CRISE FINANCIERE, COMMERCE ET INTEGRATION REGIONALE EN AFRIQUE: Bio Tchané pour le renforcement des institutions et marchés financiers du continent

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

Au moment où le G8 se concerte en Italie, chacun pense que les chocs provoqués dans le monde libéral devraient être au centre des préoccupations. Les pays les plus riches feront certainement le bilan de l’efficacité des mesures prises, dans l’urgence par chaque puissance. Et l’Afrique dans tout cela ? Bio Tchané qui est passé mardi sur la télévision nationale et a qui a abordé des questions de financement du développement dans l’espace UEMOA, a rappelé les impacts de la crise financière mondiale sur laquelle il a déjà fait en mai dernier, une importante communication. Celle-ci fait le diagnostic de l’Afrique face à la crise financière. Ce qu’il en conclut peut servir aux différents pays de l’union et aux partenaires trouver sur le continent, des réponses adaptées à la crise financière mondiale aux niveaux du commerce, du marché financier et de l’intégration économique.
Après son diagnostic, le président de la Boad concluait en effet en ces termes : « … Comme pour le reste du monde, le commerce a été en Afrique l'un des principaux moteurs de la croissance accrue connue au cours des récentes années. Toutefois, la viabilité à long terme de cette croissance tirée par les échanges est actuellement menacée. En effet, les pays avancés étant en proie à une profonde récession, leur demande de produits exportés par l'Afrique se réduit de manière notable. La croissance dans les pays émergents et dans les pays en développement ralentit fortement, sous l'effet de la baisse de la demande d'exportations, mais aussi en relation avec l'évolution des cours des produits de base. Les pays africains, comme ceux des autres continents, subissent par ailleurs un durcissement des contraintes financières externes, notamment dans le cadre de leurs relations commerciales. L'Afrique se trouve ainsi confrontée au défi de sortir des sentiers battus dans sa quête de réponses appropriées à la crise. Celle-ci lui offre l'occasion d'accélérer le rythme de réalisation d'une intégration régionale plus poussée.

Mettre en place des zones régionales de libre échange
En dépit de la création de diverses Communautés Economiques Régionales (CER), nombre de pays du Continent n'ont pas totalement démantelé les barrières aux échanges. Il s'agit maintenant de rendre effectives les zones régionales de libre échange et de mettre en place des mécanismes de contrôle du respect, par les états, des protocoles et traités dont ils sont signataires. L'absence d'un mécanisme de compensation pour les perdants de l'intégration constitue également un obstacle à la mise en oeuvre complète des programmes d'intégration. D'autres obstacles plus structurels existent aussi. Ainsi, comparés à ce qui existe dans la plupart des autres pays en développement, les coûts de transport en Afrique sont particulièrement élevés et il est nécessaire d'oeuvrer à leur réduction, notamment en investissant dans les infrastructures. De même est-il nécessaire de travailler à réduire les nombreux barrages qui existent sur les routes, les retards aux postes frontières, la carence de certaines procédures de dédouanement, ou encore la corruption de certains fonctionnaires. L'agriculture, pour laquelle nombre de pays africains jouissent de conditions favorables de production, représente un secteur porteur pour la promotion des échanges régionaux ; elle devrait bénéficier d'une attention particulière. Au demeurant, une contrainte majeure pour la réalisation des investissements réside dans l'insuffisante disponibilité de ressources adéquates. A cet égard, le soutien des partenaires au développement est nécessaire pour accompagner les efforts que déploient les Etats. L'appartenance de certains pays à plusieurs CER et les doubles emplois qui, souvent, en résultent, constituent des obstacles à une intégration rapide tout en entraînant un gaspillage de ressources dans les pays concernés. Par ailleurs, les Etats devraient éviter de prendre des mesures à caractère protectionniste, susceptibles de remettre en cause les politiques communautaires. A contrario, il est important que les états membres d'une CER appliquent des politiques macro-économiques convergentes. Le renforcement des institutions et marchés financiers du continent devrait également constituer une préoccupation. De telles dispositions sont essentielles, en effet, pour appuyer le développement du secteur privé (y compris les PME / PMI), le commerce (régional et international), la croissance et la réduction de la pauvreté. En fin de compte, les communautés économiques régionales constituent aussi des facilitateurs pour une meilleure insertion des pays africains dans le commerce international. Tout en mettant en exergue leur nécessité, la crise actuelle offre l'occasion d'une réflexion approfondie en vue d'une plus grande diversification des structures productives et des partenariats commerciaux. S'agissant notamment des accords commerciaux préférentiels, il est souhaitable que les pays africains s'organisent pour tirer davantage parti de ceux qui existent déjà car, dans le passé, ils n'ont pas pu exploiter suffisamment les potentialités qui y étaient liées.

Extrait de la Communication de M. Abdoulaye BIO-TCHANE, Président de la BOAD aux ASSEMBLEES ANNUELLES DU GROUPE DE LA BAD à Dakar du 13 et 14 mai dernier, dans le Panel « Crise financière, commerce et intégration régionale en Afrique »
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