Interview du chef de l’Etat à la presse: Boni Yayi n’a pas convaincu
Le président de la République le Docteur Thomas Boni Yayi a saisi le creuset de la célébration du 49ème anniversaire de l’accession du Bénin à l’indépendance pour se prononcer officiellement sur plusieurs dossiers de la République dont celui relatif à la Cen-Sad. Loin de combler les attentes du peuple, la Haute Autorité a laissé les Béninois sur leur faim.Fin communicateur, le Premier Magistrat du pays a saisi l’occasion de la célébration du 49ème anniversaire de l’accession du Bénin à la souveraineté nationale pour donner sa part de vérité dans des dossiers de malversations financières qui agitent le pays depuis un moment. Dans cet exercice, il a entre autres abordé le dossier Cen-Sad dont la gestion scabreuse laisse pantois nombre de Béninois. Une sortie qui malheureusement n’a pas été à la hauteur des attentes du peuple. C’est vrai que l’alerte de la mauvaise manipulation des ressources publiques dans le cadre de l’organisation du 10ème sommet de la Cen-Sad, notamment la rénovation du Centre international de conférences (Cic) et du Palais des congrès de Cotonou a été donnée par les représentants du peuple à l’Assemblée nationale. C’est aussi normal que le chef de l’Etat, pour permettre aux institutions de la République de jouir de leur autonomie, veuille laisser les coudées franches aux députés à l’Assemblée nationale pour vérifier si les fonds utilisés dans le cadre de la réfection du Cic et du Palais des congrès ont été gérés selon l’orthodoxie financière en matière de la gestion des fonds publics. Le locataire de la Marina est donc tout a fait dans son rôle quand il affirme avoir attendu vainement le rapport de la commission d’enquête parlementaire qui devrait être mise sur pied à cet effet. Mais, là où le relent politique de cette nébuleuse semble être établi, c’est la réaction du gouvernement après le tollé général suscité par les soupçons de malversations financières. Sur insistance de l’opposition et des médias, le pouvoir avait dépêché une dizaine de ministres au devant de l’opinion publique nationale et internationale. Celle-ci composée de plusieurs membres du gouvernement dont celui chargé de la coordination de l’action gouvernementale et du contrôle de l’action publique, sans retenue aucune, a balayé du revers de la main toutes les allégations de mauvaises gestions. Cette position a été même soutenue par des actions des composantes de la mouvance présidentielle. C’est à cœur joie qu’elles ont embouché la trompette du gouvernement pour défendre le dossier Cen-Sad. Tout ceci pour duper le peuple. Le président Boni Yayi en voulant aujourd’hui dégager sa responsabilité dans ce dossier, surprend les observateurs avertis de l’actualité politique nationale. Quand un collège de plus de dix ministres avec à sa tête le ministre d’Etat chargé du contrôle de l’action publique monte au créneau pour donner le point de vu du gouvernement, la responsabilité du chef du gouvernement est forcément engagée. Dans la mesure où cette sortie ne peut être effectuée sans son autorisation . Sinon pourquoi avoir autorisé cette sortie quand bien même on éprouvait le besoin d’auditer sur la gestion du dossier. Où sont passés ces ministres qui sont venus mentir au peuple ? Si tant est que la Haute Autorité tient à la reddition des comptes pourquoi n’a-t-il pas pris des sanctions à l’encontre des membres du gouvernement qui ont brûlé la politesse au peuple ? Ces responsables de parti politique qui ont applaudi les déclarations des prédateurs de l’économie nationale ont-ils été rappelés à l’ordre ? Autant de préoccupations qui confondent les déclarations du Premier citoyen du pays.
L’Ige désavouée
La sortie médiatique du président de la République a étalé les limites de l’Inspection générale d’Etat d’Alidou Koussey. Cette institution mise en place pour faire la lumière sur la gestion des fonds publics et situer les responsabilités dans des dossiers de malversations financières selon les déclarations du chef de l’Etat, est passée à côté de la plaque. Elle n’a pas été en mesure de situer les responsabilités dans le dossier Cen-Sad. A en croire les explications de la Haute Autorité, c’est après avoir instruit le ministre d’Etat chargé du contrôle de l’action publique qu’il s’est rendu compte que l’Ige n’a pas pu établir les responsabilités. C’est pourquoi il a été décidé de la mise sur pied d’une commission neutre chargée de faire toute la lumière sur ce dossier. De ce fait, l’Inspection générale d’Etat n’a plus sa raison d’être à partir du moment où elle n’arrive pas à faire convenablement le travail pour lequel elle est assignée. Il est inconcevable que malgré l’existence de l’Ige qu’on mette encore sur pied une commission chargée de faire le travail à sa place. Dans ce cas, à quoi sert alors le fonds alloué à son fonctionnement si ce n’est pas du gaspillage ? La bonne gouvernance doit commencer par la suppression pure et simple des institutions qui n’existent que de nom.
Odi I. AÏTCHEDJI
Journal 24 HEURES AU BENIN 03/08/09
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