Présidentielle de 2011: « Il faut changer le Changement » dixit Pascal Fantodji

Publié le par MJPAC-ABT

Le premier secrétaire du Parti communiste du Bénin ( Pcb) a adressé une lettre ouverte aux responsables d’organisations patriotiques le 7 septembre 2009. Après avoir fait l’histoire politique du Bénin depuis les indépendances à ce jour, monsieur Pascal Fatondji a profité de l’occasion pour faire le procès du régime du Changement, ainsi que celui du général Mathieu Kérékou. Lire l’intégralité de sa lettre
PARTI COMMUNISTE DU BENIN (PCB) 01 B.P. 2582 Recette Principale Cotonou (Rép. du Bénin) Tél. : 21 35 02 95

Pascal Fantodji 1er Secrétaire Cotonou, le 7 septembre 2009

ADRESSE AUX RESPONSABLES D’ORGANISATIONS PATRIOTIQUES ET AUX PATRIOTES Responsables d’organisations démocratiques de masses : (Syndicats, Confédérations syndicales, Unions paysannes, Organisations d’artisans, de pêcheurs, de chasseurs, de jeunes, de femmes), Intellectuels traditionnels (hounon, amanon, bokonon), Responsables des ordres de la démocratie révolutionnaire du pays,

Camarades et amis,

Chers compatriotes,

Si je vous écris sur un ton solennel, c’est qu’autour de nous des réflexions se font à haute voix au sujet du sort du pays qui serait à terre. On parle d’une crise politique et sociale qui secoue notre pays. On avance des désirs de solution émanant de voix qui s’élèvent ; on se demande ce qu’il faut faire et comment faire ? En effet, c’est connu de tout observateur, même extérieur, de la vie politique au Bénin que depuis bientôt deux ans, notre pays est plongé dans une crise qui s’approfondit chaque jour davantage. Cette crise est politique, institutionnelle, économique, sociale et surtout éthique et morale. Le parlement tourne à vide, des sessions entières se tiennent sans le vote de la moindre loi, il produit du vide ; la cour constitutionnelle a perdu toute crédibilité car ses arrêts sont rejetés et/ou non exécutés par le gouvernement ou le parlement ; l’administration est régulièrement secouée par des mouvements protestataires des fonctionnaires. Le gouvernement est empêtré dans ses propres contradictions et les effets en retour de la tendance fasciste de son chef à contrôler tout et tout le monde. Ce ne sont plus des murmures que l’on entend de partout contre le pouvoir de Boni Yayi, mais ce sont des désaveux publics que subit désormais le Chef de l’Etat dans les rencontres provoquées par lui-même avec les couches sociales. Que ce soit avec les douaniers le 23 juillet, les enseignants au stade de l’Amitié le 7 août, avec les responsables syndicaux au palais de la République le 29 août 2009, les rencontres se terminent par l’expression verte et forte du rejet de ses messages et politiques avec souvent la bousculade du protocole corseté mis en place pour contenir cette expression. Il n’est pas jusqu’avec les forces armées ou de sécurité (gendarmerie et police) où Boni Yayi n’a pas subi l’expression de ce que le peuple pense de lui et de sa politique : le dégoût et le rejet. Il faut changer "le changement", c’est ce qui s’entend jusque dans les institutions d’Etat, donnant raison aux masses populaires dont la conviction semble définitivement établie à ce sujet. On se trouve à un tournant.

