Après les déclarations de Sacca Fikara et de Me Kato Attita:L’affaire Gbadamassi prend une tournure politico-judiciaire
Indignation, honte, colère, dégout. Les mots ne pourront sans doute jamais traduire avec justesse les sentiments qui habitent l’ensemble des Béninois, depuis la démission de Rachidi Gbadamassi du G13. Mais après les dernières révélations de l’honorable Sacca Fikara et les contre-attaques de l’avocat de Gbadamassi, Me Kato Attita, l’affaire prend une dimension politico-judiciaire.La démocratie a reçu un coup dans le dos le dimanche 10 mai 2009 et la déception est grande. Mais après les dernières révélations de l’honorable Sacca Fikara ce dimanche 7 juin 2009 sur Canal 3 et les répliques quasi immédiates de Me Kato Attita, en qualité de conseil du démissionnaire, c’est l’honneur de toute la classe politique qui risque d’être souillé au fond de ce qui devient une affaire politico-judiciaire sous l’ère du Changement. Et il faut bien plus qu’une simple exclusion du démissionnaire de son parti d’origine pour ramener la confiance entre les populations et leur classe politique. Aveuglé par son désir de se « racheter »(au sens premier du terme) une nouvelle santé politique et peut-être financière, comme l’ont soutenu ses contradicteurs politiques, Rachidi Gbadamassi, jusqu’ici appelé « Honorable » a-t-il définitivement souillé, par son revirement, ce qui reste de l’image des hommes politiques béninois ? Bien au-delà du cercle politique, ce sont les vrais démocrates qui mettront du temps pour se relever de cette véritable gifle. Rachidi Gbadamassi a « trahi les siens » dans un cynisme ostensiblement arrogant et révoltant. Fatalement, mais tristement Rachidi Gbadamassi a entaché sa crédibilité et malmené l’image des hommes politiques béninois aux yeux d’une opinion publique, qui n’hésite plus à cracher sur « tout ce qui est politique ». Cela peut d’autant se comprendre que dans son odyssée tragi-comique, « l’honorable » n’a pas fait de quartier. Il a même mis dans la balance l’honneur de sa mère à qui il avait promis de se défendre contre ces accusations de meurtre « montées de toute pièce », selon lui, contre sa personne par le pouvoir en place. C’est un véritable pied de nez que le nouveau partisan de la mouvance présidentielle plurielle a infligé à ses anciens compagnons de lutte. L’homme qui voulait abandonner les siens pour être le chef de l’opposition, a trahi sa famille politique pour rejoindre la majorité. Il veut désormais « aider » Yayi Boni, un homme qu’il a subitement transformé en « Père de la Nation » après l’avoir traité de « danger public ». Pas surprenant, entre temps, l’Homme aurait bénéficié d’une bouffée d’oxygène et apprécié la force et les avantages inhérents au pouvoir. L’opposition dite non déclarée reste sonnée. Et après quelques jours d’hésitation, elle contre-attaque avec des déballages dont la virulence n’a d’équivalent que les menaces qui pèsent sur leur survie politique. Mais ce qui est de plus en plus inquiétant, ce sont les dernières déclarations de l’honorable Sacca Fikara concernant les réels motifs de démission de l’honorable Gbadamassi. Selon ces révélations en effet, on serait en face ni plus ni moins d’un véritable scandale politico-judiciaire. Sur le dos de la population, les hommes politiques concluraient des accords, qui portent atteinte à l’éthique et foulent aux pieds les valeurs constitutionnelles. En clair, Rachidi Gbadamassi, poursuivi dans l’affaire du juge Coovi assassiné il y a environ quatre ans à Parakou, aurait succombé à un marché de chantage. Selon l’invité, le gouvernement aurait fait basculer l’ex virulent opposant en menaçant d’apporter de nouveaux éléments au dossier. Alors, Rachidi Gbadamassi aurait-il transigé sa dignité en échange de l’abandon des poursuites dirigées contre lui ? Pure manœuvre de désinformation, rétorque Me Attita qui affirme que les garanties de la transparence de la procédure et les nombreuses enquêtes de la Chambre d’accusation lavent l’honorable de ces accusations. Au milieu de ces accusations et contre-accusations, les populations ne peuvent s’empêcher de penser qu’elles sont projetées par les Hommes politiques dans les méandres des scandales politico-judiciaires. Même s’il est vrai qu’en politique « la fin justifie les moyens », comme dirait Nicholas Machiavel, cette logique d’opportunisme finit souvent par susciter la révolte de ses sujets. Et cette partie du jeu, Rachidi Gbadamassi et toute la classe politique devraient la garder à l’esprit.
Exorciser un mal profond
Passés les moments d’émotion et d’étonnement, la spectaculaire volte-face opérée par Rachidi Gbadamassi appelle une froide analyse. L’Homme n’étant que le produit de la société dans laquelle il vit, ce serait avoir courte vue que d’isoler ce fait et de ne pas l’inscrire en tant que phénomène dans la réalité sociopolitique béninoise. A dire vrai, le cas Rachida Gbadamassi n’est que l’excroissance d’un mal profond qui ronge toute la classe politique depuis plusieurs années maintenant, avec chaque année, un nouveau pallier de franchi. Entre deux élections, les Béninois ont déjà assisté à des revirements de nature, sinon aussi spectaculaire, du moins tout autant incompréhensible, d’un homme politique béninois pas des moindres originaire de la Capitale. Ces épisodes cocasses avaient même été tournés en dérision, tant ils traduisaient les tribulations d’un homme politique en mal d’idéal et de conviction politique. Aujourd’hui, l’émoi suscité par la transhumance de Gbadamassi, ne suffit malheureusement pas à exorciser ce mal et à entrevoir une ère où les hommes politiques au Bénin feront rimer les exigences de la conquête du pouvoir avec la nécessité d’incarner des modèles pour les générations à venir. Les mécaniques condamnations auxquelles on a eu droit de la part de la plupart des acteurs de la classe politique, sont des réactions de gens avant tout prudents, qui n’attendent que leur tour pour goûter aux délices du pouvoir. Et les déballages subséquents ne sont que l’expression des signes du malaise d’une classe politique en mal de conviction. Et il faut vraiment être crédule pour espérer un changement de comportement. Seule une législation plus répressive semble être la solution ultime contre ces agissements des prédateurs de la démocratie. Mais ça c’est une autre histoire.
Calixte Adiyéton
Journal LE MATINAL 09/06/09
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