Conférence de presse sur l’état de la Nation hier : " Le système Yayi a conduit le Bénin dans le gouffre " dixit Célestine Zanou (Elle expose les 10 reculs du régime dit de Changement)
Comment les acquis de la Conférence des forces vives de la Nation de février 1990 sont-ils gérés par le régime en place depuis trois ans jusqu’à cette veille du 49e anniversaire de l’accession du Bénin à la souveraineté nationale ? Cette interrogation a été abordée lors de la conférence de presse donnée par Célestine Zanou. C’était hier jeudi 30 juillet 2009 à l’hôtel Novotel de Cotonou. Au cours de cette sortie médiatique, elle a fait l’exposé des 10 reculs du régime dit du Changement en présence d’un grand nombre de personnalités.Statut de l’opposition, Céna, cohésion sociale, liberté de presse, gouvernance économique, liberté d’expression, climat des affaires, gestion du pays, climat social, sens des valeurs. Ce sont-là les 10 domaines dont l’examen minutieux a permis à Célestine Zanou de déceler les 10 reculs du régime dit de changement. Elle les a exposés dans la matinée d’hier jeudi 30 juillet 2009 dans la salle Baobab 3 de Novotel Orisha au cours d’une conférence de presse.
Après avoir précisé le contexte de la conférence de presse, Madame Zanou a indiqué que nous sommes à la veille du 49e anniversaire du Bénin et nous devons faire un examen de conscience dans le contexte du 1er août. Pour l’ancienne candidate à la dernière élection présidentielle de 2006, il y a beaucoup d’actes attentatoires à la liberté dans ce mois de juillet qui est d’ailleurs le mois de l’indépendance. En guise d’illustrations, elle a stigmatisé l’interdiction de la marche des femmes du parti " Nep - Mixalodo " ; le limogeage du président de ce parti ; l’interdiction de la marche des travailleurs et autres.
Selon Madame Zanou, ce sont des dérives inacceptables que le gouvernement a commises dans ce mois de juillet. Après avoir fait un bref aperçu historique depuis les indépendances jusqu’à ce jour, elle a précisé qu’avec le gouvernement de Boni Yayi, on assiste à un bradage des acquis démocratiques et à l’érection mensongère.
Abordant les 10 points qu’elle a regroupés en cinq grands pôles à savoir le pilotage économique, le traitement social inégalitaire, le débat politique biaisé, le recul du sens de l’Etat et le recul du sens des valeurs, la géographe agro économique de développement de formation a laissé entendre que " le système est lâche et il n’y a pas autre mot pour le qualifier ". C’est d’ailleurs ce qui l’a amené a déclaré que " le système Yayi nous conduit dans le gouffre.
Le dossier Cen-Sad qui continue d’agiter l’opinion publique n’a pas été occulté au cours de la conférence de presse. En effet, se prononçant sur cette affaire scandaleuse, madame Zanou a demandé que le gouvernement choisisse un cabinet international pour effectuer les audits relatifs au dossier. Pour finir, la première partie de son intervention qui a été fortement et longuement ovationnée par les personnalités et participants à la rencontre, l’animatrice de la conférence de presse a martelé que le régime en place n’a fait aucune référence aux actes posés par ses prédécesseurs par le passé.
Les questions de forme, de fonds, d’éclaircissement et les apports de l’assistance lui ont permis d’aller plus en profondeur des idées qu’elles bien défendues. Au regard de tout cela, elle a dit clairement que si le chef de l’Etat l’invitait un jour au gouvernement, qu’elle ne compte pas se mettre au service de la médiocrité qui risquerait de compromettre ses qualités.
Mettre sa petite expérience au service de son pays est une option plus intéressante pour elle. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait chaque fois qu’elle envoie des fiches de propositions au pouvoir. Cette communication a été faite en présence d’autorités politiques à l’instar du président
Séfou Fagbohoun du Madep, du 1er adjoint au maire de Cotonou, Léhady Soglo, de l’ancien ministre Gaston Zossou, des députés Sacca Fikara, Bako Arifari et bien d’autres personnalités… C’était également sous les regards attentifs d’une flopée de journalistes, de responsables d’organisations de la société civile, de parents et d’amis.