Je me suis dans des circonstances pareilles par le passé adressé au peuple pour lui indiquer les voies les plus rapides et autant que possible les moins douloureuses afin qu’il sorte des tournants à son propre profit. La première fois, en 1986, je ne peux pas assurer que nous avons su bien mesurer l’ampleur de ce qu’il fallait objectivement et subjectivement au peuple. Des leçons ont été tirées depuis, et je peux affirmer aujourd’hui que les conditions objectives ont beaucoup mûri et que subjectivement la conscience anti-impérialiste s’est largement accrue. Mon parti le PCB (anciennement PCD) avait entrepris dès sa fondation une étude des réalités économiques et sociales dont les premiers résultats débouchent sur cette conclusion naturelle que l’émancipation de nos peuples se fera avec des révolutions successives dont la première est une révolution nationale démocratique populaire et anti-impérialiste (RNDPA). On peut y ajouter des révolutions à mi-chemin, des révolutions avortées ; il s’est toujours agi de prémisses pour la RNDPA. Mon discours a consisté à chaque fois, avec une analyse du mouvement d’ensemble, à préciser les objectifs, indiquer les cibles, signaler les obstacles à surmonter pour ouvrir la voie à l’émancipation, préalable au développement accéléré et harmonieux du pays. Le peuple exprime de mille manières le caractère arriéré de notre pays indiquant que les pouvoirs qui se sont succédé à la tête de l’Etat depuis 1960 ne sont pas fondamentalement différents les uns des autres dans leur dévotion aux puissances étrangères, leur gloutonnerie dans le pillage des ressources publiques, dans la gabegie. Les cibles les plus précises de la RNDPA pour l’émancipation populaire peuvent être définies en parcourant comme une histoire des différents chefs de gouvernement du pays depuis 1960.

Nous pouvons situer ces cibles de la RNDPA au Bénin à partir du gouvernement de Emile Derlin ZINSOU jusqu’à nos jours pour la simple raison que les anciens présidents avant lui ont déjà disparu et que leurs bases se sont étiolées jusqu’à extinction complète. Ceux qui peuvent encore s’en réclamer se distribuent dans divers partis autour d’hommes plus jeunes. Les pouvoirs successifs sont par conséquent ceux de Zinsou, Kérékou1, Soglo, Kérékou2, Kérékou3, Boni Yayi. Le Directoire militaire entre Zinsou et le Conseil Présidentiel est relativement insignifiant en terme de fonctions politiques d’ensemble. Cependant, le HCR (Haut Conseil de la République) de la période de transition Kérékou-Soglo avait cette particularité qu’il devrait dans l’intérêt stratégique des impérialistes, accorder l’immunité à Kérékou avec la toute puissance du grand prélat intrigant Isidore de Souza. Au regard de la liste des pouvoirs successifs, la fréquence de Kérékou au pouvoir est la plus nombreuse et la durée de sa première occurrence au pouvoir est particulièrement longue et ceci n’est certainement pas par hasard. Il conviendrait d’examiner le volume et l’extension des réseaux animés par cet homme et l’expérience qu’il en a tirée tant pour lui-même que pour les puissances extérieures qu’il sert. Il est certain que tous ces hommes sont de la haute bourgeoisie vivant en parasites du capital d’Etat et au service des puissances impérialistes surtout occidentales, France, Allemagne, Belgique, etc.

1 Les masses populaires au Dahomey d’alors ont senti confusément assez tôt que le pouvoir à l’issue de l’indépendance proclamée en 1960 était néocolonial. Aussi les organisations démocratiques de jeunes et de travailleurs poursuivirent-elles leurs combats. Mais des révolutionnaires dignes de ce nom n’existaient pas en quantité et en conscience pour comprendre qu’il leur fallait créer le Parti de professionnels de la révolution ayant pour tâche d’éclairer les combats et triompher. Le pays connaîtra un défilé rapide de pouvoirs jusqu’à celui de Zinsou en 1968. Ce dernier se révéla un tyran décidé à en finir avec la démocratie populiste. La répression sauvage d’élèves, d’étudiants et de travailleurs grévistes, le perfectionnement de la police politique, la formation d’escadrons de la mort avec l’aide de régimes sanguinaires comme celui de Mobutu pour l’assassinat d’adversaires politiques voire des membres de leurs familles, tels sont les hauts faits d’armes du gouverneur Zinsou. La résistance héroïque du peuple envenimant les contradictions internes à la haute bourgeoisie sonna le glas de ce premier gouvernement tyrannique sans que celui-ci soit passé au jugement ni au châtiment pour ses crimes. La démocratie populiste a poursuivi son développement jusqu’au GMR de Kérékou. Au cri de ‘vive la révolution’ à son avènement en 1972, des pans de populistes ainsi que des arrivistes de tout poil accoururent pour offrir leurs services à Kérékou. Ce dernier a vite pris goût aux manigances, aux complots pour savoir opposer ses courtisans les uns aux autres en sachant qui abattre pour détenir toutes les cartes en mains tout en rassurant les milieux impérialistes de sa loyauté envers eux en tant qu’« ancien officier français » (sic).

