Déclaration liminaire de Sacca Fikara
«J’ai fait une émission sur le plateau Zone franche de la télévision privée Canal 3 le 7 juin 2009. Comme je l’ai dis d’ailleurs au cours d’une émission, j’ai voulu comme cela se fait d’habitude que l’Ortb, la chaîne du service public diffuse mon émission. J’ai envoyé une lettre au Directeur général de l’Ortb le lundi 8 juin 2009 avec ampliation à la Haac. Je n’ai pas eu de réponse. Le lundi 15 juin 2009, le président de mon groupe parlementaire, Issa Salifou a écrit à l’Ortb pour déplorer le traitement discriminatoire des hommes politiques qui ne sont pas d’obédience Fcbe. Nous avons envoyé également ampliation à la Haac. Mais aucune réaction. C’est une semaine après la lettre du président de mon groupe parlementaire que la Haac a interpellé les responsables de l’Ortb. Ce que j’ai entendu grosso modo, si mes souvenirs sont bons, c’est ceci : il n’a pas diffusé mon émission parce que j’ai tenu des propos mensongers contre le chef de l’Etat, parce que j’ai tenu des propos régionalistes qui menacent l’unité nationale, parce que j’ai attaqué la Cour Constitutionnelle. Il conclut en disant que j’ai proféré des menaces à l’Ortb. Et après ces menaces, l’émetteur de l’Ortb de Bembèrèkè a eu un incendie, le Directeur de la Télévision M Todomè a eu un choc avec une voiture dans un feu à Cotonou. En filigrane, pour le DG/Ortb, je suis l’auteur de tout ceci. Il conclut que par rapport à ces menaces et leurs conséquences dont l’incendie de l’émetteur et l’accident de Todomè, il va saisir l’avocat de l’Ortb pour porter plainte. Ceci s’est passé le 22 juin 2009. Lorsqu’au détour de cette interpellation, un conseiller de la Haac lui a demandé : « Est-ce que vous avez fait savoir tout ceci au député Sacca Fikara ». Il a répondu : Non. C’est seulement le 23 juin 209 que j’ai reçu une lettre qui dit en substance ceci : « suite aux reprises successives d’émission, la Haac a formellement interdit la rediffusion sur l’Ortb des émissions réalisées sur les autres chaînes. Par ailleurs après visionnage de votre émission, le contenu est en contraction avec la déontologie des médias au Bénin et l’article 3 des statuts de l’Ortb qui stipule que l’Ortb doit contribuer au renforcement de l’unité nationale ». En effet, lorsque le député Azannaï a fait son émission, je crois que c’est 24 ou 48 heures après qu’on a passé ça sur l’Ortb. Je crois aussi que le ministre Topanou a fait son émission sur le même plateau « Zone Franche » de la télévision Canal 3 après moi. Si mes souvenirs sont bons, ils ont aussi passé l’émission de Topanou sur l’Ortb après ma demande. Jusque-là, ils n’ont pas reçu l’injonction de la Haac de ne plus rediffuser. En ne diffusant pas mon émission que je lui ai envoyée bien avant, il ne saurait évoquer l’interdiction de la Haac pour se dédouaner. A cette étape déjà, je constate qu’il y a deux poids deux mesures. Sur le fait que mes propos étaient de nature à menacer l’unité nationale, pour aller dans le fond de l’émission, ce que j’ai dit sur Canal 3 c’est ceci : en regardant la télévision nationale et en écoutant la radio nationale, on n’a pas l’impression que les règles du jeux sont bien respectés. Il y a deux poids deux mesures. C’est à dire lorsque vous n’êtes pas proche du pouvoir, vous n’avez pas accès au service public que constitue l’Ortb. Je voudrais faire une nuance. Je sais que cette discrimination, cette utilisation d’une chaîne du service public au profit d’un seul parti politique ne fait pas plaisir à tous les travailleurs de l’Ortb. Je le sais. Je sais qu’ils gardent un silence lourd. Parce qu’ils n’ont pas les moyens de faire autrement. Mais je sais que ce qui se passe n’est pas le fait de tous les travailleurs de l’Ortb. Je tiens à cette remarque. Ce