Mobilisation des travailleurs contre les dérives à l’ère du changement : Le gouvernement use de la force pour contrer la marche (La manifestation est remise au jeudi 30 juillet prochain)

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

Ils étaient plusieurs centaines de militants et sympathisants à répondre hier mardi, à l’appel de leurs responsables des différentes centrales et confédérations syndicales du Bénin, les invitant à la marche de protestation contre certaines dérives de gouvernement. Mais, l’Exécutif usant de ses prérogatives, a mobilisé une cohorte de policiers et de gendarmes, tant à l’Etoile rouge qu’aux alentours de la bourse du travail, points de ralliement et de chute de la manifestation, empêchant ainsi la marche.
Qu’ils soient de la Cstb, de la Csa-Bénin, de la Cosi-Bénin, de la Cgtb, de l’Unstb ou de la Fesyntra-Finances, aucun des travailleurs affiliés à ces centrales et confédérations syndicales du Bénin ne voulait en tout cas se faire conter l’événement hier, tant la manifestation vise l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail, de même qu’elle a rapport à l’expression de leurs libertés de parole et de réunion, à la défense de leurs droits. Mais, de l’Etoile rouge où devait normalement démarrer la marche de protestation contre les privatisations tous azimuts, la hausse des prix des produits pétroliers, de l’électricité et de l’eau, la corruption notamment dans l’affaire Cen-Sad et la mauvaise gouvernance au sein de l’Exécutif, la forte mobilisation des hommes en uniforme positionnés pour ceinturer le monument, n’a pas permis aux travailleurs qui ont répondu présents, de prendre leurs marques. Ceci n’a pas empêché Gaston Azoua, Dieudonné Lokossou, Georges Kakaï Glèlè, Pascal Todjinou, Emmanuel Zounon, Laurent Mètongnon et Paul Essè Iko, d’opter pour un repli tactique en direction de la bourse du travail pour la lecture de la motion de protestation. Mais, là encore, attendait une ceinture de sécurité formée tant de policiers que de gendarmes bien outillés, pour limiter les passions. Evitant ainsi de livrer leurs militants à un holocauste, les secrétaires généraux au cours du sit-in auquel ils étaient contraints, ont entretenu leurs hommes au sein de la bourse du travail. Tour à tour, chacun y est allé de fort belle manière pour dénoncer l’arbitraire qui se trame dans le pays. Pour Dieudonné Lokossou, le gouvernement, dans le désespoir, perd la notion de la démocratie en confondant le changement à la dictature. Pascal Todjinou, concluant à une complicité établie du chef de l’Etat, trouve incompréhensible la décision du gouvernement d’interdire une marche de protestation contre la corruption, alors que c’est cela un combat que mènerait le Dr Boni Yayi contre le fléau. Quant à Emmanuel Zounon, la dictature semble davantage gagner le paysage social du Bénin, vu la horde des forces de l’ordre mobilisée pour empêcher une manifestation pacifique contre la mauvaise gouvernance. Georges Kakaï Glèlè revient sur les questions liées aux droits acquis des travailleurs, pour démontrer que le gouvernement jouant contre la démocratie, perd ses repères. Laurent Mètongnon prend la parole pour affirmer que le gouvernement est en désarroi. A travers des confidences qu’il a faites, il a rapporté les propos du chef de l’Etat qui ne souhaiterait plus rempiler en 2011. Il a ensuite dénoncé les basses manœuvres de l’Exécutif à étouffer les mouvements de revendication. Enfin, pour  mettre la puce à l’oreille des militants, de l’opinion nationale et internationale, il a parlé de la sécurité des responsables syndicaux qui est menacée à travers des appels venant tant des ministres insoupçonnés que de personnes anonymes.

