Exorcisme politique : Boni Yayi et la malédiction de Jospin

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

Le goût de l’ailleurs est une marque de fabrique en vogue au Bénin où on n’hésite pas à adopter le style de vie et les symboles français. Je veux parler, entre autres, dans un langage singulier, du concept de majorité plurielle.
Confrontés au blocage parlementaire et social ainsi qu’à un climat politique des plus délétères, l’entourage immédiat et la courtisanerie mielleuse du pouvoir en place, donnent naissance à l’UMPP (l’union pour la majorité présidentielle plurielle). De l’avis de plus en plus de politiques et d’observateurs, l’Umpp est présentée comme une machine de guerre prête à broyer tout sur son passage. Moi je pense que l’Umpp ne sera qu’une grande force d’inertie au service d’intérêts égoïstes, une boutique à querelles de plus dont le peuple en a cure. Ce n’est pas une Union pour communément assurer l’exercice du pouvoir offert par le peuple en 2006 mais une Union juste pour reconquérir un électorat vacillant en vue d’assurer une réélection en 2011. Parbleu ! De quoi a besoin aujourd’hui un peuple averti, apeuré, affamé, assombri à cent pour cent plongé  de plain-pied dans les heurts et malheurs du quotidien ? De quiétude, du pain, de lumière, du travail, de paix et de la compassion. Nullement de tintamarres politiciens ni de gondoles propagandistes à près de 700 jours d’un scrutin dont la régularité semble déjà être compromise. D’aucuns, qui se foutent royalement des préoccupations du peuple, pensent que cette initiative Umpp va aider à fertiliser le terrain pour la réélection en 2011 du président Yayi Boni. Un dilemme tout de même s’impose, d’ici là, il faudra quand même élaborer des projets communs, travailler ensemble et gérer les hommes et leur susceptibilité dans cette Union fourre-tout. N’est-ce pas ? Seulement, nous voulons rappeler les affres d’un tel concept appliqué dans l’hexagone par la gauche française bénéficiant d’une incroyable et extraordinaire embellie électorale, suite à la dissolution parlementaire inopportune de 1997, sous la présidence de Jacques Chirac. La défaite de la droite qui s’en suivra aura eu pour conséquence d’ouvrir la France à sa seconde période - et plus longue - cohabitation sous la 5ème République, en consacrant la victoire des forces politiques de gauche conduites par le socialiste Lionel Jospin pour appliquer une synthèse cooptée de programmes de leur sensibilité respective.

L’impossible droit d’inventaire des alliés
La recherche de visibilité a poussé les nouveaux alliés du chef de l’Etat à accentuer des pressions sur la mécanique grippée Fcbe en cette période quasi insurrectionnelle de la vie politique nationale. S’il fait bon se valoriser aujourd’hui en tant que futur artisan de la réélection du Chef de l’Etat en 2011, d’aucuns, conseillers ou non, chargés de mission ou Directeurs de sociétés ou d’organismes publics ou non, longtemps tapis dans l’antichambre du pouvoir ne souhaitent revendiquer ni assumer leur part de responsabilité dans la gestion du pouvoir public depuis l’avènement du régime du Changement. Mais ce droit d’inventaire sera dénié à beaucoup nonobstant le mépris dont ils ont souvent été l’objet dans l’entourage immédiat du Chef de l’Etat. Mais qui ne dit mot consent, dit un adage populaire. Et le Chef de l’Etat n’a jamais éssuyé la moindre critique - même constructive - de leur part. N’est-on pas dans le meilleur des mondes possibles. Comme dirait l’ami Panglos, candidement ?
L’initiative du camp présidentiel béninois qui apparaît comme une bonne réponse( possible) aux assises d’Abomey et de Bohicon des leaders de l’opposition - G4 et G13 -, peut permettre à tous les alliés du Chef de l’Etat d’être confrontés aux mêmes niveaux de difficultés et traitements dans la jouissance et l’accomplissement de leur responsabilité, c’est une bonne chose.
Mais en ces temps difficiles de crises énergétique, alimentaire, économique et financière  - internationale - que traverse le Bénin, oeuvrer   à faire réélire vaille que vaille le président-candidat Boni Yayi  - ou à lui arracher coûte que coûte le pouvoir en 2011 - est une question prématurément posée à près de 700 jours du scrutin. Et pour ce qui est du nouveau produit Umpp, je pense que la stylique, entendez le design, et le marketing ont damé le pion à la substance et à la fiabilité du produit. Tout d’abord, je considère que le concept de majorité plurielle n’est pas en cohérence et en phase avec les défis qui s’imposent à notre pays aujourd’hui. Pour moi l’Umpp ressemble fort étrangement à une auberge espagnole. Plus fondamentalement, elle n’est même pas une tentative de synthèse des visions ou bases programmatiques des différents mouvements ou partis devant la constituer, puisque c’est un simple réceptacle de mouvements. Elle n’est surtout pas une intégration ou une adhésion   gratuite, au programme de gouvernement du président Yayi Boni ni à la pensée hégémoniste de la FCBE. Une Fcbe qu’elle ne réussira pas non plus à éclipser car la Fcbe est une machine électorale qui a déjà fait ses preuves à travers deux élections néanmoins gagnées. Même si la guerre des factions et les querelles byzantines y font aujourd’hui rage, ce qui donne du tournis au Chef de l’Etat. Par exemple la récente velléité de schisme parlementaire affichée par certains au sein de la Fcbe - avec la tentative de formation d’un groupe parlementaire du même nom -, aura tôt fait de contaminer les autres ailes et ce, jusqu’au cœur affaibli de la toute nouvelle majorité présidentielle plurielle. Et pourquoi ? Parce que les déchirements internes de la majorité plurielle apparaîtront en pleine lumière quand sonnera l’heure d’aborder les sujets qui fâchent.

