ASSEMBLEE NATIONALE : Les soucis de Mathurin Nago
Le 26 Mai dernier, le bureau de l’Assemblée Nationale a estimé que le dossier de l’interpellation faite au gouvernement par les ténors de l’opposition parlementaire relative aux dérives du ministre Nicaise Fagnon, devait être étudié par la commission des lois. Désormais donc, celle-ci n’a que très peu de jours pour statuer et contraindre donc ipso facto, le Président Nago à se livrer à un rôle dans lequel il n’excelle pas : celui de se faire le catalyseur des rancœurs anti yayistes.Le Président de l’Assemblée Nationale, Mathurin Nago était absent du territoire national lors de l’interpellation adressée par certains députés à la personne même du Chef de l’Etat. C’était pour la première fois d’ailleurs depuis l’avènement des théoriciens du changement qu’une initiative parlementaire allait aussi loin dans l’audace. La violence des propos du ministre Fagnon avait, il est vrai, choqué le microcosme parlementaire, et placé la nation entière dans un contexte d’inquiétude quant à l’avenir du processus démocratique. C’est pour éclairer le peuple, et l’informer sur les vraies intentions du pouvoir que les ténors de l’opposition ont pris l’initiative de l’interpellation qui s’adresse directement au Chef de l’Etat censé pouvoir maîtriser ses troupes.
Absent donc du territoire national, Mathurin Nago n’a pu prendre à temps connaissance d’une interpellation qui eût fait venir à la « barre » ou le ministre concerné ou le porte-parole du gouvernement en lieu et place du Président de la République. Rentré au cours du Week- end dernier, toute porte à croire qu’il soit allé, sous la pression des médias et des courants politiques, dans le sens de la légalité au plan de la procédure. Le bureau de l’Assemblée Nationale s’est réuni et a décidé du transfert de l’interpellation à la commission des lois qui devra statuer, en raison de la requête en procédure d’urgence, le 2 juin au plus tard.
Situation Difficile
A partir de cette date, il sera difficile au gouvernement d’échapper à l’inévitable : la production de réponses claires aux représentants du peuple ; ou par la personne du ministre « gaffeur » qui voulait en découdre avec une démocratie dont il s’accommode mal des règles et de tout ce qu’elle autorise, ou par la personne d’un porte-parole qui serait un peu là comme le porteur de l’opinion présidentielle sur la sortie médiatique d’un ministre ultra zélé. Alternative difficile pour un Mathurin Nago qui aurait bien voulu faire avorter une situation dont il connaît d’avance la trame : la ruée des offensives contre le pouvoir, les répliques difficiles d’un fonctionnaire-ministre aux ordres, sur le règlement d’une faute qui lui sert peu d’arguments.
Le climat de conflit permanent qui oppose depuis un certain temps le gouvernement au parlement, ne se trouve pas arrangé par cette perspective nouvelle ; celle-ci s’inscrit d’emblée comme le projet d’affrontement entre deux institutions que plus rien ne rapproche. Mal servie par le sectarisme d’un président que l’on devine aux ordres d’un exécutif fondamentalement hégémoniste, l’Assemblée nationale trouve ici une fois de plus, l’espace d’expression d’une colère grandissante et d’un empressement à confondre définitivement un pouvoir qu’il proclame ennemi des libertés.
Philippe d’Almeida
Journal NOUVELLE EXPRESSION 28/05/09
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