Gestion du pouvoir à l’ère du changement : Trois ans de navigation à vue, trois ans de mensonge, trois ans de scandales
Le régime du Dr Boni Yayi a-t-il encore quelque chose à faire valoir en matière de bonne gouvernance ? La réponse est assurément non ! En l’espace de trois ans, les scandales financiers se sont tellement succédé qu’on se demande si ceux qui ont jusque-là diabolisé le Général Mathieu Kérékou ne vont pas maintenant se taire, juste par pudeur pour ne pas paraître comme des amuseurs de la galerie.Bradage dans des conditions ténébreuses de l’outil industriel de la Sonapra, refus de certification des comptes de la même société pour le compte de l’année 2007, malversations portant sur plus de 6 milliards de F Cfa dans la gestion des projets de réhabilitation et de réfection des infrastructures de la Cen-Sad, dilapidation des ressources de la Soneb et de la Sbee, non respect du principe de l’unicité des caisses de l’Etat au sujet de la budgétisation des fonds issus de l’escorte des véhicules d’occasion, indiscipline budgétaire, octroi de marchés publics gré à gré à des parents et autres proches du pouvoir, utilisation abusive et sans norme des Ordres de paiement…La liste n’est pas exhaustive. Mais déjà, on peut se rendre compte du tort causé par le régime actuel aux finances publiques en l’espace de trois ans. Et à l’analyse, on ne peut qu’en arriver à la conclusion selon laquelle les espoirs ont été déçus pendant les trois ans du régime dit du changement. Et pourtant, on était loin de le croire à un bilan aussi catastrophique à voir les déclarations hasardeuses et à la limite de la provocation que font certains membres du gouvernement. Ils ne situaient le mal qu’au niveau de l’ancien régime. Ils sont même allés jusqu’à dire que Kérékou n’a laissé que 200 millions dans les caisses de l’Etat.
Mais aujourd’hui, l’histoire semble donner raison au Général Mathieu Kérékou qui n’a pas cédé à la provocation de ceux qui le diabolisent alors qu’ils n’ont pas encore gagné l’autre rive. Les pilleurs de l’économie nationale ne sont pas seulement ceux qui ont dirigé le pays par le passé, comme le faisait croire le ministre Réckya Madougou qui a voulu peindre en noir la gestion du Bénin sous le régime Kérékou dans son fameux livre «Mon combat pour la parole». Le Bénin du changement est plus que jamais pourri. Même au plan administratif, rien ne fonctionne. Le Professeur Albert Tévoédjrè l’a dit clairement il y a quelques jours. Tout ce qui semble marcher, c’est le mensonge d’Etat érigé en système de gouvernance. Le comble, c’est que le premier magistrat ne veut être responsable de rien. Pendant qu’on pille et qu’on dilapide les maigres ressources du pays et qu’on fait peser sur la démocratie de graves menaces avec des propos régionalistes, le Chef de l’Etat dégage toujours sa responsabilité. Et pour amuser la galerie, on vient sans gêne dire à la face du monde que ce qu’un ministre d’Etat fait et qui porte préjudice aux caisses de l’Etat n’est pas connu par le Chef de l’Etat.
C’est en tout cas trop facile puisque les Béninois ont de la mémoire. Dans un passé récent, le ministre porte-parole du gouvernement avait eu le courage de dire que les raisons qui expliquent le limogeage du ministre Soulé Mana Lawani n’étaient liées à une quelconque malversation. Mais que veut nous faire croire le compte rendu du conseil des ministres du 3 juillet dernier ? La question reste entière et montre à bien des égards que le Bénin a un problème d’hommes. Lorsqu’un membre du gouvernement et de surcroît, porte-parole du gouvernement décide de parler, c’est pour dire des choses auxquelles on doit faire foi. Mais hélas ! Victor Topanou en l’espace d’un mois a varié dans ses déclarations concernant le limogeage de Soulé Mana Lawani. C’est tout le mal qu’on reproche à ces hommes du changement qui veulent toujours situer le mal de l’autre côté. Maintenant, on a la conviction qu’on est au Bénin dans le cercle des tropiques. C’est du pareil au même. Tout ce qu’on demande, c’est que le Chef de l’Etat ait le courage de remuer l’arbre sous lequel il s’abrite. Il y a encore des fruits pourris.
Affissou Anonrin
Journal LA PRESSE DU JOUR 08/07/09
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