Le Bénin est dans le rouge
Le Bénin est objectivement dans le rouge. La crise financière internationale est passée par là. J’écrivais il y a quelques semaines, à propos du virus AH1N1, que venu du Mexique, en Amérique Latine il allait traverser l’Atlantique pour venir s’installer en Afrique. Il y est.Mais nul – ou peu de pays - n’en parle encore. Quand on le découvrira, il aura fait beaucoup de ravages. C’est le même phénomène pour la crise financière internationale ; l’Amérique a injecté des millions de dollars dans son économie pour sauver ses entreprises, pour limiter le chômage. C’est un humoriste qui prétendait que la crise née aux Etats – Unis est provoquée parce que c’est un Noir qui accédait au pouvoir dans ce pays. « Ainsi on aura le loisir de dire que nous sommes incapables ». Peut – être ! Mais ce qui se constate, c’est que cette crise a démontré que la mondialisation est une réalité, car dès que le mal a éclaté en Amérique du Nord il a atteint immédiatement l’Europe et poursuit sa marche… jusqu’où ?...
L’Afrique pensait – peut être naïvement - qu’elle allait échapper. Maintenant elle est là, cette crise, nous qui sommes dépourvus de grandes industries, mais propriétaires de nombreuses matières premières que nous ne pouvons exploiter sans les ressources financières – qui se sont amoindries – des pays du Nord, préoccupés par le sauvetage prioritaire de leurs propres économies. L’Afrique, au grand potentiel déjà en récession.
L’UEMOA a posé des balises pour nos pays. Mais pendant combien de temps ? Notre économie au Bénin est trop dépendante de son coton ; elle est largement tournée vers l’Est : quand le Nigéria s’enrhume, le Bénin tombe en syncope. De plus la satisfaction des promesses d’un Président débonnaire hypothèque les finances publiques ; en plus l’exploitation des crédits importants accordés à des promoteurs véreux dans le cadre de la conférence de la CEN – SAD a appauvri financièrement le pays ; enfin les grands opérateurs économiques qui se sont enrichis « sauvagement » pendant la période précédente thésaurisent ; à titre des représailles ? Tout cela plombe notre économie, assèche les finances et accentue chez nous la crise financière. Si l’on sait que le Fonds Monétaire International nous a mis en garde contre certains excès en matière de finances publiques, en matière de recrutement dans la fonction publique, que l’Institution dit que la taux de croissance de l’Afrique va être autour de 3% et que le nôtre ne peut être en dessus mais qu’il risque d’être moins alors nous avons intérêt à être exigeants avec nous-mêmes ; aussi bien les dirigeants, qu’ils soient de l’exécutif que du législatif, qu’ils soient du monde syndical, qu’ils soient des opérateurs économiques, qu’ils soient simplement citoyens. Le pays a besoin de travailler et de faire des efforts.
Par ailleurs le gouvernement devrait concevoir des mécanismes : code des investissements, mesures douanières ou fiscales spécifiques pour encourager nos opérateurs économiques à investir dans l’industrie, dans l’agriculture. Il a commencé avec l’homme d’affaires Satchivi ; il devrait poursuivre avec les Adjavon, les Tundé. Il convient de rebuer – en passant - que ce ne sont pas des hommes politiques actifs à la recherche de passeports diplomatiques. Des hommes et femmes d’affaires de ce genre existent qui ont gagné honnêtement leur argent et qui mis dans des conditions idéales pour investir le feront. Les investissements ont besoin d’assurance pour être fructueux ; les investissements n’aiment pas le bruit, la palabre, les sauts d’humeur des syndicalistes. Si l’on sait que la pauvreté augmente chez nous, pendant que la classe des personnes aisées prend de l’expansion par l’augmentation de leurs richesses, que le chômage des jeunes diplômés s’accroît de façon exponentielle le gouvernement a intérêt à amorcer un dialogue franc avec les opérateurs économiques désireux de créer des industries et donc des emplois. Des mesures fiscales souples devront être étudiées suivant le domaine concerné, suivant les emplois envisagés, suivant le montant des investissements, suivant la région où doit être installé l’investissement pour la protection de l’environnement.
Le Président de la République a installé,il y a quelques semaines une Commission Nationale de gestion de la crise financière et économique internationale. Il est urgent que cette commission finisse sa mission, car la crise n’a pas l’air de s’estomper. Elle s’installe et risque d’être de longue durée. Son impact a des chances d’être plus dur et plus durable que la dévaluation que nous avons vécue il y a une quinzaine d’années. Donc il est indispensable que nous anticipions et que la Commission ne se contente pas d’une attitude bureaucratique pour accomplir un travail tant autant bureaucratique.
La gravité de la situation nécessite de préconiser des mesures audacieuses en prenant en compte notre ancrage régional.
Urbain Thognon, Analyste
Journal NOUVELLE EXPRESSION 09/06/09
Publicité