Les masses populaires, en ce qui les concerne, ne se contentaient pas des slogans et n’en avaient pas pour leur compte. Elles continuaient leurs exigences pour davantage de libertés et contre la domination étrangère. Faute de pouvoir récupérer le mouvement démocratique, Kérékou s’est donné pour tâche de le réprimer. La JUD (Jeunesse Unie Anti-impérialiste du Dahomey) ainsi que l’UGEED (Union Générale des Elèves et Etudiants du Dahomey) et le FACEEN (Front d’Action Commun des Elèves et Etudiants du Nord) furent interdits en 1974. L’organisation unitaire des travailleurs, l’UNSTD (Union Nationale des Syndicats des Travailleurs du Dahomey) est attaquée par le pouvoir avec les services de Romain Vilon Guézo qui s’empara de sa direction en avril 1975. Ces exactions poussaient le mécontentement populaire à l’exaspération. Des grèves de travailleurs se programmaient.

C’est dans ces circonstances qu’en juin 1975, Kérékou, sous le soupçon d’un coup d’Etat contre lui, assassina froidement son ministre de l’intérieur, Michel Aïkpé, exposa son cadavre au public et maquilla le crime par des mensonges et une mise en scène des plus nauséeuses. Le peuple découvrait qu’il y avait à la tête de l’Etat un monstre sanguinaire. L’exaspération populaire éclate en révoltes contre l’horreur : grèves de travailleurs à l’appel de dirigeants syndicaux, soulèvements populaires à Cotonou, Abomey. .. Kérékou mata le mouvement dans le sang. Il ordonna de tirer à vue et sans sommation sur tout manifestant et l’on tira effectivement sur des manifestants inermes occasionnant de nombreux morts. Une chasse à l’homme est lancée contre les responsables syndicaux ou d’organisations de masse protestataires : beaucoup sont arrêtés et jetés au bagne (à Dodja), d’autres condamnés à être ramenés morts ou vifs, poussés ainsi à l’exil forcé. La démocratie populiste est défaite.

Cette défaite de la démocratie populiste enseigna à sa fraction la plus consciente, la nécessité du Parti communiste pour organiser la résistance et la victoire du peuple sur ses ennemis. Elle se mit résolument à sa création. Dans le souci de ne rien perdre de la richesse en termes d’hommes, et d’expériences du passé populiste, cette fraction mit en place en 1976 l’UCD (Union des Communistes du Dahomey) dont l’objectif synthétisé en mot d’ordre public a été « rassembler les marxistes-léninistes pour créer le parti de la classe ouvrière et unir le peuple ». Avec l’UCD, le cadre pour la révolution est fixé. Dix-huit mois plus tard, ce cadre, l’UCD, se déploiera en sa forme définitive, le Parti Communiste du Dahomey (PCD), aujourd’hui Parti Communiste du Bénin (PCB).

