Interdiction de la marche des travailleurs : Armand Zinzindohoué fait de la diversion et complique la tâche à Yayi (C’est le préfet qui a interdit la marche par ordre, la mairie n’en a pour ri

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

Les travailleurs réunis au sein des différentes centrales syndicales du Bénin ont été interdits de marcher le mardi 21 juillet dernier contre le gaspillage des ressources de l’Etat surtout dans le dossier Cen-Sad. Pour les empêcher de battre le macadam, un impressionnant dispositif policier et militaire a été déployé. Le tôlé suscité par cette situation a amené le ministre Armand Zinzindohoué à monter au créneau pour faire remarquer que « la marche n’a pas été interdite, mais elle a été empêchée parce qu’elle n’a pas été autorisée ». Rien que de la diversion lorsqu’on s’en réfère aux manœuvres de l’autorité qui a précédé la manifestation.
Au Bénin, c’est désormais clair. Plus rien ne sera comme avant dans le cadre de la promotion des libertés syndicales. Le ministre Armand Zinzindohoué vient d’en donner la parfaite illustration le mardi 21 juillet dernier en empêchant les travailleurs réunis au sein des différentes centrales syndicales reconnues par le pouvoir de manifester contre le gaspillage des ressources de l’Etat. Pour justifier l’acte antidémocratique qu’il a posé, le ministre de la sécurité a fait observer qu’il s’agissait pour lui de préserver la paix et la tranquillité parce que la marche que voulait faire les travailleurs n’a pas été autorisée. Mais là où le ministre Armand Zinzindohoué se contredit et distrait l’opinion, c’est le long argument qu’il a développé après en ce qui concerne la restriction des libertés reconnues par la Constitution du 11 décembre 1990 adoptée par le peuple béninois. Pour lui en effet, il n’y aura jamais restriction des libertés syndicales encore moins des libertés reconnues par la Constitution à l’ère du changement puisque le Chef de l’Etat tient à ses libertés là. Où veut-il vraiment en venir et qu’est-ce qui se fait lorsqu’on empêche les travailleurs de marcher parce qu’ils veulent parler du brûlant dossier Cen-Sad ? Le ver est dans le fruit. Dans ce dossier en effet, il y a économie de vérité de la part du ministre Armand Zinzindohoué qui tente aujourd’hui de culpabiliser les autorités municipales.
Dans ses propos, il a en effet dit que ce sont ces autorités compétentes au regard de la loi qui n’ont pas autorisé cette marche et comme nous sommes dans un Etat de droit, une marche non autorisée ne peut pas être encadrée par les forces de l’ordre. Mais c’est justement à ce niveau que se trouve la vraie gymnastique du ministre. Par message radio N°2/339/DEP-ATL-LIT/…du 16 juillet 2009 à tous les maires, le préfet des départements de l’Atlantique et du Littoral avait donné des instructions fermes pour que toute manifestation de rue ayant rapport avec le dossier Cen-Sad soit strictement interdite. La raison évoquée est de préserver la paix, la tranquillité et l’ordre public afin que permettre à la commission chargée de faire la lumière sur ce dossier puisse travailler sans être influencé par quelque pression que ce soit. C’est donc se basant sur cette recommandation de l’autorité de tutelle qu’est le préfet et en se fondant sur les dispositions de l’arrêté préfectoral interdisant les manifestations de rue sur le dossier Cen-Sad que la secrétaire générale de la mairie de Cotonou a, le 20 juillet 2009, en réponse à la demande introduite par les responsables syndicaux le 16 juillet 2009, exprimé son regret de les informer qu’elle ne saurait leur accorder l’autorisation de marcher.
C’est donc clair qu’il y a eu des manœuvres depuis le sommet pour empêcher les travailleurs de marcher. Comme on peut donc le constater, la mairie de Cotonou qu’on tente aujour-d’hui d’incriminer n’en a pour rien dans cette interdiction. Elle n’a fait que respecter les injonctions de l’autorité de tutelle comme l’indique la loi. D’ailleurs, dans un communiqué rendu public hier, le 3e adjoint au maire de Cotonou, M. Christian Sossouhounto a dit clairement que le ministre de l’intérieur a fait économie de vérité car, il devrait faire référence à l’arrêté préfectoral pris à la suite de ses propres instructions pour interdire cette marche. Et ce qui paraît suspect, c’est le message radio envoyé à tous les maires des départements de l’Atlantique et du Littoral par le préfet. Qui est-ce qui a inspiré ce message porté qui vient appuyer l’arrêté préfectoral ? La réponse coule de source. Le préfet ne peut rien s’il n’a pas reçu des ordres du sommet. Et comme on peut le constater, il y a bel et bien restriction des libertés reconnues par la Constitution à l’ère du changement contrairement à ce que le ministre Armand Zinzindohoué a voulu faire croire.

Le précédent
Le précédent créé ici par le ministre Armand Zinzin-dohoué est qu’il y a comme une politique de deux poids, deux mesures. Alors qu’on interdit aux travailleurs de manifester, on autorise des partis politiques et autres associations proches du pouvoir de s’exprimer pour soutenir le Chef de l’Etat dans le même dossier Cen-Sad. Tout se passe comme si le ministre Armand Zinzindohoué n’est pas le ministre de la Nation. Tout se passe comme si c’est seulement au niveau des départements de l’Atlantique et du Littoral que se limitent ses compétences. C’est malheureusement le zèle qu’il ne fallait pas faire surtout que le Chef de l’Etat a rencontré il y a quelques jours les responsables syndicaux pour amorcer avec eux une trêve sociale. En les empêchent de dénoncer les pilleurs de l’économie nationale, Armand Zinzindohoué rend t-il ainsi service au Chef de l’Etat. Assurément non.
La sortie des responsables des syndicats de l’administration centrale des finances n’a-t-elle par permis de se faire une idée sur le montant réel des milliards dilapidés pour le 10è sommet de la Cen-Sad ? Si ces syndicalistes s’étaient tu, est-ce qu’on saurait que ce sont 70 milliards de F Cfa environ qui sont partis en fumée ? Si ces syndicalistes avaient gardé le silence, est-ce qu’on aurait su que le ministre François Noudégbèssi n’avait pas les mains propres dans ce dossier ? Finalement, on peut bien se demander de quoi le ministre Armand Zinzin-dohoué a peur. D’ailleurs, en quoi des manifestations de rue peuvent-elles influencer les membres de la commission chargée de faire la lumière autour du dossier Cen-Sad ? Voilà autant d’interrogations qui rendent suspect l’acte posé par le ministre Armand Zinzin-dohoué. Ce sont ceux qui ne veulent pas aider le président Boni Yayi à aller loin dans la lutte contre la corruption qui constituent la plus grande menace pour la paix.

Affissou Anonrin
Journal LA PRESSE DU JOUR  23/07/09
Publicité

Publié dans Politique nationale

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article