Chronique du jour: La mort de l’adultère ?

Publié le par MJPAC-ABT

Une décision de la Cour constitutionnelle fait actuellement débat. La Haute juridiction a en effet déclaré contraires à la constitution du 11 décembre 1990, les articles du code pénal en vigueur au Bénin, réprimant l’adultère. Se fondant sur le principe constitutionnel d’égalité entre les sexes, les sages ont desserré l’étau punitif à l’encontre de l’adultère en prononçant le même traitement pour la femme et l’homme. La cour rejette la répression discriminatoire de l’adultère. Avant cet arrêt révolutionnaire de la Haute juridiction, le diktat du mâle donnait sa couleur aux textes. La femelle injustement appelée " sexe faible " était alors autrement sanctionnée que l’homme. Elle est plutôt condamnée à une peine privative de liberté au moment où le sexe fort ne peut se soucier que d’une amende. Le prix à payer pour l’adultère diffère selon qu’on soit homme ou femme. Et plus anecdotique, tout adultère de l’homme n’est pas délictueux alors que celui de la femme l’est en tous lieux. Le mâle adultère n’est reconnu coupable que s’il consomme l’acte dans la maison conjugale. La Cour constitutionnelle de Robert Dossou vient en fait de réparer une injustice avec la dépénalisation de l’adultère.
Mais cette décision, quoique motivée par un souci de justice et d’équité, peut susciter de grands bouleversements sociaux. Le chroniqueur, sans vouloir susciter la polémique et paraître phallocrate, préfère s’occuper des vagues de l’adultère au-delà de la bataille juridique qui bonifie les passions.
Ce que Jean Jacques Rousseau appelle " le devoir d’une éternelle fidélité " est de plus en plus bousculé dans la vie conjugale. Les relations multiples au nom de l’accomplissement personnel mettent les couples à l’épreuve. Notre société chante au quotidien le refrain de l’adultère. Elle s’offusque drôlement quand elle découvre la femme au cœur de l’infidélité et crie au scandale. La gent féminine fait recours à une exceptionnelle hypocrisie pour vivre l’émotion de la clandestinité avec des lueurs de satanisme. Les pauvres cocus abusés jusqu’à la moelle des os sont abandonnés à leur destin. Nous sommes devant ce que la psychanalyse appelle un phénomène pulsionnel. " Ne jetez pas la pierre à la femme adultère " plaide le parolier et chanteur français Georges Brassens. L’homme, peut-être champion de l’adultère, bénéficie de l’excuse voire de la protection de notre culture. Au bureau, à l’hôtel, dans les chambres de passe ou même dans des lieux peu recommandables, l’homme pressé par la libido se laisse aller à l’acte. Certains sacripants s’offrent la vilenie de trimbaler le fruit défendu dans le lit conjugal pour la consommation de l’adultère. En labourant le champ d’autrui avec une espèce de déchaînement de l’envie, l’homme avive constamment le désir et fait fleurir l’immoralité. On défait pagne ou on descend jupe à la femme de l’autre. L’adultère n’est cependant pas gratuit.
Ce fléau des escapades de femmes et d’hommes mariés a des causes concomitantes dont la routine, l’usure de la très longue vie en couple, l’incurable fantasme de jouir avec un autre, le manque d’attention et surtout l’insatisfaction sexuelle. Mais la situation devient beaucoup plus compliquée avec les hommes insatiables ou les nymphomanes. La boulimie sexuelle se retrouve souvent dans les mailles de l’adultère. Les vicieux de naissance n’ont pas la notion de fidélité.
L’adultère n’est pas l’affaire d’une couche sociale. On connaît les aventures de Napoléon III, une vingtaine de maîtresses pour Henri IV. François 1er a même fait construire le château de Chambord à l’une de ses maîtresses. On a en mémoire les révélations de Jennifer Flower, Paula Jones et l’affaire Lewinski. Les fêtes orgiaques de Berlusconi avec les femmes rétribuées pour les services sexuels ainsi que les relations de " Papounet " avec la jeune Noémie Letizia et la question du divorce de Veronica, l’épouse du président du conseil italien. Inutile d’étaler les frasques sexuelles de certains de nos dirigeants sur le continent noir.
L’adultère pose un problème moral. La religion ne fait pas de concession à ce mal. " Tu ne commettras pas l’adultère " C’est le sixième commandement de Dieu, selon les Saintes écritures. Il est lourdement puni par l’islam. L’adultère est dans certains pays, comme l’Indonésie (dans la province d’Aceh) passible de la lapidation à mort.
Pour en revenir à la décision de la Cour constitutionnelle, j’espère qu’elle ne sera pas une incitation à la débauche dans notre Bénin en perte de repères moraux. Mais la vaste blague de la Cour et la dépénalisation n’empêcheront pas la sorcellerie de punir l’adultère. On ne doit pas l’oublier. Avis à ceux qui font la chasse aux femmes d’autrui.

Sulpice O. Gbaguidi
Journal FRATERNITE 18/09/09
Publicité

Publié dans Autres articles

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article