Le mouvement communiste devint dès sa proclamation, la cible principale de la cruauté du monstre sanguinaire Kérékou. Chaque mouvement de résistance du peuple accroissait la furie de la bête monstrueuse qui fulmine de rage. La police politique est étendue et perfectionnée, l’armée est mobilisée contre cet ennemi intérieur. Non seulement les commissariats et les prisons, mais toutes les casernes à travers le pays sont transformées en camps de concentration de prisonniers politiques. Un dense réseau d’auxiliaires de la police, de mouchardage et de délation est tissé avec le Parti-Etat PRPB et ses organisations fascistes : OJRB (Organisation de la Jeunesse Révolutionnaire du Bénin) de Houdou Ali, OFRB (Organisation des Femmes Révolutionnaires du Bénin) de Karimou Rafiatou, l’UNSTB de Vilon Guézo, le MRU (Mouvement Révolutionnaire Universitaire) des Lazare Sèhouéto et autre Eric Houndété. Ces réseaux de mouchardage et de délation sont ramifiés jusqu’aux niveaux des villages et quartiers de ville au fur et à mesure que se développait la chasse démentielle du despote contre les militants du Parti communiste. Tout cela convergeait vers le Petit palais, haut lieu de la torture d’où Kérékou commanditait les crimes les plus abominables : arrestations, tortures et emprisonnements de milliers d’élèves, d’étudiants, de paysans, d’artisans, de fonctionnaires ; condamnations à exils volontaires ou forcés de milliers d’autres ; mise à prix publique de la tête de responsables étudiants (Issifou Alassane, Thérèse Waounwa… en 1985), tueries ou assassinats sous la torture de jeunes scolaires et étudiants (Atchaka Parfait à Cotonou en 1985, Akpokpo-Glèlè Rémy en 1988, Luc Togbadja en 1989, etc.) dont les sangs frais versés continuent de crier vengeance. 2 Le Bénin est un pays multinational en ce sens qu’il y cohabite des territoires aux parlers différents véhiculant des cultures particulières. Une étude de l’histoire culturelle de ces peuples permet de distinguer quatre groupes : le groupe Volta-Gur dans le nord-est, le groupe Wassangari dans le nord-ouest et la Donga, le groupe Yoruba-Nago au centre et au sud, le groupe des royaumes et ressortissants originaires de Tado au sud et au centre également. Ces groupes comportent des sous-groupes correspondant chacun à un territoire à parler dialectal et à une culture particulière. Ces groupes et sous-groupes ont élaboré au cours de leur histoire des codes d’éthique, d’honneur et de bravoure, des sortes d’ordres à la manière chevaleresque sous le Moyen-Age européen ou asiatique, ordres contrôlés par des dignitaires, intellectuels traditionnels. Le pays Agonlin avec son collège de divers dignitaires autour du Gbanhounkponon, responsable suprême de l’ordre et de la quiétude physique et morale, offre le modèle le plus achevé qui peut servir au perfectionnement organisationnel des sous-ordres dans le pays. Aujourd’hui, mon parti aide les différents sous-groupes à se doter chacun de son Gbanhounkponon. Quelle région du pays, voire quelle famille n’a pas connu un de ses fils, proche ou lointain, victime de la tyrannie de Kérékou ? C’était une calamité nationale. Des études compromises à jamais, des carrières brisées, des trajectoires de vie perturbées pour ceux qui ont survécu avec des séquelles sur eux, leurs parents et enfants. Une enquête sommaire (ou la longue liste – non exhaustive des réprimés- des amnistiés de 1989-1990) indiquerait bien que des milliers de familles et toutes les régions du pays ont pleuré et continuent de souffrir des malheurs et traumatismes causés par cet homme. Chacun des sous-ordres du pays connaît de nombreuses victimes de la répression et des fils martyrs avec le régime exécré de Kérékou. Le peuple avec le Parti communiste en tête a lutté pour le renversement de l’autocratie, le jugement et le châtiment des tortionnaires et de leurs commanditaires de même que celui des pilleurs de l’économie nationale, coéquipiers de ces derniers. Avec le Parti communiste en tête l’assaut fut donné à ce pouvoir exécré qui fut renversé en décembre 1989. La révolution avait éclaté.