48 h de grève dès mardi prochain
 L’honneur est revenu à Gaston Azoua qui, pour conclure, a indiqué que l’heure est très grave pour notre démocratie. Si tant est que pour une marche de protestation pour la bonne gouvernance, le gouvernement du Dr Boni Yayi s’y oppose, dira le Sg de la Cstb, c’est que la démocratie est en danger dans notre pays et le pouvoir est à terre. L’homme est revenu sur les propos de Laurent Mètongnon, pour confirmer que le chef de l’Etat aurait rassuré de mettre la barre haute, si tant est que sa volonté de ne pas se présenter à la prochaine présidentielle se confirmait. Mais, de l’avis de Gaston Azoua, si le gouvernement use de la force pour arriver à ses fins contre le droit d’expression et de réunion des travailleurs, il y a matière à réfléchir sur le danger que court le Bénin. Pour lui, il n’est pas question de croiser les bras. Au contraire, il est plus urgent pour les travailleurs de se mobiliser pour aller contre ces dérives totalitaires. Il a ensuite saisi l’occasion pour rappeler qu’au-delà de l’affaire Cen-Sad où plusieurs milliards ont été engloutis, la poursuite des Nouveaux programmes d’études qui abêtissent les enfants, constitue un autre scandale tant financier que moral. Enfin, il a appelé les militants à observer dès le mardi prochain, une grève de quarante-huit (48) heures dans tous les secteurs de production dans notre pays, avant d’inviter pour le jeudi 30 juillet 2009, tous les travailleurs à la grande marche pacifique de protestation qu’ils entendent organiser, pour dire non aux abus du changement.

Denis Magnidet
Journal LA PRESSE DU JOUR  22/07/09

Des responsables syndicaux livrent ici leurs impressions
Georges Kakaï Glèlè, Sg/Cosi-Bénin
D’abord, par rapport à la mobilisation des militants, il faut reconnaître que les travailleurs croient encore en leurs responsables. Nous sommes sur la bonne piste et nous devons nous mobiliser davantage pour éviter à ce pays ce qu’on lui prépare. Je  ne suis pas surpris de la réaction des gouvernants. C’est de bonne guerre. Qu’on le veuille ou non, la vérité finit par jaillir et les causes justes finissent par triompher. Nous ne luttons pas pour le pouvoir. Nous luttons pour tous les travailleurs des villes et des campagnes. Car tout ce qu’ils gagnent permet le développement du pays. Tout est lié et il faut que les gouvernants se prennent au sérieux. Sékou Touré a dit qu’on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. Il faut offrir aux travailleurs des conditions décentes de travail. S’agissant des forces de l’ordre, on aurait dû les épargner de cette mission, puisque c’est une marche pacifique. Je pense qu’elles ont fait preuve de responsabilité en nous confiant la mission pour laquelle elles sont envoyées sur le terrain. S’agissant du respect de leur mot d’ordre, c’est une mesure de sagesse consistant en un repli tactique, pour éviter le pire à nos militants. Mais ce n’est que partie remise.

Pascal Todjinou, Sg/Cgtb
Personnellement, la démocratie est en panne. C’est regrettable de la part de notre pays. Il y a quelque chose que moi Pascal Todjinou, je ne comprends pas. Le dossier Cen-Sad est un dossier de corruption. Le Président Yayi a marché ici contre la corruption. Il est difficilement compréhensible que le président puisse interdire qu’on dénonce la corruption. Il y a quelque chose qui ne marche pas à ce niveau. On en dira un peu plus au moment opportun. S’agissant de la mobilisation des militants, c’est encourageant. Mais, ils doivent encore se mobiliser davantage, travailleurs de l’administration que du privé, paysans, artisans, hommes, femmes, jeunes et vieux, en un mot tous les démocrates prêts à défendre la nation. C’est un acte citoyen et tous les démocrates doivent aller contre la privation des droits. Sinon, ce sera une honte publique, si on se laisse toujours faire.

Dieudonné Lokossou, Sg/Csa-Bénin
Effectivement, une marche était programmée par les confédérations et centrales syndicales, malheureusement nous avons fait un repli tactique malgré notre détermination. C’est une marche de sagesse, afin d’éviter de livrer nos militants à un holocauste. Cette situation nous permettra de redéfinir un nouveau mode de combat. Vu la mobilisation des travailleurs malgré l’interdiction de la marche, on note une prise de conscience des militants qui veulent mettre un frein à la corruption galopante. Je ne regrette pas que nous ayons été entourés par les forces de l’ordre. Cela prouve que nous étions vraiment sécurisés. Mais, je dis que tout ce qui ce passe n’est pas à l’avantage du gouvernement. En gros, je remercie les travailleurs qui ont répondu à l’appel des confédérations et comme je l’ai dit, ce n’est que partie remise. Nous rendons hommage à tous les travailleurs qui soutiennent à la base, la lutte pour une équité et une justice. Nous arrêterons une position commune sur la grève de protestation de 48 heures qui démarre dès mardi prochain, pour prévenir des dérives qui nous envahissent. Ensuite, nous allons réintroduire une autre demande pour rééditer la marche, parce que nous fustigeons cette injustice à nous faite. Et tant que l’autorisation de marche ne nous sera pas accordée, nous allons chaque fois la renouveler jusqu’à satisfaction.

