Les bailleurs de fonds désavouent le gouvernement

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

Les partenaires techniques et financiers du Bénin ne sont pas satisfaits de la gestion du pays sous le changement. Tout en reconnaissant les efforts qui se font, ils ont découvert plusieurs ratés et lenteurs qu’ils ont fait savoir hier aux membres du gouvernement à la revue conjointe 2009 de la mise en œuvre de la stratégie de croissance et de la réduction de la pauvreté. L’insuffisance de la  croissance économique, la multiplication des ordres de paiement en 2008, et la faiblesse des interventions du gouvernement dans plusieurs domaines ont été relevées.
Les bailleurs de fonds ont fini par cracher la vérité au gouvernement du changement à travers des observations faites au rapport d’avancement en 2008 de la stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté réalisé par le Bénin. « Quant au rapport, les partenaires notent qu’il reste descriptif et incomplet dans la restitution des actions prioritaires ». D’abord, ils ont relevé des failles en ce qui concerne les éléments concrets d’appréciation de l’évolution de la pauvreté présentée par le gouvernement. Mais ensuite, ils ont fait ressortir des éléments de recul sur le plan de la bonne gouvernance, de la gestion des biens publics et des ressources humaines. Même le niveau de la croissance économique a été jugé insuffisant par les bailleurs pour avoir un impact significatif  sur la pauvreté.  Pour les partenaires, le rapport présenté n’analyse pas assez les problèmes ou difficultés de mise en œuvre afin que les solutions y soient trouvées pour de meilleures performances les années à venir. Même les coûts des principales actions menées ont été passés sous silence ont relevé les partenaires au développement.
La moitié des membres du gouvernement a été témoin des observations des bailleurs. Les Ministres sont tous intervenus pour dire que des efforts étaient faits mais cela n’a pas convaincu les bailleurs.
Le regard des partenaires au développement sur les actions menées par le gouvernement pour réaliser les objectifs de la stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté a été très critique pour permettre réellement au gouvernement de ne pas dormir sur ses lauriers pendant que la population souffre. L’activité de la revue conjointe étant d’évaluer les performances enregistrées, de dégager les insuffisances et de tirer les leçons qui s’imposent, les partenaires au développement dont les institutions et pays ont apporté assez de moyens au Bénin n’ont pas donné dans la dentelle pour dire ce qui est et attirer l’attention sur les défis à relever.
Au-delà du rapport d’avancement présenté par le gouvernement, les bailleurs de fonds ont déclaré d’entrée de jeu que c’est le document de stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté qui leur sert de cadre de référence pour leurs interventions en matière d’appui au développement du Bénin. Sur cette base, les quatre représentants des partenaires au développement ont fait leurs observations.

Croissance et infrastructures insuffisantes
Dans son intervention, le chargé d’affaires de l’ambassade des Pays-Bas, M. Ivan Vlaar  a présenté les observations des partenaires sur la croissance et le développement des infrastructures. Contrairement à ce dont se vante le gouvernement du changement par rapport au régime précédent, les partenaires au développement ont fait remarquer que l’évolution de la croissance économique de 3,8 en 2006 à 4,6% en 2007 puis 5,0% en 2008 est insuffisante pour avoir un impact significatif sur la pauvreté, compte tenu de la croissance démographique. Les solutions mises en œuvre par le gouvernement sont loin de bouleverser les structures économiques du pays.  Or, le Nigeria constitue une opportunité à saisir.
Par rapport à la maîtrise de l’inflation, les bailleurs ont trouvé que les subventions et exonérations mises en place n’ont pas permis de réduire les prix des produits alimentaires mais d’entretenir la spéculation et un sur-stockage chez les commerçants.
En ce qui concerne l’entretien routier, la dégradation des routes, avec un pourcentage de route en bon état qui a chuté de 78% à 62% en 2008, inquiète les partenaires.
Ils déplorent aussi la faible capacité d’absorption des ressources mises à la disposition de la direction générale de l’eau , de la direction de l’hygiène et de la l’assainissement de base et de la soneb. La politique nationale de l’eau non adoptée par le gouvernement et la loi portant gestion de l’eau qui n’est pas votée sont aussi déplorés.  Le nouveau cadre tarifaire pour l’hydraulique urbaine est aussi attendu par les partenaires.
Par rapport à l’énergie électrique, les bailleurs constatent aussi la persistance du déséquilibre  entre l’offre et la demande. Le taux de 2% d’électrification en milieu rural préoccupe les bailleurs. Ils demandent d’ailleurs au gouvernement de payer la dette de la Sbee qui s’élève à 14,2 milliards de f CFA à la Ceb pour lui permettre d’importer l’électricité à moindre coût.
Abordant le renforcement du capital humain, la chargée des affaires de la coopération Suisse, Mme Léa Valanltie a exposé les griefs des bailleurs. Dans le secteur de l’éducation la faiblesse des moyens financiers et humains, des dysfonctionnements du système ont été relevés. Les bailleurs recommandent à cet effet d’actualiser le cadrage budgétaire en fonction des décisions récentes telles que l’abolition des frais scolaires, la transformation des contractuels locaux en contractuels d’Etat. Et d’accélérer entre autre, la réalisation de l’audit institutionnel des ministères en charge du secteur de l’éducation.
Au plan sanitaire, les bailleurs ont exprimé leurs préoccupations par rapport aux crises récurrentes. Ils recommandent au gouvernement de privilégier le dialogue de qualité et de relever le nombre de personnel qualifié.
Bonne gouvernance problématique
Les partenaires au développement constatent que par rapport à la lutte contre la corruption, les effets ne sont ni à la hauteur des espérances ni des actions entreprises. Le gouvernement doit repartir sur la volonté exprimée par le Chef de l’Etat dans les premiers mois de sa mandature. Il faut alors finaliser rapidement la révision de la stratégie nationale de gouvernance et anti-corruption et son plan d’action à mettre en œuvre. Ils recommandent aussi au Chef de l’Etat de promulguer le nouveau code des marchés et que suivent en même temps les décrets d’application, compte tenu de l’importance des marchés publics dans l’exécution des budgets de l’Etat.
Ils déplorent aussi la faiblesse des interventions des organes de contrôle de l’Etat. Et plus sérieux les bailleurs font constater qu’à ce jour, il n’a pas été possible d’apprécier l’efficacité du travail de ces organes, car, leurs rapports restent confidentiels. Cela ne permet pas  un renforcement de la transparence et la responsabilité financière de l’Etat. Les partenaires au développement ont souhaité la publication de ces rapports, même de façon synthétique, afin d’informer le public et de renforcer la transparence. Ils exhortent aussi le gouvernement au respect du calendrier convenu pour la soumission des lois de règlements à l’Assemblée nationale et de renforcer les moyens de la chambre des comptes pour respecter les délais.

