Opinion: Révision de la constitution : Pourquoi la classe politique refuse t-elle le débat ?

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

En 2006, la classe politique béninoise était unanime sur l’opportunité, voire la nécessité d’un toilettage de la loi fondamentale du 11 décembre 1990. Cette classe était également unanime sur ce que la réforme constitutionnelle devrait occuper la première page de l’agenda du gouvernement issu de la présidentielle de 2006. Curieusement, le dossier semble jeté aux calendes grecques. Seul le prince Dè Sodji Abéo Zanclan remue le couteau dans la plaie. Pourquoi la classe politique béninoise fuit-elle le débat sur la révision de la constitution, devenue pourtant indispensable au fonctionnement harmonieux des institutions de la République ?
« Le droit de l’homme qui accepte sans finir de l’injustice, une seule injustice, est de la fantaisie. Le cap des 70 ans – regardez le monde et particulièrement l’Asie qui nous aide – me frappe au Bénin, pour l’élection présidentielle. Le néocolonialisme, qui veut être le bon élève de la communauté internationale, et surtout de l’Union Européenne, de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, nous enferme dans une logique étrangère à nos mœurs et coutumes. Et pourtant, tout cet ensemble ne nous demande pas tant de soumission. Combien d’années d’esclavage faudra-t-il encore à l’homme noir pour avoir sa liberté de choix ? » Ces propos émanent de l’un des plus virulents opposants au régime Yayi, le prince Dè Sodji Abéo Zanclan, dans une récente interview accordée à notre confrère, La Presse du jour. Et ce n’est pas pour la première fois que le président du Rassemblement national pour la République (Rpn) soulève le problème. La constitution du 11 décembre 1990 n’a jamais convaincu le prince de Porto-Novo. A ses yeux, le document avait été taillé sur mesure par ses rédacteurs, juste pour ajuster un point ponctuel - écarter les anciens présidents de la République dans le temps, tous septuagénaires. La conjoncture passée, l’honnêteté intellectuelle, le bons sens ou la raison recommandent que l’on revienne sur terre, que l’on pose la question de fond. La constitution du 11 décembre 1990 tient-elle compte des réalités sociologiques, historiques, culturelles du Bénin ? Pour le prince, la réponse ne souffre d’aucune équivoque. Ce texte est une copie bâclée. Un mélange maladroit, hétéroclite de certaines dispositions des constitutions américaine et française. Il faut donc le changer. Seulement, en dehors de timides velléités révisionnistes manifestées par le régime du changement en début de règne, les acteurs politiques béninois affichent désormais un désintérêt total et viscéral par rapport au sujet. Malgré les multiples invites du prince de Porto-Novo à l’endroit de la classe politique pour un débat franc et sincère sur la question, celle-ci ne semble plus passionner personne.

Un prince qui dérange
Si la presse reconnaît les mérites de Dè Sodji Abéo Zanclan, la densité de sa culture générale, son sens pointu de l’analyse des questions politiques, avec, à la clé, sa fidélité jamais éprouvée au général Mathieu Kérékou, les politiciens béninois, eux, craignent l’homme. Ce n’est pas un hasard si, sous le règne de Kérékou, les thuriféraires du général avaient rivalisé de manœuvres mafieuses à effet d’éloigner autant que faire se peut le prince, cet intellectuel bon chic bon genre de l’entourage de Mathieu Kérékou. « Cet homme est dangereux dans le verbe », confessait un puissant ministre de Kérékou. Pour ce ministre, et pour de nombreux autres proches du général, il urgeait de neutraliser le prince. Par tous les moyens, le poussant même à aller monnayer ses talents ailleurs. Mais la conviction de l’homme, sa vision de la vie, sa hauteur par rapport aux choses de la terre, disons au matérialisme grincheux et ambiant sont restés intacts. Au point de cracher sur des offres on ne peut plus alléchantes provenant d’autres horizons.

Kérékou s’en va en 2006. Yayi s’installe au palais de la Marina. En face du nouvel homme fort, boulevard ouvert. Aucune opposition sérieuse au régime Yayi. Sauf les sorties médiatiques du prince, vitriolantes par rapport au régime du Changement. Pourtant, lorsque l’opposition se réveille enfin, lorsqu’elle se décide à s’organiser à travers l’alliance l’Union fait la nation et Force clé, le président du Rpn fut écarté. Du moins, aucun geste de sympathie à son égard. Or, la présidentielle frappe à nos portes. A grands coups. Le prince a un candidat. Il l’a clairement exprimé dans un précédent entretien avec la presse. Sans le nommer. Question de stratégie. Lorsque cet heureux récipiendaire mettra les moyens à la disposition du prince, celui-ci serait capable de soulever des montagnes. Alors, la désillusion sera énorme pour ceux qui comptent sur l’argent, rien que sur l’argent pour damer le pion à leurs adversaires. Car, l’évidence est là. L’argent seul ne saurait suffire à résoudre l’équation de la présidentielle 2011.
Au demeurant, l’actuel ministre gabonais de l’intérieur, influent membre du Parti démocratique du Gabon de feu Omar Bongo, a bien conscience des limites du pouvoir de l’argent dans les prochaines joutes électorales dans son pays. « Nous perdrons les élections quels que soient les moyens financiers dont nous disposons. » Cette réflexion devrait inspirer certains dirigeants béninois. Je ne cesse de penser à cette phrase que m’a lancée à la figure un jour le prince, phrase qui cache la profondeur de l’homme. « Je sais, mon cher ami, que l’argent compte, que l’argent compte pour réussir dans la vie. Et ne dit-on pas que sans l’argent, l’honneur n’est que maladie ? Cependant, l’argent ne suffit pas et ne saurait suffire. Il faut autre chose sans laquelle on reste sur sa faim pour toute ambition. Forcer le destin est une chose. Etre le destin, comme c’est le cas chez Kérékou en est une autre. Et face à ce choix, aucun texte, aucune magouille ne peut rien. C’est là aussi que l’argent peut paraître un mauvais serviteur. » A méditer.

Vincent METONNOU
Journal 24 HEURES AU BENIN  25/06/09
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Publié dans Politique nationale

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