3 Le Parti communiste pouvait arriver au pouvoir seul si son organisation était suffisamment puissante et suffisamment large à la chute de Kérékou1 en 1989. Sinon, il lui fallait une alliance avec les organisations au pouvoir s’il y en a et si celles-ci le désiraient pour une cause populaire avouée et assurée : condamner à tout prix la tyrannie de Kérékou1 et réhabiliter les réprimés de son régime en demandant aux communistes de développer leurs initiatives de construction populaire du pays. Il n’en fut pas ainsi. L’organisation des communistes n’a pas été suffisamment puissante et large pour contenir et endiguer les louvoiements de la petite bourgeoisie notamment dans sa couche intellectuelle trop peu consciente du phénomène impérialiste et dans ce contexte de la contre-révolution mondiale. Les larges couches des intellectuels traditionnels, les plus intéressés dans la défense de leur culture, n’étaient pas atteintes par le mouvement. L’impérialisme sous le commandement de François Mitterrand a pu mobiliser toute la haute bourgeoisie et se faire aider de la haute hiérarchie cléricale pour arrêter la révolution et sauver le système tyrannique. Telle est la seule et véritable signification de la conférence des forces vives de la nation pour laquelle des agents de l’impérialisme connus de longue date, tels un Robert Dossou ou un Théodore Holo ont donné la pleine mesure de leur haute trahison des intérêts de la patrie. Soglo est propulsé au pouvoir. Une constitution apatride avec le droit d’intervention de forces étrangères dans notre pays est bureaucratiquement élaborée et imposée au peuple dans la terreur. Le jeune Maurice Dansou est assassiné en avril 1989 à Djakotomè pendant que la chasse était donnée aux Comités d’action. Sègla Kpomassi est fusillé en plein marché d’Azové en septembre 1990 à la veille du référendum constitutionnel. Une immunité personnelle est accordée au tyran Kérékou. L’impunité est légalisée, pense-t-on pour ensevelir à jamais les plaintes des victimes de la répression et étouffer les gémissements des âmes en peine. Les rapports de la commission mise en place par le pouvoir (Commission dite Mayaba) pour connaître des faits de tortures et qui recommandaient la saisine des tribunaux par l’Etat pour le jugement des tortionnaires identifiés ont été ignorés. Soglo poursuivit la chasse aux communistes, avec des procès iniques, des états de siège de régions entières, des assassinats politiques. Soglo ne proposa une alliance politique avec le Parti communiste en 1995 que quand il vit tous les autres clans de la haute bourgeoise coalisés pour lui barrer la voie d’un second mandat. Fallait-il refuser ou accepter une telle alliance politique avec le parti ‘La Renaissance du Bénin’ au pouvoir ? Il fallait l’accepter pour les objectifs cités plus haut et confirmés directement à Soglo lui-même par d’illustres dirigeants rompus à la lutte révolutionnaire en Afrique comme Nelson Mandela et Joaquim Chissano ; (je le tiens de Soglo lui-même). Mais Soglo ne voulut pas, dans la mise en œuvre de l’alliance, d’un combat pour dessoucher les racines de la tyrannie, ni laisser les coudées franches aux communistes pour le développement des initiatives de construction populaire du pays. Ainsi, faute d’un allié de trempe, il fallait au Parti Communiste attendre des conditions meilleures en sachant que subjectivement un travail restait à faire et qu’il fallait correctement définir.

