La politique et le politicien à la loupe

Publié le par ABDOULAYE BIO TCHANE

Les hommes politiques sont de grands sentimentaux. Ils fonctionnent aux sentiments et carburent à l’émotion. Ils veulent qu’on les aime. Aussi montrent-ils une hyper sensibilité à toute critique à leur adresse. Ils veulent se voir, dans nos miroirs, tels qu’ils pensent qu’ils sont. Aussi sont-ils malades quand ils s’aperçoivent que l’image que nous avons d’eux ne correspond pas tout à fait celle qu’ils s’efforcent de donner d’eux-mêmes. Ils veulent être  remerciés pour tout le bien qu’ils estiment nous faire. Aussi se croient-ils  devant un mur d’ingratitude quand, en lieu et place des remerciements attendus, ce sont des injures ou des critiques qu’ils essuient.
Et c’est parce qu’il en est ainsi, sous nos cieux notamment, que ni le politicien, ni le parti politique, ni le militant d’un parti politique n’en sont vraiment. Ils sont autrement calibrés. Ils ne peuvent, de ce fait, répondre aux normes universellement admises. Ils sont hors jeu. Comme si nos pays étaient des espaces singuliers animés par des acteurs d’un genre particulier. La démocratie que l’on s’exerce à construire dans ces conditions, quand elle ne l’insulte pas, en le caricaturant, rit au nez du modèle original dont elle prétend s’inspirer.

Le politicien, dans cet univers, est une espèce d’homme et de femme qui ne vit, ne se développe, ne prospère que dans les eaux stagnantes d’un marigot. Il a une réaction épidermique aux critiques. Moins ça bouge, mieux ça vaut. Parce qu’il a une peur bleue de tout débat contradictoire. Avec la crainte d’entendre un autre son de cloche. Avec l’appréhension d’entendre d’autres voix, des voix autres que la sienne, des voix autres que celles de ses porte-voix et haut-parleurs attitrés. Et c’est tant pis si nous devons nous endormir à n’entendre qu’une seule chanson, qu’un seul refrain, ou qu’à nous désaltérer à une seule et unique source. Un peuple qui dort ne risque pas de déranger.

Le parti politique, dans cet univers, est naturellement une coquille vide, une machine qui tourne dans le vide. Elle  n’embraye sur rien. Sauf sur les consultations électorales, sa  seule et unique raison d’être. Sans élection, en effet, le parti politique, sous nos cieux, serait comparable à un hangar désaffecté, à la merci des rats, des araignées et des cafards. Les élections réveillent le hangar. Les élections révèlent le propriétaire en chef du hangar. La machine peut alors tourner à plein régime, au service et à la gloire de ce dernier. Avant de s’assoupir jusqu’à la prochaine consultation électorale.   

Le militant, dans cet univers, qui est-il au juste ? Client ou  courtisan ? L’un, le client, c’est cette personne qui se place sous la protection de quelqu’un. Le « cliens », en latin, dans la Rome antique, c’est cet homme, c’est cette femme du peuple qui se mettait sous la protection d’une personne appartenant, de par sa naissance, à la classe supérieure des citoyens romains. L’autre, le courtisan, moderne, faut-il le préciser, emboîte le pas à son aîné, alors attaché à la cour d’un souverain ou d’un prince. Le courtisan est cette personne qui cherche à plaire aux puissants, aux gens influents en usant des manières flatteuses et serviles.

Voilà qui nous éloigne du militant, défini comme membre actif d’un parti politique et qui lutte activement pour défendre une cause, une idée. Au regard de quoi, le parti ou ce qui pourrait en tenir lieu sous nos cieux, est encore loin d’offrir  les conditions  d’émergence d’un vrai militantisme, l’indispensable terreau sur lequel pousse et s’affirme le militant.  

Alfred de Vigny dit du politicien ce qui suit : (Citation) « On ne doit avoir ni amour, ni haine pour les hommes qui gouvernent. On ne doit avoir que les sentiments qu’on a pour son cocher : il conduit bien ou il conduit mal. Voilà tout. » (Fin de citation)

Nous partageons un tel point de vue. Nous donnons raison à Alfred de Vigny. Tous les citoyens d’un pays font de la politique, dès lors qu’ils se préoccupent d’apporter leur part à la construction de la cité. C’est bien là le sens étymologique du mot politique. Il n’est pas nécessaire que tous ces citoyens se découvrent une âme de politicien, qui, lui s’affaire à conquérir ou à conserver le pouvoir d’Etat. Il n’y a donc pas une seule manière de faire la politique. Le politicien, de ce fait, choisit l’une des voies de servir un idéal, à savoir, construire la cité. Pourquoi doit-on l’aimer en particulier ? Pourquoi doit-on l’aimer plus que d’autres qui font le choix de servir le même idéal, mais par d’autres voies ? Un représentant de la société civile a eu à ce sujet une formule fort éclairante. L’usager de la route qui brûle le feu rouge, commet une infraction. Il prend le risque de s’attirer les foudres de l’agent de lordre. Mais il ne viendra à l’esprit de personne de l’applaudir  quand il fait bien, en passant au feu vert. Une simple question de bon sens.

Jérôme Carlos
La chronique du jour du 27 juillet 2009
Publicité

Publié dans Autres articles

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article