le travail de développement. La classe dite Vieille garde a des comptes à régler avec un pouvoir du changement froissé par le doute malgré le rayonnement de l’hyper présidence et l’intarissable énergie du locataire de la Marina. Le chef de l’Etat peut puiser dans une inspiration moins politique pour espérer endiguer l’envolée des G et F. Les efforts liés à la quête de l’émergence ont besoin de la méthode pour produire de l’efficacité et légitimer le rêve de changement. Le lot des réalisations crédite le pouvoir de la foi et de la détermination à soigner le visage de la République. Les bons soins à Cotonou, la vitrine du pays, n’attendent qu’une contagion des actes en vue de l’accomplissement de la révolution des infrastructures.
Mais le scandale de la Cen-sad a détrempé le bilan crâneur exhibé dans la lutte contre la corruption et terni l’image d’un régime censé marquer la rupture. Le détournement vertigineux de milliards a mis les moralistes du changement sur la sellette. Boni Yayi doit s’efforcer de rassurer la nation vexée et maintenant frappée de scepticisme quant à l’avenir d’une guerre inaugurée contre le fléau de la corruption par une marche verte inédite.
Le chef de l’Etat mis en difficulté sur le terrain politique avec l’avènement de l’immense regroupement des G et F, peut conjurer le mauvais sort en s’armant d’un bilan économique séduisant pour les masses. Certes la carte du bilan n’a pas toujours suffi à gagner une présidentielle mais il vaut mieux ne pas faiblir à ce niveau quand politiquement la situation est déjà compliquée. Yayi n’a pas encore épuisé ses cartouches.
Sulpice O. Gbaguidi
Journal FRATERNITE 08/09/09
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