Politique à l’ère de Boni Yayi: Les anciens révolutionnaires prennent en otage le Changement
Depuis trois ans, les Béninois constatent avec amertume le retour aux affaires des anciens barons du Parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB), ancien parti unique, au cœur du Changement. Ils renouent avec leurs vieilles habitudes et étouffent l’espoir du peuple. Amos Alègbè, Martin Dohou Azonhiho, Ali Houdou, Nazaire Dossa, Chidiac Lolo, et consorts. Voilà les noms donnant le vertige dans un passé lointain aux Béninois qui reviennent aux affaires sous le régime du président Boni Yayi.Ceux sont eux qui sont aux commandes. Ils ont réussi à asseoir leur influence sur le chef de l’Etat qui est apparemment obligé de les écouter, sous prétexte qu’ils ont de l’expérience politique. Aujourd’hui, c’est l’un des caciques de la révolution, Idrissou Ibrahima, qui est le porte-parole de l’Union de la majorité présidentielle plurielle (Umpp). Au sein de ce regroupement, il y a Amos Elèbgè, conseiller politique du président de la République, Martin Azonhiho et plusieurs autres barons de la révolution. Par leur magie, ils conduisent à leur manière la barque du Changement.
Par conséquent, ces transhumants de tous les temps ont damé le pion aux vrais acteurs du système qui avaient mouillé le maillot pour amener au pouvoir le président Boni Yayi en 2006. C’est ainsi qu’il y a de grands mécontentements au sein des Forces Cauris pour un Bénin Emergent (Fcbe) dont certains tels que Edgar Alia, André Dassoundo, Denis Oba Chabi ont une base électorale appréciable. Ces derniers sont en train de tourner définitivement dos au chef de l’Etat. En dehors de la déception générale ici et là autour de l’apôtre du Changement, le président Yayi est victime des manœuvres politiciennes de son entourage. Ces anciens révolutionnaires, ayant toujours dans leur sang le venin de la dictature, mettent en déroute le chef de l’Etat. On comprend maintenant les vraies raisons des dérives du pouvoir en place sur le terrain caractérisées par les violations de la Constitution, les propos guerriers et tribaux du ministre des Transports et des travaux publics, Nicaise Fagnon à Dassa-Zoumè et les élans fascistes du gouvernement. Face à cette situation, une question se pose : est-ce que c’est pour faire plaisir au président Mathieu Kérékou que les Béninois constatent cet état de choses ? Certainement oui, puisque le Général, même dans ses filaos, peut faire mal. Malheureusement, ce dernier ne cautionne pas les maladresses du pouvoir en place. Pour lui, il n’est pas question de faire le mélange des genres. Quand on est en démocratie, il faut respecter ses principes. Pour preuve, ses dix ans passés à la tête de ce pays ont redoré l’image du pluralisme politique béninois. Au total, le président Yayi est aujourd’hui l’otage de certains anciens révolutionnaires qui renouent avec leurs anciennes pratiques. La situation va de mal en pis.
Wilfrid Babatoundé
Journal 24 HEURES AU BENIN 27/05/09
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