Propos recueillis par Denis Magnidet

La réaction de Armand Zinzindohoué : « La marche des travailleurs n’a pas été interdite par le gouvernement »
Le ministre de l’intérieur et de la sécurité, M. Armand Zinzindohoué s’est prononcé hier sur la situation qui a prévalu à Cotonou et qui a conduit à l’interdiction de la marche de protestation programmée par les Centrales syndicales. Dans sa déclaration, M. Armand Zinzindohoué a indiqué que cette marche n’a jamais été interdite ni par le gouvernement, ni par le ministère de l’intérieur et de la sécurité comme cela a été rapporté par les syndicalistes. « Nous sommes dans un Etat de droit et l’Etat de droit, c’est la légalité », a déclaré d’entrée le ministre Armand Zinzindohoué. Poursuivant sa déclaration, il a indiqué par ailleurs que : « La marche des syndicalistes n’a pas reçu l’autorisation des autorités compétentes. Une marche qui n’a pas reçu l’autorisation ne peut pas être encadrée. Une marche qui n’est pas encadrée par les forces de l’ordre peut dégénérer…
En tant que ministre de l’intérieur, j’ai reçu délégation du Chef de l’Etat pour préserver la paix et assurer l’ordre et la tranquillité dans le pays… ».  « Je pense qu’il n’est jamais question de restriction des libertés syndicales. Toutes les autres libertés, la liberté de presse, la liberté d’aller et de venir, la liberté de manifester reconnues par la Constitution ne connaîtront jamais de restriction à l’ère du changement », a conclu le ministre Armand Zinzindohoué qui a rassuré que si demain ou après demain, les syndicalistes reçoivent l’autorisation, ils marcheront et leur marche sera encadrée par les forces de sécurité publique.

Une grosse farce
Cette déclaration du ministre Armand Zinzindohoué a quelque chose de surprenant. A l’entendre, on pourrait croire que le gouvernement du Dr Boni Yayi a la palme d’or en matière de promotion des droits reconnus par la Constitution du 11 décembre 1990. Mais erreur ! Lorsqu’on regarde autour de nous, on se rend compte qu’il y a une grosse farce dans les propos du ministre Armand Zinzindohoué. Plutôt que de reconnaître son tort, il se permet malheureusement de jeter  de l’huile sur le feu compromettant ainsi les démarches entreprises par le Chef de l’Etat pour faire la paix avec les partenaires sociaux que sont les syndicalistes.
En vérité, on se demande si le ministre Zinzindohoué dont la présence au sein du gouvernement du Dr Boni Yayi n’a rien apporté de positif au Chef de l’Etat ne doit pas cesser de prendre les Béninois pour des moutons. Le samedi 18 juillet dernier la marche pacifique organisée par les femmes du parti Nep-Mixalodo pour protester contre la vie chère et le gaspillage des ressources de l’Etat n’avait-elle pas été empêchée par les forces de sécurité publique alors qu’elle avait été autorisée par la mairie de Cotonou qui a répondu par courrier N° 0330/MCOT/SG/DSAP/DSAS du 17 juillet 2009 à la demande introduite par les organisatrices par lette N00520-07/PDT/SG/SNAS-PF/09 le 13 juillet 2009 et que des dispositions sécuritaires avaient été prises ? Où était le ministre Armand Zinzindohoué qui parle aujourd’hui de respect des libertés syndicales et des autres libertés reconnues par la Constitution ? Le Bénin a un véritable problème d’homme. C’est malheureusement le constat.

Affissou Anonrin
Journal LA PRESSE DU JOUR  22/07/09
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Publié dans Politique nationale

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