La résurgence des op en 2008
Les bailleurs de fonds ont constaté que le rapport d’avancement présenté par le gouvernement révèle la résurgence en 2008 d’une amplification de l’exécution du budget par des procédures exceptionnelles, c’est-à-dire les ordres de paiements. Mais ce qui est paradoxal à leurs yeux, c’est que dans le document présenté, aucun point n’est fait de ses op par le comité chargé de la régularisation de ces ordres de paiements. Les bailleurs recommandent alors des dispositions plus rigoureuses en terme de planification et de gestion courante pour que l’utilisation des ordres de paiement ne relève véritablement que de l’exception.
Préoccupés aussi par les faiblesses de la gestion des ressources humaines dans l’ensemble de l’administration publiques, les bailleurs constatent aussi que l’étude sur le système de rémunération n’a toujours pas démarré alors qu’elle représente un élément clé de la modernisation de la fonction publique. Ils restent tout aussi soucieux des conditions de détentions dans les prisons civiles du Bénin où à Abomey par exemple le taux d’occupation est de 586,5% soit près de 6 détenus pour une place. Ce qui ne remplit pas les standards minimaux fixés par les Nations Unies. Cela est tout de même surprenant dans la mesure où, les dépenses en capital du Ministère de la justice ne dépassent pas les 15% en 2008. Il faut corriger cet état de chose et faire voter les modifications  du code pénal et le code de procédure pénal  pendantes devant les députés depuis 1999.

La scrp ne réduit pas la pauvreté
Les bailleurs de fonds ont constaté que le rapport présenté par le gouvernement ne fournit aucune analyse de la mise en œuvre du programme d’actions prioritaires (Pap) qui était sensé traduire de manière opérationnelle la stratégie. Du coup, le diagnostic de la pauvreté tel que présenté semble peu approfondi et ne permet pas de comprendre les facteurs  qui expliquent l’évolution de la situation actuelle de la pauvreté. Il ne fournit pas non plus les atouts et les opportunités qui s’offrent pour faciliter l’orientation des politiques pour une amélioration de la situation actuelle de la pauvreté au Bénin.
Enfin, les bailleurs de fonds remarquent à travers le rapport en étude, que la faiblesse du taux d’exécution budgétaire continue d’être un problème systémique et mérite des efforts plus hardis. La chute du taux d’exécution du budget sur base d’engagement de 78% en 2007 à 70% en 2008 et la faible exécution des dépenses consacrées aux secteurs prioritaires, comme les secteurs sociaux et productifs ne sont pas compréhensibles. Dans la mesure où les dépenses des domaines non prioritaires  comme la défense, la sécurité et les dépenses de souveraineté ont été exécutées. Les bailleurs demandent que cette distorsion soit corrigée afin que le budget exécuté reflète les priorités de la Stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté et les déclarations de politique du gouvernement. Ils recommandent au gouvernement de mettre très rapidement en œuvre son plan d’actions pour l’amélioration de la gestion des finances publiques, en accordant une attention toute particulière au renforcement des capacités d’absorption des ressources budgétaires destinées aux investissements. En un mot, les bailleurs de fonds ne sont pas satisfaits de la gestion actuelle du pouvoir du changement. Avec tous ces griefs, c’est un désaveu pour le gouvernement qui, malgré ses explications hier n’a pas  convaincu les bailleurs. Les informations qu’il a manqué de mettre à la disposition des bailleurs cachent bien des contre performance: que ces baillent n’ont pas manqué de relever. Le changement doit donc revoir sa copie et mieux s’appliquer pour atteindre les objectifs du document de stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté.

Guy Constant Ehoumi
Journal LA PRESSE DU JOUR  01/07/09
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Publié dans Politique nationale

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