Boni Yayi et la recomposition de la classe politique
Contre toute attente, la célébration de la fête de l’indépendance a été pour le chef de l’Etat l’occasion de tenter de relancer le débat sur la réforme constitutionnelle, comme en témoignent ses nombreuses appréhensions sur le pluralisme politique béninois et le fonctionnement des partis politiques.« Notre système politique, tel qu’il fonctionne contribue à l’émiettement des bases de notre nation », s’est indigné le premier magistrat au cours de l’interview qu’il a accordée en marge des festivités du 49ème anniversaire de l’indépendance. Notre système politique crée plus de pauvreté que de richesses. Il s’est également interrogé sur les conditions préalables à remplir pour créer un parti politique, conditions sur lesquelles il a pu dire tout le mal qu’on s’imagine.
Depuis le dépôt du rapport de la commission technique ad’hoc de relecture de la constitution et la cérémonie qui l’a consacré, la messe était comme dite et plus personne n’a pensé à un rebondissement de la question de la réforme constitutionnelle. Aujourd’hui, il faut compter avec ce « coup de gueule » présidentiel. Comme à ses habitudes, le chef de l’Etat créera une commission pour cerner les contours de la question et proposer des solutions.
Avant Boni Yayi, d’autres, avec plus de sérénité et moins de passion, avaient relevé les limites de la démocratie et de la gouvernance politique béninoise. Dans son « Rapport d’évaluation de la République du Bénin » daté de janvier 2008, le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) soulignait que « Pas plus que la dictature militaire et le parti unique de jadis, le bel agencement institutionnel de démocratie pluraliste mis en place par les constitutionnalistes béninois à travers la constitution de 1991 n’a pas réussi à impulser, ni même à fonder les bases d’un véritable décollage économique, gage d’un développement durable ». Et le MAEP d’égrener à la suite des acquis majeurs et atouts dont dispose aujourd’hui le Bénin, plusieurs questions préoccupantes. Il s’agit, par exemple, de la prolifération des partis politiques, plus de 150 dont « à peine une trentaine conformes aux exigences de la charte des partis pour à peine 3 millions d’électeurs ».
Dans son livre préfacé par le professeur Tévoédjrè, Yacouba Fassassi aboutit aux mêmes constats avec un lexique quoique différent ! « A la racine du mal béninois, écrit-il, se trouve le mépris pour la démocratie avec pour corollaire le système des choses. Le système des choses, c’est ce qu’on appelle abusivement et pompeusement au Bénin partis politiques, et qui ne sont en réalité que des officines de l’autoritarisme, des sociétés secrètes qui ne disent pas leurs noms… »
L’identité de vues dans le diagnostic du mal n’induit pas la similitude de conclusions ou de thérapies. Il faut se garder que la question soulevée par le chef de l’Etat dans son entretien avec la presse ne soit évacuée avec des solutions hâtives ou sur mesure.
Il y a quelques jours seulement à Accra, Obama proclamait : « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes ». La remarque vaut également pour le Bénin !
Hénoc ADE
Journal NOUVELLE EXPRESSION 04/08/09
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