Moralisation de la vie publique: Boni Yayi n’ira pas jusqu’au bout
L’affaire Cen-Sad continue de défrayer la chronique et des voix s’élèvent pour pousser le Chef de l’Etat Boni Yayi à aller jusqu’au bout pour faire toute la lumière sur ce dossier. Mais, compte tenu de l’imbrication des relations entre les mis en cause et le président de la République, il y a de fortes chances que cette affaire n’aboutisse.La liste des scandales financiers qui accablent le gouvernement du Dr Boni Yayi est longue. Entre autres, on peut citer les 70 milliards de francs Cfa de la Cen-Sad, le dossier Sonapra (50 milliards francs Cfa), le dossier de l’avion présidentiel (5 à 7 milliards francs Cfa), sans oublier les centaines de milliards de francs Cfa de marchés publics exécutés gré à gré dans les ministères. Face à la mauvaise gestion des affaires publiques, les efforts de la cellule de communication du gouvernement n’ont pu laver l’honneur de la Haute Autorité. Plus les jours passent, plus des voix s’élèvent pour montrer à la face du monde, que le président de la République Boni Yayi est bel et bien au courant des agissements de ses proches collaborateurs. En réalité ces personnes ont raison, et à y voir de près, le Dr Boni Yayi ne pourra rien faire pour rendre gorge aux pilleurs de l’économie nationale. Le reste, c’est de la communication.
Le cas Adjanohoun et Da Matha
Les griefs du Fonac contre les anciens responsables de la Sbee Célestine Adjanohoun et Luc Da Matha Sant’anna étaient selon M. Jean Baptiste Elias portés à la connaissance de la Haute Autorité tout au début de son quinquennat. Mais contre toute attente, c’est avec stupéfaction que les organisations de la Société civile impliquée dans la lutte contre la corruption ont découvert que ces deux anciens directeurs de la Sbee accusés de mauvaises gestion à la tête de la Sbee ont été positionnés puis élus députés sur la liste des Force cauris pour un Bénin Emergent (Fcbe) qui soutiennent les actions du Chef de l’Etat. La campagne médiatique qui a été faite autour de ce dossier est connue de tous. Mais, aussi paradoxale que cela puisse paraître, au cours de la même période, Mme Célestine Adjanohoun a été aperçue à plusieurs reprises aux côtés de la Première Dame à Ouidah. La suite, tout le monde la connaît. Les députés Célestine Adjanohoun et Luc Da Matha Sant’anna se cachent derrière leur immunité parlementaire qui devrait être levée si le Chef de l’Etat en avait vraiment la volonté car, à cette époque, il disposait encore d’une majorité parlementaire.
Du même au même
Dans le cadre de l’affaire Cen-Sad, c’est la même stratégie qui a été adoptée. L’opposition avait tiré la sonnette d’alarme dans ce dossier. Mais, elle fut rapidement livrée aux meutes par les griots du Changement. La suite est connue de tous. Le Chef de l’Etat a d’abord fait sortir Soulé Mana Lawani du gouvernement avant de faire passer le rapport de l’Inspection générale de l’Etat (Ige) en conseil des ministres. N’eut été la vigilance de la presse et surtout la sortie médiatique de Me Adrien Houngbédji président du Prd, le ministre François Noudégbèssi ne serait pas suspendu. Or, si le Chef de l’Etat devait aller jusqu’au bout de sa logique, c’est une bonne partie de son gouvernement qu’il allait balayer. Une simple lecture du rapport de l’Ige permet de situer les responsabilités et de prendre les mesures qui s’imposent. Mais, comme il voulait se tirer d’affaire pourra-t-on dire, le premier magistrat du pays semble se cacher derrière une seconde commission d’enquête dirigée par M. Stanislas Pognon.
Vice de procédure ou échappatoire bien calculé ?
La nouvelle commission d’enquête chargée de situer la responsabilité directe ou indirecte de certains ministres semble être une échappatoire. On connait les résultats des commissions d’enquête du genre au Bénin sous le Renouveau démocratique. Et au terme de son rapport, des instructions seront données comme d’habitude aux gardes des Sceaux pour des poursuites qui ne vont jamais aboutir. C’est le lieu de souligner le vice de procédure dans ce dossier. « Le ver est dans le fruit » ou « c’est un coup d’épée dans de l’eau » comme se plaisent à le dire certaines personnes. Dans le cadre du dossier Cen-Sad, l’idéal pour le locataire de la Marina serait de constituer directement un tribunal ad hoc ou de confier l’affaire à un Procureur choisi par le Conseil supérieur de la magistrature, intègre, impartial et honnête. Ce qui n’est malheureusement pas le cas. Et compte tenu des expériences du passé, il ya de fortes chance d’affirmer que Boni Yayi ne pourra pas aller jusqu’au bout dans ce dossier.
Judicaël ZOHOUN
Journal 24 HEURES AU BENIN 28/07/09
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