Cen-Sad : comme une odeur de scandale
Un scandale de plus. Le conseil des ministres, en date du 3 juillet dernier, a rendu compte du rapport d’investigation de l’Inspection générale de l’Etat (IGE) sur les travaux effectués dans le cadre de la tenue à Cotonou du Dixième sommet des pays membres de la Cen-Sad. Quelque 6 milliards de nos francs ont été dissipés suite à de nombreuses irrégularités constatées dans l’exécution ces divers travaux.C’est le gouvernement qui a eu le courage de commanditer une enquête et de rendre publics les résultats de celle-ci, assortis de demande de sanctions à l’endroit des responsables. Mais le courage du gouvernement à rendre publics les résultats des enquêtes ne nous laisse pas moins perplexe, compte tenu du fait que beaucoup d’autres résultats d’enquête ont été courageusement rendus publics, mais non pas été suivis d’effet. Au courage d’initier des enquêtes, devrait s’ajouter le courage de les conclure comme il se doit.
La question à poser est celle-ci : y a-t-il vraiment, de la part du gouvernement, la volonté de combattre la corruption, et ceci avec esprit de suite ? Y a-t-il le désir sincère de limiter tout au moins les dégâts partout où se trouve exposé l’argent public à la tentation des uns, à l’appétit glouton des autres ? La Cen-Sad est l’illustration parfaite du genre d’opération à gros sous. Elle est de celles qui voient l’Etat s’engager à hauteur de plusieurs milliards de nos francs. Des villas à construire, des sites à viabiliser, des voies à bitumer, des centres à équiper…
On le savait : il y avait beaucoup d’argent à sortir et il y avait beaucoup d’argent à gagner. Honnêtement ou malhonnêtement. Pourquoi donc n’avoir pas pris des mesures nécessaires, comme autant de préalables, pour éviter à l’Inspection générale de l’Etat des constats d’irrégularités a posteriori ? C’est en amont, donc au départ, qu’il aurait fallu agir, plutôt qu’en aval, c’est-à-dire à l’arrivée. La sagesse populaire y voit ce qu’elle appelle « Le médecin après la mort ». Pour dire que les résultats de l’enquête de l’IGE, endossés par le gouvernement, ne valent pas plus que les résultats d’une autopsie pratiquée sur le corps froid d’un patient mort. Qu’a-t-on fait pour sauver celui-ci alors qu’il en était encore temps ? D’où les questions ci-après.
Première question. Quelles sont les mesures de sauvegarde prises avant même le démarrage des travaux visés ? On ne peut, en effet, ouvrir des chantiers de la taille des travaux réalisés dans le cadre de la Cen-Sad sans mettre en place un certain nombre de garde-fous qui aident à sécuriser l’argent public, l’argent du contribuable. On ne peut non plus, par rapport à la qualité des travaux demandés, ne pas mettre en place, un système efficace de contrôle des appels d’offres, de ceux qui y répondent, de leur qualification, de leur capacité à se conformer aux spécifications des cahiers des charges. Que dire des procédures de décaissement de l’argent public, du rythme d’exécution des travaux conformément à un chronogramme déterminé ? Cela ne s’invente pas après. C’est avant que cela se décide. C’est avant que cela se met en place. Histoire de situer chacun dans son rôle et de placer tout le monde devant ses responsabilités. Alors, pourquoi avoir laissé faire avant pour venir constater les dégâts après ?
Deuxième question. Est-il interdit de relever les dérives aujourd’hui notées au fur et à mesure qu’elles dévoyaient l’opération de la Cen-Sad, comme si le maître d’ouvrage, c’est-à-dire l’Etat, devait d’abord subir toutes les insultes et offenses, à cause de l’âpreté au gain de certains, avant que l’IGE ne soit commise à voler à son secours ?
Morceaux choisis des éléments du rapport de l’IGE, tels que présentés dans le compte rendu du conseil des ministres : « Des irrégularités et des erreurs ont émaillé la procédure d’attribution de certains marchés ». « L’exercice de la maîtrise d’ouvrage n’a pas été toujours assuré par les départements ministériels compétents ». « La procédure de gré à gré effectuée en violation des dispositions du Code des marchés publics ». « La consultation ou l’attribution de marchés à des entreprises sans expérience avérée, non qualifiées et non éligibles dans certains domaines ». « La consultation ou l’attribution de marchés sans lettre de soumission ou sans appel à concurrence ». « La collusion d’entreprise et le simulacre de consultation visant à fausser les règles de la concurrence ». Arrêtons cette énumération. Où étaient et que faisaient tous nos corps de contrôle au niveau de l’Etat, toute la pléiade de nos cadres de l’administration centrale au moment où se commettaient de telles irrégularités ?
Troisième question. Pourquoi, dans ces genres d’opération n’a-t-on pas recours à l’assistance d’organisations nationales de la société civile ayant l’expertise nécessaire en matière de contrôle ou à des corps d’experts indépendants ? Maintenant, il se peut que l’on ne fasse confiance à personne, estimant que tout le monde est pourri. Dans ce cas, qui peut encore contrôler qui ? Qui peut encore juger qui ? Qui peut prétendre avoir les mains propres ? Que Dieu nous préserve de la pourriture.
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 7 juillet 2009
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