4 La situation précédente a permis à Kérékou de maintenir ses réseaux de hauts bourgeois et de police politique dont il savait tirer les ficelles pour faire mouvoir les hommes. Autrement dit, Soglo n’ayant pu entamer la base de développement de la tyrannie a laissé intacts les réseaux de Kérékou en essayant péniblement de construire le sien propre. Ces réseaux avaient accumulé des renseignements sur les faits de corruption, de crimes politiques et de pratiques douteuses de tous les hauts bourgeois et Kérékou pouvait de façon machiavélique faire chanter un tel, menacer un autre, organiser la fraude et la souillure à travers ses réseaux de délégués des villages et quartiers de ville demeurés intacts. Soglo a ainsi fait le lit de Kérékou2 qui put sans peine rassembler tous les autres hauts bourgeois contre lui et le chasser du pouvoir. Sa faute fatale, selon ses propres confidences à nous relatives aux observations à lui faites par Mandela et Chissano, est claire et sans équivoque : n’avoir pas conclu et développé dès son accession au pouvoir une alliance du genre cité plus haut avec le Parti communiste. Il est ainsi reconnu de par le monde démocratique, en Afrique tout au moins, que sans dessoucher la tyrannie, point de progrès possible et que l’action du Parti communiste est, à cet effet, indispensable. Avec Kérékou2, la mafia est revenue au pouvoir, plus arrogante, plus vorace. Avec son nouveau manteau, la toge de pasteur, le vieil autocrate pouvait ricaner du sort du peuple, tel un monstre devant sa proie, dans des propos cyniques où il feint de ne jamais rien savoir. Les anciens tortionnaires Azonhiho, Patrice Houssou Guêdè, reprennent du service et sont promus. Des voyous et délinquants (Gbadamassi, Saley et autres éléments du groupe dit aujourd’hui du G13) se voient céder gratuitement des pans entiers du capital d’Etat où ils peuvent en un tour de mains amasser des fortunes colossales. Les chefs des anciens réseaux de mouchardage à l’université, Sèhouéto Lazare, Eric Houndété, etc., peuvent se livrer à des trafics de toutes sortes au sommet des ministères où ils sont nommés. D’autres jeunes agents du capital financier sont promus tels un Bio Tchané pour favoriser le pillage des ressources. Le pays fut livré à la déprédation de tous les hauts bourgeois et des pires escrocs. Kérékou sut utiliser et jouer tour à tour tels des pantins ses alliés, Zinsou, Houngbédji et Tévoédjrè, Bruno Amoussou et Fagbohoun. Il érigea l’IGE (Inspection Générale d’Etat) pour terroriser ses adversaires hauts bourgeois éventuels ainsi qu’une cellule dite de moralisation de la vie publique pour couvrir toutes ses forfaitures. Il put se succéder à lui-même en 2001 après une des élections présidentielles les plus frauduleuses contre Soglo et les autres candidats. Le règne de Kérékou3 fut un des plus désastreux avec des scandales tout au long. Mais, il savait toujours tenir en respect tous les hauts bourgeois. Houngbédji n’avait de cesse de lui déclarer son allégeance. Soglo s’est finalement soumis à lui dans une repentance publique. Seule la démocratie révolutionnaire avec le PCB au centre a poursuivi la dénonciation du vieil autocrate et fait écho conséquemment des révélations des scandales sous le règne de Kérékou2 et Kérékou3 : affaire Bêta, vente avec la couverture d’un Bio Tchané de la Sonacop à Séfou Fagbohoun avec l’argent de la Sonacop, affaire des 70 milliards, affaire Titan, affaire Hamani, etc. Le PCB soutint la résistance du peuple contre un troisième mandat consécutif de l’autocrate en 2006. Mais ce dernier a su décider et réaliser avec ses réseaux l’arrivée au pouvoir de Boni Yayi.

5 - Boni Yayi, arrivé au pouvoir avec le soutien et la bénédiction de Kérékou se trouvait dans un dilemme : prôner le changement d’une part et sauvegarder les intérêts personnels du mentor de l’autre. Il fallait au nouveau serviteur du capital financier au pouvoir se constituer son propre réseau qu’il se mit fébrilement en quête de construire avec les transfuges des autres partis pour ses Forces Cauris. Ont accouru à ces réseaux de Boni Yayi, des rejets du PCB tels un Magloire Yansunnu depuis longtemps connu comme membre de groupes mafieux ou un Eugène Azatassou sans objectifs ni moyens d’un combat contre la tyrannie. Kérékou était en position de force suffisante pour continuer de placer ses hommes, un Félix Hessou au ministère de l’intérieur, les Yembéré, Elègbè Amos, Anne Adjaï Cica, Grégoire Laourou sans compter les Azonhiho et autres Houdou Ali qui se proclament de la mouvance présidentielle plurielle. Les autres alliances de hauts bourgeois, G4 et Force-Clé sont manipulables par l’intermédiaire des Lazare Sèhouéto, pendant que le G13 est constitué d’hommes qui vouent corps et âme leur dévotion au vieux tyran. L’opposition clamée de Kérékou à Boni Yayi ne concerne aucune exigence populaire. L’opposition, si opposition il y a, ne concernerait que les intérêts personnels de cet homme, comme par exemple le retrait à ses enfants de l’escorte des véhicules d’occasion, le changement de postes administratifs à des protégés ou des maîtresses contre son gré. Autres choses sont les intérêts du peuple dont les combats s’élèvent dans l’exigence de l’émancipation avec la réhabilitation des réprimés sous l’autocratie et le Renouveau, le jugement et le châtiment des tortionnaires, l’instruction de chacun et de tous en ses langues maternelles, l’autonomie administrative locale jusqu’au niveau du village et du quartier de ville, la probité et le patriotisme érigés en loi avec une nouvelle constitution.