que je déplore, vous savez que ce n’est pas moi seul qui le dis. Vous êtes des journalistes, allez sur le site de Reporters sans frontières, vous verrez bien ce que nous déplorons, nous ne sommes pas qualifiés pour faire ces statistiques. Reporters sans frontières dans ses statistiques a dit qu’en 2004, le Bénin sur le plan de la liberté de presse est 22ème au rang mondial, en 2008 nous sommes rétrogradés au 70è rang. Donc, mes craintes sont fondées. Nous ne sommes pas les seuls à les avoir. C’est pour rappeler au DG Ortb, à la lumière de tout ceci qu’il n’y a pas que nous qui le voyons. Dans le monde entier, il est apprécié. L’appréciation que nous faisons est la même que celle que les professionnels des medias au niveau mondial font de son travail.Il a parlé aussi de régionalisme. D’abord, je voudrais rappeler ceci pour tous ceux qui m’ont écouté. Je ne fais que déplorer les propos tenus par le président de la République. Ce qu’il aurait fallu faire, c’est de venir à la télévision pour me démentir que le président de la République n’a pas dit à Bio Tchané de laisser tomber son ambition présidentielle parce que ça diviserait le Nord pour remettre le pouvoir aux gens du Sud. Il faut qu’il vienne démentir que le président de la République, comme je l’ai signifié dans une émission la dernière fois à Bohicon, n’a pas, lors de la campagne législative de 2007, dit à Malanville de ne pas voter pour Issa Salifou parce qu’il n’est pas un fils authentique du nord ? C’est un fon. C’est ça qu’il faut démentir. Lorsque le président a dit ça, l’autre était blessé au point où il a été obligé de transporter son père, un homme très âgé dans un véhicule jusqu’à Karimama dans son village pour montrer à tout le monde d’où est venu son père. Quand le président de la république dit ces choses là, est-ce que nous n’avons pas le droit de nous inquiéter ? Ce qu’il aurait fallu que les journalistes de l’Ortb, le directeur Akpaki et les autres fassent, c’est de dire que j’ai menti. Mais ils n’auront pas raison. Pour moi, c’est une question d’honneur. Je le dirai partout et même devant le président de la République. Que le président de la République vienne me contredire, parce que je ne suis pas dans le secret de ceux à qui il a fait ces déclarations. Qu’il vienne infirmer que dans le secret des discussions qu’il a eues avec certaines personnes qu’il n’a jamais tenu de tels propos. Ce qu’il aurait fallu que les responsables de l’Ortb démentent c’est ce que le président de la République a dit chez moi dans la vallée et précisément à Azowlissè. Je cite : « Si vous ne votez pas pour moi, vous n’aurez jamais votre route, l’eau, les centres de santé, les écoles ». C’est ça que je veux que les gens démentent avant de dire que je veux diviser le pays. Ce que je souhaite que les thuriféraires du pouvoir fassent, c’est de me prouver que les propos tenus par le président de la République quand il a reçu la hiérarchie de l’Eglise du Christianisme Céleste ne sont pas dangereux. Le président a dit, au cours de la dite rencontre, que « le pays est en danger parce que Al-Quaïda veut amener un candidat au Bénin en l’occurrence Bio Tchané. Il ne faut jamais qu’un musulman prenne le pouvoir ici au Bénin ». Est-ce que oui ou non le chef de l’Etat a dit ça ? Est-ce que je suis fondé à avoir peur quand les travailleurs du ministère des finances ont sorti des statistiques, vous avez les documents, que les nominations faites par le chef de l’Etat dans les entreprises et offices publics sont d’essence régionaliste. C’est ça que je souhaite que les gens viennent démentir. Est-ce que ce que tous les présidents ont construit jusqu’en 2006 pour nous préserver des virages violents n’est pas en train d’être écrasé ? Est-ce que tout ce que