Difficultés du gouvernement Boni Yayi: Soulé Mana Lawani, le bouc émissaire

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

L’argument avancé par le porte-parole du gouvernement pour entériner le limogeage de l’ex ministre de l’économie et des finances, Soulé Mana Lawani est sujet à inquiétude. L’imbuvable pilule découverte par le gouvernement pour atténuer les effets nocifs du limogeage dudit ministre n’est rien d’autre que l’arrêté interministériel N° 2348/Ms/Mef/Dc/Sgm/Drh/Drfm/sa du 29 avril 2008. Si c’est quinze mois après la prise de ce fameux arrêté que le gouvernement s’est rendu compte de son existence alors même que ledit arrêté a été pris avec ampliation à la présidence, les cauris doivent se mobiliser et pousser un cri : « Something is wrong here » (Quelque chose ne tourne pas rond ici). Cela n’est pas un combat de l’opposition. Ça doit être un combat interne à l’Umpp. Pour ma part, je n’en crois pas un mot ! Les raisons avancées pour justifier le limogeage du ministre Lawani dans la nuit du mardi dernier ne peuvent d’ailleurs convaincre personne. Dans cette histoire, le ministre Lawani ne serait-il en définitive qu’un bouc émissaire ? Tout le prouve. Car, personne ne peut comprendre que ledit arrêté, qui plus est interministériel ait pu échapper à l’attention de tous les conseillers économiques de la présidence de la République et au chef de l’Etat lui-même.
La situation économique actuelle du pays ne permet plus au premier magistrat de continuer sur sa lancée de promesses à tout vent qui consiste à répartir ce qui n’existe même pas. En effet, contrairement au président Nicéphore Soglo qui au cours de son quinquennat, face à la fronde sociale est resté intransigeant et a indiqué aux syndicalistes qu’avant de répartir la richesse, il faut au préalable la produire, le gouvernement de Boni Yayi a montré de son côté, les limites de sa politique de rigueur dans la gestion des ressources de l’Etat. Le décaissement extra budgétaire de 5 milliards ordonné par le chef de l’Etat pour la finition du stade Charles de Gaulle, l’augmentation de la cagnotte octroyée pour les micro crédits aux plus pauvres pour ne citer que ceux-là sont autant d’exemples de la légèreté budgétaire encore dans les mémoires. Et puisqu’un simple rhume du géant de l’Est suffit pour gripper le Bénin, la chute du Naïra et la baisse des activités économiques nous ont très vite rappelé que nous n’étions pas la Guinée équatoriale ni le Gabon et que malgré ses multiples efforts, le ministre Barthélemy Kassa n’est pas encore arrivé à faire de notre pays un eldorado minier. Héritier de rien et producteur de peu avec les charges salariales supportées par l’Etat en déça des capacités nationales, le Bénin se retrouve en difficulté économique. Normal. Les prévisions budgétaires pour 2009 ne seront pas atteintes. Face à cet état de chose, si on continue ainsi, on se dirige tout droit vers la banqueroute. D’ailleurs, c’est cette situation que le pouvoir s’empresse d’arrêter. Mais comment le faire sans attirer la colère des syndicalistes habitués à la litote d’avantages acquis ? Le gouvernement s’est retrouvé face à un dilemme : retirer aux syndicalistes ce qu’on ne peut pas leur donner et qu’on leur a promis, dans un esprit de père Noël et subir la fronde sociale ou continuer le paiement de ces primes et se retrouver un jour avec les caisses de l’Etat définitivement vidées. Mais, c’est connu, tout gouvernement responsable doit choisir la voie qu’il s’est tracée à savoir arrêter le massacre. Et donc, cela n’est pas dans le cas actuel sans conséquence et appelle à un dialogue social vrai. Voilà là où le chef de l’Etat doit faire appelle à ses prédécesseurs pour que la discussion se fasse et que les syndicalistes sachent et comprennent que tout n’est pas possible. Mais avant, les dirigeants doivent comprendre que la charité bien ordonnée commence pas soi-même. Ils doivent donc montrer l’exemple en réduisant sensiblement le train de vie de l’Etat. Autrement, le sacrifice de Lawani pour sauver la face devant les contradictions politico-économiques ne servirait à rien. Le contraire m’étonnerait.

Angelo DOSSOUMOU
Journal FRATERNITE 12/06/09
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Publié dans Politique nationale

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