6 Le pouvoir de Boni Yayi s’écroule sous le poids de sa politique nauséeuse dont les éléments sont particulièrement abondants et riches en couleurs et odeurs de dégoût pour les masses populaires. Il a déclaré vouloir s’inspirer du vieil autocrate, commanditant ou couvrant des tueries de paisibles citoyens, achetant le contrôle des médias, truquant des élections, rejetant les résultats des élections locales défavorables à son réseau des Cauris, organisant le pillage des ressources publiques pour se constituer un trésor de guerre pour les échéances présidentielles de 2011 ; et surtout tournant le dos à toutes les exigences populaires avec le bradage d’entreprises publiques à Bolloré et consorts, le maintien du système d’instruction néocolonial avec les NPE, l’impunité et la promotion des tortionnaires et des pilleurs de l’économie nationale. Ce pouvoir est à sa fin et toute rencontre de son premier chef avec des couches sociales tourne au désaveu et au rejet véhément. Il semble lâché par les milieux impérialistes qui lui reprochent fondamentalement son impuissance à sauvegarder leurs intérêts à terme et l’hebdomadaire français, le Journal du Dimanche a pu révéler « l’atmosphère de fin de règne » observée lors de l’une des dernières visites de Brice Hortefeux à son cher Boni Yayi à Cotonou. Cette situation est perçue par le pouvoir lui-même qui prêche en anti-patriote, la vie dure à son peuple et à son prochain président. Kérékou, bien au courant de tout cela et travaillant pour les puissances impérialistes occidentales, françaises et allemandes notamment, peut chercher à jouer, s’il ne joue déjà pour un homme pro-impérialiste comme lui. Il peut décider de soutenir Boni Yayi si cela va dans ses intérêts égoïstes et celui de ses maîtres contre la reddition complète de ce dernier à ses exigences. Mais tel ne semble plus être le cas pour le moment. Il s’agirait certainement à l’heure actuelle d’un autre élément pour lequel Kérékou aurait la garantie du soutien des G4, G13 et Force-Clé et partiellement des forces de la mouvance Cauris dont on sait qu’elles sont truffées d’éléments de son réseau. La publicité tapageuse pour un Bio Tchané n’est certainement pas orchestrée en dehors des éléments du réseau de Kérékou qui peut décider à la fin et au moment opportun d’abattre ses cartes pour la perpétuation de la tyrannie et de l’impunité dans le pays. Au total, Kérékou, le plus criminel politique connu après l’indépendance, demeure le centre des complots pro-impérialistes contre l’émancipation des peuples du Bénin et doit être reconnu comme tel. Ainsi donc, thèse constitutionnelle n° 15 : le peuple pour son émancipation doit ôter immédiatement l’immunité à Kérékou et le juger pour ses crimes.

Ce dernier nous l’enseigne lui-même lorsque recevant à l’époque son immunité et comme par certitude de la perdre un jour, il s’écriait : ceci n’est que provisoire, il suffit qu’un chef d’Etat décrète de la fin de cette immunité pour qu’elle soit supprimée. L’actuel président de la République nous semble incapable de prendre un tel décret. Cependant le peuple doit le lui exiger, et s’il s’entête à ne pas le faire, lui donner un délai le plus court possible pour se mobiliser et décider de lui-même la suppression de tous les pouvoirs à ces mafiosi de l’ignoble Kérékou. Et c’est constitutionnel ! bien qu’une autre constitution soit expressément exigée.