LES 10 RECULS DU REGIME DU CHANGEMENT
N° 1 Le statut de l’opposition La loi a été votée en 2004 et un décret d’application pris en novembre 2008 ; la décision du sort de l’opposition devrait faire l’objet de concertation si tant est que l’on veut rester collé aux idéaux de 1990 ; elle devrait être l’œuvre de tous et acceptée par tous. Or, il est aujourd’hui établi que les dispositions du décret ne reflètent en rien l’esprit et la lettre de loi en la matière. Recul 1
N°2 La Céna L’instance d’organisation des élections, (CENA), une innovation qui fait la fierté de notre pays, est de plus en plus sacrifiée sur l’autel des intérêts égoïstes d’un pouvoir avide de tout. La CENA est donc politisée à outrance et manipulée de toutes parts avec des intimidations, des pressions et la corruption comme règle. Recul 2
N°3 Cohésion sociale Réveil des vieux démons de la division à coups de billets de banque ; des propos régionalistes sont tenus par de hauts responsables et prêtés même au chef de l’Etat. La guerre de clans a pris d’assaut tous les conseils municipaux, mettant en péril l’idéal de développement que prône la décentralisation. Recul 3
N°4 Liberté de presse Des contrats de bâillonnement et autres censures ont franchi les frontières et ont fait régresser le Bénin dans le classement africain et même international. L’opposition est interdite d’antenne sur les médias pourtant publics, le harcèlement fiscal, les chantages et menaces sont le lot quotidien pour priver le peuple de la vérité sacrée de l’information. Recul 4
N° 5 Gouvernance économique La corruption d’Etat a pris le pas sur tout, et l’Assemblée National est devenue son haut lieu d’action avec des débauchages de députés à coup d’argent du contribuable suivis par les hauts sphères de l’administration publique et les institutions de la République : référence au dossier CEN-SAD et autres grands travaux. L’impunité dans l’affaire SBEE a dressé le lit à la corruption généralisée. Recul 5
N° 6 Liberté d’expression Les marches et grognes téléguidées de début de mandat pour se passer des gens d’expériences étaient déjà les signes précurseurs de la mise à mort de toute expression en désaccord avec le système naissant. Aujourd’hui, seuls les hommes du régime sont autorisés à s’exprimer. Les syndicats sont interdits de marche, leur seul moyen d’expression, et leurs dirigeants traqués ; l’opposition est interdite de rassemblement, de manifestations. Recul 6
N° 7 Climat des affaires Les hommes d’affaires nationaux sont traqués ou contrains à l’exil, quand ils n’embouchent pas la trompette du pouvoir en place ; le Bénin peut-il devenir émergent sans des Béninois qui émergent ? La bourgeoisie locale est nécessaire au développement économique et social. Or « Créer une entreprise est un parcours du combattant », a dit un promoteur béninois des PME. Le classement DOING BUSINESS de la SFI déclasse le Bénin de huit rangs pour la création d’entreprise et de quatre rangs globalement en 2008. Recul 7
N° 8 Gestion du pays Aucune référence aux acquis du passé tels que la Conférence Economique nationale et les national long term prospective studies (NLTPS)-Bénin Alafia 2025. Même des lois votées sont biaisées sur l’autel de l’inexpérience et de l’incompétence dans la démarche de leur mise en application (loi sur la sécurisation foncière). Manque d’un cadre programmatique de développement ; absence de méthode et d’organisation rationnelle du travail. Recul 8
N° Climat social Le climat social est vicié en raison du manque de neutralité qui gagne certains corps constitués et certaines personnalités membres d’institutions. Ils ne doivent leurs postes qu’à leur allégeance. N’ont de place pour travailler dans l’administration ou ne gagnent des marchés que ceux qui sont d’une « utilité politique » pour le régime. On note une résurgence des vieux démons du régionalisme et du tribalisme. La classe ouvrière béninoise n’a de cesse de condamner le positionnement des cadres sur la base de leur appartenance religieuse. Recul 9
N° 10 Sens des valeurs L’injure, le mensonge et la mauvaise foi sont devenus la règle, en raison du manque d’arguments pour défendre les actes posés. Les valeurs, telles que la responsabilité, le respect, la dignité, l’humilité, la vérité et la solidarité sont mises à mal. Le sens du devoir nous interpelle ; la prote du Changement ne peut s’ouvrir que de l’intérieur. Recul 10
Journal LE GRAND JOURNAL 31/07/09
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