Limogeage du ministre des Finances et de l’économie: Mana Lawani d’accord, mais Fagnon d’abord
Le Chef de l’Etat Boni Yayi, en limogeant son ministre des Finances et de l’économie, Soulé Mana Lawani, devrait aller plus loin, si la rigueur était vraiment son crédo. La sortie de Nicaise Fagnon du gouvernement n’allait pas surprendre les Béninois.Le ministre des Finances et de l’économie, Soulé Mana Lawani, après avoir chanté les louanges du Changement pendant longtemps, est sorti par la petite porte. Il a été purement et simplement limogé à la grande surprise des Béninois. Dans l’opinion publique, on évoque des raisons qui ont conduit au départ presque inattendu de l’argentier national de son poste. D’une manière ou d’une autre, le limogeage de M. Lawani montre qu’il y a un véritable problème au sein de l’équipe du président Boni Yayi. C’est comme s’il y a des ministres intouchables et des ministres faciles à dévorer comme les antilopes dans la jungle. Ceci a amené plus d’un à se poser la question de savoir pourquoi le ministre des transports et des travaux publics, Nicaise Fagnon, qui a plus créé de problèmes au Chef de l’Etat par ses déclarations et sa mauvaise gestion à la tête de la Société nationale de promotion agricole (Sonapra) n’a pas été limogé ? Mystère. M. Fagnon a menacé à Dassa-Zoumè les jeunes partisans du président de la Banque ouest-africaine de développement (Boad), Bio Tchané, potentiel candidat à la prochaine élection présidentielle au Bénin. Il leur avait fait comprendre que les Collines appartiennent exclusivement au président Boni Yayi. Ce faisant il a porté atteinte à l’unité nationale. Des députés, pas des moindres, se sont saisis du problème pour formuler une demande d’interpellation du Chef de l’Etat. Ce dossier est encore pendant devant l’Assemblée nationale. A cela s’ajoute la gestion hasardeuse de Nicaise Fagnon à la Sonapra. On parle de 50 milliards de Cfa dilapidés. Des enquêtes sont en cours pour mettre à nu toutes les dérives de l’ancien directeur général de cette société d’Etat. Malgré tous ces manquements graves, le Chef de l’Etat est resté inactif sur le cas Fagnon. Son attitude peut être analysée autrement. On a l’impression qu’il cautionne les maladresses de cet homme des Collines, sa région paternelle. Cela n’étonne guère, puisque l’intéressé n’est pas à son premier coup. On se rappelle qu’il avait organisé une marche à Glazoué pour protester contre la réunion du G13 le même jour et dans la même localité. De ce fait, il n’est pas exagéré d’affirmer qu’il y a une politique de deux poids, deux mesures au cœur du Changement. Il suffit d’être dans le cercle des protégés du Chef de l’Etat pour commettre toutes les dérives de ce monde sans être inquiété. Nicaise Fagnon en sait quelque chose. D’ailleurs au moment où on l’attaque, il fait organiser une marche contre ses poursuivants dans les Collines. Cette injustice au sommet de l’Etat démontre que le peuple béninois a été trahi en 2006. La lutte contre la corruption, l’injustice, le népotisme et les mauvaises gouvernances n’est qu’une pure illusion. Le peuple attend alors le Chef de l’Etat au carrefour de l’histoire.
Wilfrid Babatoundé
Journal 24 HEURES AU BENIN 10/06/09
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