Les embûches sur le chemin de l’Umpp
 Notre pays est en chantier depuis, et les sujets qui bloquent les perspectives de paix et de développement sont nombreux. Entre autres, les questions liées à l’organisation des prochaines élections présidentielle et législatives de 2011(les phases techniques du Réna, de la Lépi et le calendrier électoral) ;  à la relecture de la constitution ; à la déclaration de candidature à l’élection présidentielle - est-ce que les membres issus des partis ou mouvements signataires de la charte de l’Umpp doivent-ils s’abstenir de tenter leur chance à la présidentielle de 2011. Qu’adviendra -t’il en cas de dissidence? - ; à l’inévitable question de réconciliation locale et nationale et à l’accalmie sociale - avec l’assainissement de la gestion post Conférence Nationale, à travers un recadrage institutionnel, du dialogue politique et de la démocratie locale, afin que les vieux démons de haine et de division ne se réveillent plus après les échéances de 2011…-. Ces questions constituent autant d’obstacles pour cette nouvelle fédération de partis, mouvements et associations politiques qu’est l’Umpp et autres d’ailleurs. Et cela devrait susciter, eu égard au contexte de tensions parlementaires au Bénin et par rapport à son échec - suite à l’expérimentation en France du concept -, la méfiance ou la prudence des conseillers les plus avertis du Chef de l’Etat sur ce concept qui a bien des limites.
Les limites et les dérives connues du concept de majorité plurielle.
Les limites de cette formule de majorité plurielle dérivée de l’union de la gauche française - expérimentée entre 1997 et 2002 -  sont contenues dans le nom de cet accord essentiellement électoral. Le pluralisme  implique que nul ne renonce à ses spécificités ni à la critique de ses partenaires, parfois au mépris de la solidarité gouvernementale ou parlementaire ou de la cohésion de groupe. Cela fut vrai en France où les tiraillements observés ici et là entre les formations politiques ont fini par conduire à l’éclatement de la gauche plurielle sur les grands sujets nationaux - notamment la question Corse qui a enregistré le départ de Jean-Pierre Chevènement du gouvernement Jospin - et lors des processus de désignation des candidats et la déclaration des candidatures à l’élection présidentielle de 2002. Le record de candidature fut alors battu à gauche - ce que l’accord était censé pourtant éviter - et le 21 avril 2002, contre toute attente, le principal candidat de la gauche, en l’occurrence le premier ministre Lionel Jospin, fut éliminé du scrutin au premier tour, devancé par un ” sacré ” vieux routier de la compétition,  sorti de l’aile droite de Jacques Chirac : Jean-Marie Le pen. Jospin fut victime de l’émiettement des suffrages des électeurs de gauche. Un cas d’école tout de même à méditer surtout sous la météo politique béninoise actuelle où tout le monde veut se coiffer d’un couvre-chef et se mettre individuellement à l’abri abusant de l’art de la palinodie.
 Personne en France, de droite, du centre comme de gauche, ne peut dire aujourd’hui encore - 7 ans après son retentissant échec -  que Lionel Jospin avait démérité. C’est bien le désordre, la cacophonie née de la majorité plurielle - surtout l’arrogance des barons socialistes et l’ambition démesurée des amis écologistes et souverainistes - qui lui avait coûté la victoire en 2002 et il ne faudrait pas que l’histoire se répète même au Bénin où à chaque jour doit suffire sa peine, ses réalisations et satisfaction au peuple sans relâche jusqu’en 2011. Vivement un exorcisme politique s’impose au camp présidentiel afin d’éviter de subir la malédiction de Jospin et de la gauche plurielle.

Guillaume ADOUVI - www.Sikainfo.com
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Publié dans Politique nationale

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