Kérékou a fait de positif pendant 30 ans, malgré tout ce qu’on peut reprocher à son régime, n’est pas en ruine ? La charpente de notre pays qu’est l’armée n’est-elle pas prise en otage lorsque sur une cinquantaine de candidats qu’on envoie au cours officier, il y a 75% de gens d’origine du Nord. Est-ce qu’il fait plaisir aux gens du Nord ce faisant ? Est ce qu’il sait ce que les rancoeurs que gardent les frustrés en eux peuvent donner ? C’est ce que j’ai dénoncé sur Canal 3. Moi, je ne suis pas d’essence régionaliste. J’ai eu beaucoup de problèmes pour mes choix politiques qui sont en dehors de mon aire culturelle. Depuis 1990, sauf en 1991 où j’ai voté pour le président Soglo, en 1996, en 2001 et 2006 j’ai voté pour un candidat du Nord. J’ai voté deux fois pour Kérékou et une fois pour Yayi en 2006. Je ne suis pas régionaliste. En 2006, de la façon dont les choses c’était passé, moi j’ai saisi le tribunal de Porto-Novo, vous pouvez vérifier auprès de l’avocat Yaya Pognon, contre les gens de mon village, de ma région parce que j’ai estimé qu’ils ont triché en défaveur de Yayi. Le procès est toujours pendant au tribunal. Parce que j’ai dénoncé, on refuse de faire passer mon émission. Est-ce qu’il aurait fallu se taire ? Autant que nous sommes, nous n’avons aucune sécurité, aucun intérêt à nous taire sur ces choses. La sécurité pour nous et pour tout le pays, c’est de dénoncer les déclarations du genre. Ceux qui croient qu’il faut se taire sur les dérives du genre menacent notre pays. C’est des faits clairs et bien vérifiables. Moi je n’aime ni le mensonge ni la lâcheté. Je veux un minimum de courage. A la phase actuelle, il nous faut un minimum de courage pour sauver le pays. Vous savez, ce qui est dangereux ce sont les déclarations de Gbadamassi, leur nouvelle recrue qui a dit qu’il a déjoué le pseudo complot du G13 et du G4 qui consisterait à cogner la tête de deux fils du Nord afin que le pouvoir revienne au sud. Ces déclarations, M Akpaki a autorisé qu’on les passe. C’est diffusé trois fois sur l’Ortb. En tout cas moi j’en ai vu sur la chaîne nationale. Lorsqu’on fait passer sur la chaîne nationale les propos que Gbadamassi a tenus partout dans le Nord, comment peut –on alors qualifier celui qui le fait ? La deuxième fois que j’ai vu ça à la télé, j’étais ahuri. Gbadamassi dit avoir déprogrammé leur stratagème pour que le pouvoir n’échappe pas au Nord pour revenir à ces genres là qui cherchent le pouvoir il y a longtemps. Lorsque M. Julien Akpaki a autorisé la chaîne nationale à diffuser ces propos et que moi je condamne les propos du chef de l’Etat, et qu’on n’a pas cherché à démentir, je trouve que la bêtise dépasse les limites. Ce sont ces mises au point que je voulais faire.
En revanche sur la question de ma responsabilité concernant l’incendie de l’émetteur de Bembèrèkè et l’accident dont aurait été victime l’un de ses directeurs de télévision, je pense, comme l’a dit l’autre, qu’ « il faut fuir la bêtise car elle rend bête tout ce qu’elle rencontre ». Je crois qu’il aura le courage comme il l’a dit de m’assigner en justice. J’espère bien. En conclusion, moi j’ai passé avec beaucoup d’autres compatriotes six ans de ma jeunesse en prison. D’autres sont allés en exil pendant 5ans, 10ans voire 20 ans pour des questions de liberté. Je ne peux pas perdre ma liberté pendant la jeunesse et la perdre à nouveau bientôt quand j’aurais 60 ans. Il vaut mieux que je me batte contre ça. Ce n’est pas de l’acharnement. Ce combat, je le ferai car il me semble être noble. C’est pour cela et en réponse aux provocations des gens de l’Ortb que j’ai tenu à faire ces mises au point.
Propos recueillis par Tobi P Ahlonsou
Journal LA PRESSE DU JOUR 25/06/09
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