CORRUPTION DANS L’ADMINISTRATION PUBLIQUE BENINOISE : Des faits qui donnent raison à Roger Gbégnonvi
Les cas de corruption révélés au ministère des Finances constituent la preuve que l’administration publique béninoise reste profondément ancrée dans la corruption, ce qui donne raison à l’ex ministre Roger Gbégnonvi qui a tiré la sonnette d’alarme de nombreux mois plus tôt. Les mesures punitives prises par le gouvernement du président Boni Yayi au cours du dernier conseil des ministres justifient l’alarme donné précédemment par l’ancien ministre Roger Gbégnonvi. Ainsi le chef de l’Etat, en décidant de frapper fort, a sans nul doute voulu prévenir les autres brebis galeuses de l’administration publique de sa capacité à prendre contre les cadres corrompus, des sanctions à la mesure du forfait qu’ils commettraient.
La mise au jour des irrégularités constatées dans la gestion des fonds alloués à l’organisation du sommet de la Cen-Sad permet aujourd’hui d’affirmer, avec plus ou moins de certitude, que la question de la corruption demeure entière dans l’administration béninoise. Constat : le mal a continué et a pris de l’ampleur, faute de lutte.
Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir des hommes prêts à mener la vie dure à ce fléau que le Bénin continue de le subir avec tant de cruauté. Le manque d’attention au discours de ces hommes a jusqu’ici permis au phénomène de s’enraciner et de prendre des proportions ahurissantes. L’un des pourfendeurs invétérés de la corruption au Bénin est le professeur Roger Gbégnonvi, qui a fait une virée au gouvernement Yayi avant d’en sortir par une porte que chacun qualifie selon ses convictions politiques et, certainement aussi, selon son entendement. Les uns pensent ainsi que Roger Gbégnonvi est sorti par la petite porte, en raison de la durée relativement courte de son passage au gouvernement ; les autres lui font chapeau bas et martèlent que l’ex ministre de l’Alphabétisation et des langues nationales est bel et bien sorti par la grande porte. Mais la question ne se pose pas en termes de petite ou grande porte. Il s’agit de savoir si oui ou non cet Ayatollah de la lutte contre la corruption avait ou pas raison de signifier publiquement son ras-le-bol face au constat désolant d’une corruption tentaculaire et de haute facture dans l’administration béninoise, notamment celle qu’il a eu à la fois le privilège et l’amertume de connaître et de palper.
En effet, mis à part le reproche plus ou moins fondé que l’on peut faire à Roger Gbégnonvi d’avoir, en sa qualité de ministre, mis sur la place publique des pratiques qui ternissent l’image du gouvernement, en dépit de la justesse de la cause qu’il plaide, tous ceux qui ont une once de sens patriotique pour le Bénin devraient s’accorder à faire ces jours-ci un clin d’œil reconnaissant à cet homme, pour avoir eu le courage de dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas.
La preuve, dorénavant, est faite au grand jour que l’administration publique béninoise reste fortement gangrenée par des cadres corrompus. La piste du ministère des Finances ne fait ainsi que corroborer la thèse défendue par le professeur quelques mois plus tôt. Par conséquent, le président de la République, s’il tient à lutter effectivement contre le phénomène et à démontrer sa détermination à poursuivre la lutte, devra aller plus loin et dans tous les ministères d’où pourraient émaner des relents de mauvaise gouvernance.
Mais, pour n’avoir pas commencé par le ministère indexé par Gbégnonvi bien avant le dossier Cen-Sad, le président Boni Yayi donne l’impression d’avoir ignoré le cri d’alarme du professeur, et on est en droit de se demander à quand le tour de ce ministère.
Sébastien DOSSA
Journal NOUVELLE EXPRESSION 09/07/09
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