7 - Mon parti, le PCB, faisant la critique rigoureuse du mouvement en a décelé la faiblesse de conscience anti-impérialiste et surtout culturelle et intellectuelle. Il a su, pour surmonter ces faiblesses, nouer une alliance avec tous les autres matérialistes militants dans une organisation pour l’instruction et la recherche, l’INIREF (Institut International de Recherche et de Formation). Ceci a permis à de nouvelles couches populaires, les intellectuels traditionnels, attachés à leurs cultures et intéressés à leur libération du joug linguistique et culturel étranger, de se joindre au mouvement émancipateur, lui conférant une profondeur et une largeur certaines dans le combat contre les intellectuels et autres rois voyous. Les travailleurs salariés ont également, dans l’espace, fait l’expérience directe de l’impérialisme avec les PAS et ses variantes que sont les Stratégies dites de croissance pour la réduction de la pauvreté sous les diktats du capital financier, le FMI, la Banque Mondiale, etc. L’éthique de bon aloi et la probité s’enracinent à ces pôles révolutionnaires tranchant avec la boue de plus en plus épaisse de corruption, de mensonges et de coups bas dans laquelle pataugent les hauts bourgeois et qui vaut à chacun de leurs éléments les décorations distribuées à la pelle par Boni Yayi à l’exact opposé des sous-ordres patriotiques et révolutionnaires qui honorent avec leurs décorations les pionniers des luttes pour les libertés, victimes de la répression sous Kérékou1 et les pouvoirs du Renouveau. Ce qui manquait au mouvement est aujourd’hui comblé. Le prochain pas en avant véritable ne peut se traduire que par l’érection, dans une nouvelle constitution, de la probité et du patriotisme en loi. Ce nouveau pas est impossible avec l’impunité des crimes politiques dont le plus grand auteur et commanditaire est Kérékou. Ce nouveau pas naturellement appelé exige la destruction de Kérékou en tant que force politique ainsi que ses réseaux. Le mot d’ordre de l’heure est par conséquent le jugement de Kérékou et de ses crimes. Il serait évidemment anti-éthique et ridicule de brandir une certaine immunité accordée au despote contre un tel jugement. Seul un tel jugement mettrait le peuple en face de sa propre histoire réelle, permettra de déraciner l’horreur et le crime des mœurs politiques béninoises, d’apporter un soulagement aux familles et aux populations meurtries et enfin sur le plan spirituel d’apaiser les âmes qui, autrement, ne peuvent cesser de crier vengeance ! On pourra après cela, purifier notre terre pour qu’elle produise du beau, du noble et du magnifique resplendissant. C’est pourquoi, j’invite les révolutionnaires de chaque sous-ordre avec son Gbanhounkponon et ses conseillers à aider à organiser le jugement des tortionnaires avec :

1°- l’exigence de la réhabilitation des victimes des répressions sous Kérékou et les autres pouvoirs avec le dépôt d’une plainte auprès des tribunaux dans les plus brefs délais,

2°- l’exigence du jugement et du châtiment des tortionnaires et autres criminels politiques et leurs commanditaires, identifiés par enquête avec les crimes relevés au premier point avec au besoin l’ouverture immédiate d’assises extraordinaires.

J’avais à maintes reprises, et notamment avec le ‘dossier du 14 septembre 2006’ de la démocratie révolutionnaire transmis par mes soins, soutenu ces exigences auprès de Boni Yayi et des institutions d’Etat. Le Chef de l’Etat tient maintenant peut-être une de ses dernières chances de se réhabiliter quelque peu aux yeux du peuple en facilitant l’enrôlement et l’examen rapides des plaintes déposées. Du reste, nous croyons savoir que c’est ce que demandaient depuis longtemps des commissions administratives telles la commission dite Mayaba qui dans ses rapports disait explicitement : « Si les victimes de torture elles-mêmes ou leurs ayants droit ont le droit de porter plainte, ce que certains ont déjà fait avec succès, l’Etat qui a connaissance de l’existence des faits criminels à travers une enquête administrative a lui aussi l’obligation d’engager des poursuites judiciaires pour permettre la répression de ces actes. Il s’agit de l’exercice de l’action publique qui est une prérogative de l’Etat à laquelle il ne peut déroger ». Le gouvernement de Boni Yayi est par ailleurs régulièrement interpellé par le Comité contre la torture de l’ONU sur le sort réservé aux criminels politiques et aux victimes de ces derniers. Des assises spéciales seront certainement nécessaires et devront être programmées dans les plus brefs délais par Boni Yayi dans son rôle de Premier magistrat pour faire passer ces criminels à la barre. Le Bénin pourra ainsi répondre honorablement aux interpellations légitimes signalées ci-dessus. En tout cas, nous demandons au peuple de se lancer dans cette œuvre salvatrice et de purification de notre chère patrie afin que les graines de nos combats donnent bientôt des fruits en quantité et de grande et haute qualité.

Pour le Bureau Politique du PCB et p.o Le 1er Secrétaire
Pascal FANTODJI

Journal 24 HEURES AU BENIN 14/09/09
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Publié dans Politique nationale

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